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CHAPITRE VII

Nous aurons l'occasion de reparler de la Grand'Place à l'occasion des événements dont elle fut le théâtre en 1790 et en i83o. Nous ne la quitterons pas toutefois sans dire quelques mots de la Grande-Boucherie, qui y était en quelque sorte attenante, puisque à l'origine elle formait une sorte de dépendance du Broodhuys. Le pain et la chair, comme l'indique le nom de la rue Chair-et-Pain, se débitaient côte à côte. Il n'y a pas longtemps qu'on a démoli sur le Marché-aux-Tripes, autrefois le

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La l'KTiTK-lioucHiiKiE, plus tard la Synagogue, rue de Bavière. (Collection du duc d'Arcnberg.) Publication de MM. Colinet et Loran.

ruisseau aux Souliers, l'élégant perron que nous reproduisons d'après un dessin de Simonau (p. 61). Cette façade ornée de colonnes datait, comme les belles constructions de la Grand'Place, du lendemain du bombardement. D'après Gautier, ce perron, qui avançait dans la rue, faisait le plus mauvais effet dans une des grandes voies de Bruxelles. Il eût été plus exact de dire qu'il gênait la circulation, car on ne peut nier que l'édifice eût une physionomie pittoresque. Mais à l'époque où écrivait cet avocat à la cour supérieure de justice de Bruxelles, on commençait à manifester une sympathie bourgeoise pour les rues tirées au cordeau. Au-dessus du pignon de la façade se dessinait un grand vase doré, et au-dessous, dans un entablement semi-circulaire, brillaient en couleurs les armes d'Espagne que les Français firent disparaître.

La Boucherie devint la Grande, lorsque, en 1702, l'on en eut construit une autre plus

petite, dans la rue de Bavière, ainsi nommée parce qu'elle fut ouverte en 1696, sous le gouvernement de l'Électeur. La Petite-Boucherie dut être peu fréquentée, car le prince Charles de Lorraine la transforma dès 1756 en une salle de concert qu'on appela le Concert bourgeois, pour la distinguer de celle de la rue Ducale nommée le Concert noble. En 1822, quelques amis des arts en firent l'acquisition et y fondèrent une société des Beaux-Arts. Cette société s'étant dissoute, le local fut acheté pour être converti en synagogue (1).

Jusqu'aux premières années du xvne siècle, s'alignaient depuis la Grande-Boucherie jusqu'à l'angle de la rue de la Colline les baraques des marchands de poisson. De la rue de Flandre à la rue de la Montagne c'était vraiment le quartier des halles, et le carrefour le plus animé de la ville. Vers l'an i6o3 l'on comprit la nécessité de faire émigrer les poissonniers vers les bords de la Senne, et leur marché fut transporté au coin de la rue Sainte-Catherine (2). Ils y érigèrent une fontaine monumentale, ayant la forme d'une colonne ionique surmontée d'une sphère et flanquée de deux dauphins qui jetaient par leurs évents une eau limpide. La fontaine formait le centre d'une galerie couverte d'ardoises, abritant les marchandises. Tout à côté les poissonniers construisirent avec beaucoup de luxe la maison de leur gilde, et la décorèrent de tableaux dus au pinceau des plus grands maitres de l'école flamande. Ils ne dépensèrent pas moins de 20,000 florins à la sculpture ornementale des salons où ils tenaient leurs assemblées. Sur le fronton de la façade s'élevait une statue de Neptune armé de son trident et entouré de tritons et de fleuves couchés sur des roseaux et accoudés sur des urnes. Dans la salle des réunions on admirait encore au siècle dernier une riche fontaine de marbre, due au ciseau de Grupello, et représentant les attributs de la pêche (3). Cette Maison des Poissonniers, sur laquelle on lut jusqu'en 1770 une inscription latine (Philippo Quarto Hispaniœ rege et Brabantiœ duce collegium Ichtyopolarnm salariorum œre suo opus hoc ad œternam gratiam faciendum curavit Bruxellis anno i63g), appartenait aux marchands de poisson de mer. Les débitants de poisson d'eau douce en avaient dans le voisinage une autre moins ornée, mais néanmoins élégante (4). La pêche maritime, que l'on a tant de peine à faire revivre aujourd'hui, devait être à cette époque une des industries les plus florissantes de nos provinces.

Nous avons décrit, dans un chapitre précédent, la Maison des Orfèvres sur l'emplacement de laquelle s'ouvrent aujourd'hui les Galeries Saint-Hubert (5).

(1) La synagogue était précédemment dans la rue de la Blanchisserie. Sous le régime français, la rue de Bavière reçut le nom de rue de la Fraternité.

(2) Le nouveau Marché-aux-Poissons s'étendait du pont des Poissonniers à celui des Vanniers. Le premier de ces ponts fut notablement élargi en 1827. Il fut question à cette époque de voûter la Senne sur tout cet espace, afin de diminuer l'encombrement qui se produisait à cet endroit.

(3) Le groupe de la façade et la fontaine ont été transportés au Musée. ^4) Abbé Mann, III, p. 214.

(5i Les plans de cette construction, la plus belle de l'Europe dans son genre après la galerie Victor-Emmanuel à Milan,

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