‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 18 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Vers le milieu du M arché-aux- Herbes, ou Ruisseau du ffiiroir (Spiegelbekc), s'élevait dès le xive siècle une fontaine dont on ne possède plus le dessin. Elle fut reconstruite en 1617 par Duquesnoy qui la couronna d'une statue de saint Michel. L'eau jaillissait dans deux grandes cuves, lancée par des satyres. Depuis plus de cent ans cette fontaine

L'ancien Makché-aux-Foissons. — Fac-stmiU d'une lithographie de P. Lauters.

n'était plus qu'un massif de maçonnerie dépourvu de toute ornementation, que l'on démolit pour le mettre en vente aux enchères publiques, avec des matériaux hors d'usage, au mois de juin 1849 (1).

qui lui est de beaucoup postérieure, furent dressés par M. l'architecte Cluysenaar, l'auteur du marché de la Madeleine, du nouveau Conservatoire et d'une foule d'autres monuments remarquables de la capitale. Le roi Léopold I''r posa la première pierre des Galeries le 6 mai 1846.

Le conseil d'administration de la Société anonyme des Galeries Saint-Hubert et de leurs embranchements, se composait de MM. Edouard Stevens, président du conseil; Jean-Baptiste Gendebien; Albert Palmans; Guillaume Hoorickx; Edmond-Nicolas-Joseph De Doncker ; Jean-André De Mot et Jean-Pierre Cluysenaar.

L'inscription Omnibus omnia, qui se trouve au-dessus de la façade du côté du Marché-aux-Herbes, est celle qui figurait sur l'ancienne Maison des Orfèvres.

Les historiens futurs de Bruxelles auront à raconter que les Galeries Saint-Hubert furent pendant longtemps le siège de l'Association libérale et du Cercle artistique et littéraire, où MM. Deschanel, Challemel-Lacour, Madier de Montjau et Bancel donnèrent, après lecoupd'État dei85i, leurs premières conférences, dont Victor Hugo fut l'un des auditeurs les plus assidus.

(1) Émancipation du 19 juin 184g.

Nous voici au pied de la Chaussée, du Steenwegh, la plus belle moitié de la grande artère qui traversait déjà la cité de l'est à l'ouest, à l'époque où Lambert Baldéric décréta la grande enceinte. Nous n'avons guère de renseignements sur la physionomie de la rue de la Madeleine dans les temps anciens, si ce n'est qu'au xvie et au xviie siècle elle était habitée par cette riche bourgeoisie qui plus tard établit ses pénates dans l'opulent quartier du Parc et de la rue Royale. On a vu, dans le chapitre précédent, tout ce qui se rapporte à la chapelle de Marie-Madeleine, autrefois des Frères Saccites, aujourd'hui desservie par les Rédemptoristes. Un autre édifice important est l'immeuble occupé depuis 1842 par la société royale de la Grande-Harmonie, à l'angle de la rue Saint-Jean. Il y a cinq cents ans s'élevait à cet endroit le Cantersteen, demeure patrimoniale de la noble famille des Pipenpoy. Au xvie siècle elle fut la demeure des princes de Ligne. Plus tard elle fut transformée en hôtellerie et prit le nom d'hôtel d'Angleterre qu'elle avait encore il y a un demi-siècle. La société de la Grande-Harmonie l'a complètement reconstruite (1). Enfin, comme dernière demeure historique de la rue de la Madeleine nous citerons la maison occupée aujourd'hui par M. Ch. Mills, à côté de la galerie Bortier. C'est là que résidait en i83o le trop fameux Libri Bagnano, directeur du National, et qu'eut lieu une affreuse scène de pillage, à la sortie de la représentation de la Muette, le prélude de la révolution.

Nous avons la bonne fortune d'offrir à nos lecteurs la reproduction d'un dessin très rare qui représente les deux côtés de la rue de la Madeleine telle qu'elle était une dizaine d'années avant ces événements. Nous ignorons quel est l'auteur de cette planche intéressante, mais les figures sont dues au crayon de Madou. Notre graveur a eu le choix entre deux exemplaires de ce curieux panorama : l'un, en couleur, appartenant à M. Eugène Cattoir, conseiller communal à Ixelles, l'autre à M. le docteur Durselen.

Il y a lieu de noter quelques détails à propos de ce plan. Du côté droit, en montant, la ruelle qui s'ouvre sous le n° 414, qui porte le millésime 1696, est la petite rue de Y Homme-Chrétien, en flamand Kerstenmanneken, qui reliait la rue de la Madeleine à la rue du Marais-Saint- Jean, l'ancien Fonder ou Pongel-Merckt (2). Il ne reste aujourd'hui de cette voie que la partie qui relie la rue des Eperonniers à la rue Duquesnoy.

i i) La fondation de la société royale de la Grande-Harmonie remonte à 1812. C'était au début un cercle d'amateurs de musique, qui eut successivement son siège à la Grappe de Raisin, rue de la Fourche, à la Bourse d'Amsterdam, à la Salle des Orfèvres, au Cygne, et à partir de 1822 aux Champs-Elysées, près la porte Guillaume. Le premier président de la société fut M. De Haes, à qui succéda M. Van Elewyck, puis M. Emmanuel Crabbe, qui le demeura jusqu'à sa mort. La société célébrera prochainement le 75e anniversaire de sa fondation.

(2) Le passage dit de Y Homme-Chrétien existait au xv° siècle. On l'appelait la ruelle du Flacon, Flessenstraetje. On prétend qu'il dut son nouveau nom à un jeune tisserand fort pieux à qui le Seigneur manifesta, en 1435, le désir de voir reprendre les processions du Sacrement de Miracle, interrompues depuis longtemps. Le nom de Pongel Merckt donné autrefois au Marais Saint-Jean provenait de ce qu'on y débitait le grain à la livre (pond), tandis qu'à la Halle-au-Blé, située près de là, cette denrée se vendait en gros. Ce marché fut supprimé au xvne siècle. (Henné et Wauters, III, p. 77.)

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