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CHAPITRE X

Petite tenue : Chapeau retroussé à la tyrolienne avec plumes vertes et ruban idem, cornet en argent surmonté d'une ganse verte, avec la cocarde nationale, — col noir, — redingote vert foncé, au collet deux cornets brodés en argent, boutons idem, passepoil noir, — cordelières et floches vert clair, — pantalon marengo, bandes et passepoil vert clair, — gants noirs.

Le drapeau dont la famille de Mérode a fait don, en i865, au Musée royal d'antiquités, d'armures et d'artillerie, est celui que la compagnie des chasseurs Niellon portait au combat de Lierre où périt Jenneval. La hampe en fut coupée par un boulet, et les couleurs en furent entièrement déchirées par la mitraille.

Le drapeau de Waelhem est confié aujourd'hui à la garde du bataillon des chasseurs-éclaireurs de Bruxelles. Outre l'inscription Chasseurs volontaires bourgeois de Bruxelles, il porte un cor de chasse qui est l'œuvre du peintre Marneffe.

Le 14 janvier i83i , le Gouvernement provisoire prit l'arrêté suivant :

Considérant qu'il est juste et nécessaire de perpétuer le souvenir des services qui ont assuré l'émancipation de la patrie, et de récompenser le dévouement des citoyens qui ont tout exposé pour faire triompher la cause de la liberté;

Considérant que le meilleur moyen de remplir les obligations déjà reconnues à cet égard est de charger l'honneur de les acquitter ;

Considérant, d'ailleurs, qu'il appartient au Gouvernement provisoire, témoin des services rendus à la cause publique, de les reconnaître et rie les apprécier,

Arrête :

Art. ior. Une étoile d'honneur sera décernée aux patriotes qui ont rendu des services signalés à la cause de la révolution, et qui ont aidé, par leur dévouement, à son triomphe.

Art. 2. Les étoiles d'honneur seront de trois classes différentes, à l'effet de proportionner la recompense au mérite des services rendus, etc.

Chasseur volontaire de Chasteler en i8Jo. Collection de M. De Heyn.

Cette mesure fut soumise à la ratification du Congrès, et le 24 mai suivant, M. Raikem donna lecture d'un rapport qui tendait à faire décréter la distribution immédiate des récompenses nationales.

Son projet de décret était conçu en ces termes :

Art. Ier. Une étoile d'honneur sera décernée à ceux qui ont signalé leur dévouement à la cause de la révolution belge soit par une bravoure éclatante, soit par d'autres services éminents.

Art. 2. Cette décoration consistera en une étoile de fer, à cinq pointes simples ; le centre, entouré d'une couronne de chêne et de laurier, portera d'un côté le millésime MDCCCXXX avec le mot Liberté en exergue, et de l'autre le lion belgique avec le mot Patrie, également en exergue. Elle sera suspendue à un ruban moiré rouge, liseré noir et jaune.

Art. 3. Une étoile d'honneur sera représentée sur le monument élevé place des Martyrs à Bruxelles, à la mémoire de toutes les victimes de la révolution.

Art. 4. Des drapeaux d'honneur seront décernés aux corps de volontaires qui se sont portés sur les lieux menacés par l'ennemi, et aux villes et aux communes qui ont contribué d'une manière efficace au succès de la révolution.

Ces drapeaux seront aux couleurs nationales. Ils seront surmontés d'un lion belgique, au bas duquel se trouvera, d'un côté, le mot Liberté, et de l'autre, le millésime i83o.

La discussion de ce rapport eut lieu le 26 mai. Divers orateurs, MM. Frison, Fransman et Jottrand combattirent vivement les articles relatifs à la croix. M. Frison la croyait inutile, parce que les citoyens qui avaient rendu de véritables services à la révolution se trouvaient suffisamment récompensés par l'estime et la considération

Réduction au quart du diplôme accompagnant la remise du drapeau d'honneur.

de leurs compatriotes. M. Fransman craignait qu'en distribuant « ce hochet » l'on ne commît des injustices, et que « la force magique d'un ruban » n'engendrât « l'ambition * ou la « servilité ». — « Il est des milliers de Belges, dit-il, qui, pendant notre glorieuse révolution, ont bien mérité de la patrie; mais comme il est impossible de les discerner tous, l'admission de quelques-uns, et de ceux surtout qui auront le plus d'adresse pour faire valoir leurs titres, comme il arrive toujours dans de pareilles occurrences, serait un outrage sanglant pour les autres, et une injustice révoltante. » M. Jottrand parla dans le même sens, et la croix projetée ne trouva pas un seul défenseur. La proposition relative aux drapeaux d'honneur fut mieux accueillie, et le Congrès, sur la motion de M. le baron Beyts, l'adopta dans les termes suivants : « Des drapeaux d'honneur seront décernés aux villes et communes dont les volontaires se sont portés sur les lieux menacés par l'ennemi, ou qui ont contribué d'une manière efficace au succès de la révolution (i). »

(i) La distribution des drapeaux d'honneur aux communes inspira à notre éminent peintre Eug. Verboeckhoven le dessin dont nous donnons un fac-similé à la page 426. Cette gravure représente un lion couché sur le sarcophage des braves morts pour la patrie, gardant un trophée de ces glorieux drapeaux. Le quatrain reproduit sur le piédestal a pour auteur M. Alvin.

Le lion du sarcophage et celui placé en tête de notre chapitre X ont, paraît-il, leur histoire. Nous extrayons à ce sujet le passage suivant d'un article intitulé Le Lion belge de Verboeckhoven, publié dans l'Illustration nationale, en 1880, à l'époque de la célébration du cinquantenaire de notre indépendance :

« Eug. Verboeckhoven, en se mettant à peindre, n'abandonna jamais l'ébauchoir; on connaît de lui beaucoup de sculptures et parmi celles-ci, le lion exposé, en ce moment au palais des Beaux-Arts, n'est pas la moins importante. L'artiste, que beaucoup d'amateurs ne connaissent que par ses moutons et ses chèvres, peints avec un soin méticuleux, traita beaucoup, au début de sa carrière, les animaux sauvages, les lions et les tigres surtout. Il les étudia de près, avec conscience, avec enthousiasme, il alla même jusqu'à risquer un jour sa vie, avec une belle insouciance, pour pouvoir tout à son aise dessiner son modèle favori, le lion Néron du dompteur Martin. Voici à ce sujet une anecdote authentique que tous les amis du peintre connaissent. Le dompteur Martin se trouvait à Bruxelles avec sa ménagerie, et il émerveillait chaque jour une foule nombreuse par son adresse et sa magnifique audace. C'était un homme d'une rare énergie, d'origine hollandaise, qui, tour à tour matelot, saltimbanque, écuyer, avait fini par épouser la fille du propriétaire d'une ménagerie et petit à petit, s'enhardissant à mesure que le succès couronnait son audace, avait fini par dompter des tigres et des lions.

« Verboeckhoven vit la ménagerie, il suivit les exercices du dompteur, il étudia les mouvements des fauves bondissant autour du belluaire, se traînant soumis à ses pieds. Les études succédèrent aux études; le peintre peignit ainsi tous les animaux de la ménagerie, il fit même, si nous ne nous trompons, le portrait de Martin entouré de ses terribles pensionnaires. C'était surtout le lion qui tentait le crayon et le pincean du jeune artiste; mais comment saisir d'une façon exacte toutes les lignes de son modèle? Les barreaux derrière lesquels rugissait le roi du désert empêchaient de beaucoup sa vue, et cependant, Eugène Verboeckhoven tenait à son idée, il voulait voir son lion de près. C'est alors qu'il demanda à Martin d'entrer avec lui dans la cage, et sous la protection du dompteur, qui parvenait à grand'peine à maintenir Néron, l'artiste fit son dessin en conscience, avec le même calme et la même tranquillité qu'il eût mis à dessiner un portrait dans son atelier.

« Ce lion servit au peintre dans la suite, il le dessina plusieurs fois. La révolution avait éclaté, faisant sortir des héros de terre, armant les bras de tous les citoyens, Verboeckhoven, qui avait alors trente et un ans, prit une part active aux glorieuses journées qui affirmèrent notre indépendance nationale; lorsqu'il ne put plus combattre l'oppresseur à coups de fusil, il le combattit à coups de crayon, et c'est alors que, s'inspirant de Néron, il publia cette lithographie, restée célèbre, au bas de laquelle un poète, dont nous ignorons le nom, écrivit les vers suivants :

<( Il sommeillait paisible, on le croyait dompté;

« Et fier d'un tel succès, tout un peuple d'esclaves

« Ecrasait son repos sous d'ignobles entraves;

« Mais soudain retentit un cri de liberté :

« Le lion se réveille... et chaînes et Bataves,

« Tout disparaît devant son regard irrité! »

« Deux ans après, le 27 septembre i832, une autre lithographie de Verboeckhoven parut à l'occasion de la remise des

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