II
Enfin, le 2 avril de la même année, le roi Léopold Ier revêtit de sa signature la liste des citoyens à qui la croix de Fer était décernée.
Nous reproduisons, dans l'annexe au présent chapitre, les noms de ceux qui furent décorés à l'occasion des combats livrés dans les rues de Bruxelles.
Me voici arrivé au terme de ma tâche. Je crois n'avoir rien négligé pour faire revivre Bruxelles au temps jadis. On a vu la vallée de la Senne se former et l'ile de Saint-Géry devenir le berceau de la cité. Bientôt Bruxelles se développe. C'est l'époque de la première enceinte au xie siècle. La ville nous apparait entourée d'épaisses murailles percées de portes dont les donjons crénelés rappellent les forteresses du moyen âge. Ses dimensions étaient bien modestes alors. Les emplacements du Borgendael, de Sainte-Gudule et de Saint-Géry formaient en quelque sorte les extrémités du triangle dans lequel se concentraient les habitations. Mais la cité s'arrondit rapidement et, trois siècles plus tard, elle a élargi sa ceinture à ce point que les boulevards circulaires dessinent à peu près les limites de son territoire. J'ai esquissé Bruxelles à cette époque lointaine, avec ses modestes maisons bourgeoises groupées aux abords des steenen ou castels de pierres qui abritaient les familles patriciennes, avec ses rues bordées de longs murs, par-dessus lesquels apparaissaient les branches des tilleuls et des noyers, tout comme au village. Nous étions loin alors de la splendide capitale qui s'épanouit à nos regards en ce moment. Et cependant déjà la vitalité de notre milieu s'accentuait. La Madeleine était le centre du mouvement. Magasins et auberges y étaient réunis. Mais voilà les monuments qui sortent de terre, et les Français qui viennent nous rendre visite qualifient Bruxelles de grande et belle ville dont ils énumèrent tous les joyaux, poussant même l'amabilité jusqu'à bien vouloir, en certains points, la comparer à Paris. Je me suis efforcé de faire assister le lecteur en même temps au développement graduel de la vie publique, de réveiller à son souvenir ces fières corporations, une de nos gloires, de l'initier aux joies et aux souffrances du peuple. Tantôt on voit les habitants prendre part aux fastueuses et riantes solennités de l'Ommegang, tantôt ils se massent consternés et fiévreux sur la place publique pour voir tomber les têtes de nos héros sous la hache des bourreaux étrangers. L'esprit d'indépendance qui les anime se manifeste à chaque instant et éclate notamment, dans toute son intensité, le jour où l'élite de l'aristocratie signe le mémorable Compromis des nobles, confédération sous les efforts de laquelle devait s'écrouler la domination espagnole.
Rien ne rebute nos aïeux. Les épreuves qu'ils traversent semblent leur donner une énergie nouvelle. C'est ainsi que le bombardement de leur ville par Louis XIV ne parait être pour eux qu'une occasion de la faire revivre plus somptueuse que par le passé.
Dès lors notre cité va sans cesse s'embellissant. Mais on croirait qu'à mesure que sa prospérité augmente, les prétentions de ses habitants à ne relever que d'eux-mêmes