CHAPITRE X
croissent en intensité. Ils supportent impatiemment la domination autrichienne qui finit par s'évanouir à son tour. La maison d'Orange allait-elle réaliser leurs aspirations? On eût pu le croire. Hollandais et Belges avaient traversé les mêmes vicissitudes, assisté aux mêmes drames, confondu leur sang dans les mêmes combats. Il n'en fut rien.
En i83o l'horizon politique s'assombrit. L'on entend gronder de sourds murmures de révolte au sein des masses populaires. L'orage révolutionnaire s'amoncelle. Tout à coup la tempête éclate et c'est de Bruxelles que part le premier cri d'indépendance; c'est Bruxelles qui, le premier, lève l'étendard national. Les événements se succèdent avec une extrême rapidité, aussi n'ai-je eu qu'à laisser courir ma plume pour esquisser ces journées de septembre où nos aïeux déployèrent tant d'énergie au profit de la grande cause de la liberté de la patrie.
Je n'avais qu'une crainte, celle de me laisser emporter trop loin par le sujet lui-même, si riche en faits intéressants, en anecdotes curieuses. Je me suis efforcé de condenser les multiples péripéties des combats dont Bruxelles fut le théâtre, de dérouler aux yeux de mes lecteurs les éléments vitaux du drame grandiose d'où est sortie notre existence politique.
Grâce aux planches nombreuses qui suivent mon récit, j'ai pu en quelque sorte reproduire sur le vif cette crise suprême, des convulsions de laquelle devait éclore la liberté de la Belgique.
Ainsi que je le disais au début de mon travail, je ne croyais pas aller plus loin. Mais je me suis demandé s'il était possible de m'arrêter au lendemain d'événements aussi graves. Après avoir suivi Bruxelles à travers les âges les plus reculés, n'était-il pas pénible de quitter la cité couverte de ruines et jonchée de cadavres? Ne devais-jc point faire soupçonner tout au moins que le sang des martyrs tombés au nom de la noble cause de la liberté porterait ses fruits? C'est ce que j'ai pensé et ce qui m'a conduit à excéder les limites que je m'étais tracées tout d'abord.
J'ai été ainsi amené à rendre un légitime hommage à notre Congrès national qui élabora la Constitution sous le régime de laquelle nous avons vécu heureux jusqu'à ce jour; à donner un témoignage de reconnaissance à la mémoire de Surlet de Chokier, régent de l'Etat naissant; et à exposer enfin les phases diplomatiques qui amenèrent l'avènement du prince Léopold de Saxe-Cobourg, notre premier souverain, dont le nom est aujourd'hui inscrit en caractères ineffaçables dans le grand livre de l'histoire.
Ici je m'arrête. La période ultérieure s'est en quelque sorte déroulée sous les yeux du lecteur. Il n'a qu'à faire appel à ses souvenirs pour la reconstituer et pour assister à la création de ce Bruxelles moderne, si différent de la ville d'an tan, transformation qui fait l'objet de la sollicitude constante de S. M. Léopold II.
Je ne me dissimule pas que si j'ai pu arriver à mener à bonne fin un travail aussi considérable, c'est grâce au concours et à la bienveillance de tous. Les documents me sont arrivés en foule. On eût dit vraiment que le public aspirait à posséder un
ouvrage qui lui retraçât l'histoire de son passé. C'est grâce encore aux artistes de talent qui ont buriné nos planches, c'est grâce surtout à mes excellents éditeurs et amis MM. Bruylant père et fils, qui ont fait de ce livre une véritable œuvre d'art.
Au moment de déposer ma plume, j'adresse à tous mes collaborateurs mes remerciements les plus chaleureux.
Puissé-je être parvenu à produire un ouvrage répondant à l'intérêt que le public lui a témoigné dès son début et digne du haut patronage sous lequel il a été publié.
Bruxelles, i5 avril 1884.
Louis Hymans.