‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 42 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dégagement nouveau relia à la rue Neuve. L'abbé Mann, qui l'avait vu construire d'après les dessins de l'architecte Fisco, se borne à dire que les bâtiments sont réguliers et symétriques, qu'elle a cinq issues et qu'elle est belle au premier coup d'œil. - Mais elle ne soutient pas, ajoute-t-il, un examen réfléchi. » Un autre écrivain contemporain dit qu'on « aurait pu la rendre plus agréable en faisant quelques

La Place des Martyrs dédiée aux défenseurs de la Patrie. — Fac-simtle d'une ancienne estampe.

changements au plan ». L'auteur du Coup d 'œil sur Bruxelles, publié en i8o3, s'exprime CDmme suit : - Cette place fut construite sur les dessins du sieur Fisco. Les bâtiments en sont réguliers et symétriques. Elle est très belle, mais elle n'est pas animée. » Régulière, symétrique et monotone, voilà le sentiment général. Déserte surtout, déserte à ce point qu'on y établit un corps de garde pour la protection des passants qui s'égaraient dans ce lieu solitaire. C'était une cour plutôt qu'une place. Quand on l'eut créée, on ne sut qu'en faire. On essaya d'y ouvrir un marché, mais il n'y vint pas d'acheteurs. La commission administrative eut donc une heureuse idée quand elle fit de cette place, le 25 septembre i83o, un cimetière patriotique. Il fut décidé ce jour-là qu'une fosse serait creusée sur la place Saint-Michel pour recevoir les restes des citoyens morts dans les mémorables journées de septembre et qu'un monument transmettrait à la postérité les noms de ces héros et la ix. i5

reconnaissance de la patrie. Le monument, dû au ciseau de Guillaume Geefs, ne fut inauguré qu'en i838.

La rue Neuve est à deux pas. La partie qui va de la rue de la Blanchisserie au boulevard ne date que de i83g, époque à laquelle on abattit la fontaine de Neptune en courroux, due au ciseau de Janssens. Van der Noot habitait la rue Neuve, à l'angle de la rue Saint-Michel. La rue du Pont-Neuf elle-même s'appelait au xvnie siècle la nouvelle rue à la mode. Quant au pont, il avait été construit en 1620 par un spéculateur nommé De Meester, moyennant la concession d'un droit de péage. Il fit, dit-on, une mauvaise affaire, mais il rendit service aux habitants en reliant l'ancienne rue Neuve à la rue de Laeken.

Sur le plan de 1572 on voit l'emplacement de l'hôtel des Monnaies, sur lequel s'élèvera prochainement le nouvel hôtel des Postes, adossé aux anciens remparts dont le Fossé-au-Loup était le Grccht, c'est-à-dire le fossé. D'après l'auteur des Esquisses historiques des rues de Bruxelles, l'architecte qui construisit le Grand-Théâtre en 18 17 oublia qu'il bâtissait sur un terrain marécageux, de telle sorte que le nouveau bâtiment s'enfonça sur une grande partie de sa longueur. Derrière la Monnaie se trouvait jadis un étang que l'on commença à combler dans la seconde moitié du xvie siècle. La Monnaie elle-même n'était qu'une dépendance du refuge de l'abbaye d'Afflighem, situé près du bassin de Sainte-Catherine. Elle porta de bonne heure son nom de Munie, bien qu'elle ne fût qu'une grange, très suffisante d'ailleurs pour l'opération du monnayage, qui se faisait à l'aide d'un coin et d'un marteau. Déjà sous le règne de Jean le Victorieux on signale l'existence d'une corporation de monnayeurs qui jouissaient de nombreux privilèges, entre autres l'exemption du service militaire. C'était surtout en temps de guerre que les princes et les villes éprouvaient le besoin de battre monnaie, et si la république française supprima la frappe partout ailleurs qu'à Paris, c'est qu'elle avait remplacé le numéraire par des assignats. La grange fut divisée en deux au xvie siècle et cédée en partie au chef du diocèse qui avait sa résidence dans la rue de l'Évêque, sur le terrain de l'ancien refuge d'Afflighem. C'est à la Monnaie, mieux outillée, que l'on fondit le lion de bronze qui se trouve dans le chœur de Sainte-Gudule. Quant à l'hôtel des Monnaies, restauré sous Albert et Isabelle, puis de nouveau sous Charles de Lorraine, il subit une dernière transformation en 182 1 et fut surmonté, à cette époque, des armes du royaume sculptées par Rude. « On y bat monnaie, dit Gautier en 1824, comme sous le gouvernement autrichien, si ce n'est qu'aujourd'hui on y emploie une mécanique que la vapeur de l'eau fait mouvoir. » Sous le régime autrichien les employés supérieurs étaient le juge-garde des monnaies, dit waradyn, le directeur général, l'essayeur général et le garde général. Sous le roi Guillaume il y eut un conseil des monnaies. Sur la place agrandie par suite de la démolition de l'ancien théâtre s'élevèrent de brillants cafés, dont les plus fréquentés étaient les Mille Colonnes, le Suisse et le Domino. Depuis 1810 la bourse de commerce se tint à l'hôtel des Monnaies, et

Page 1