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CHAPITRE IX

grandes dames, de bourgeois, de gens du peuple, des représentations de véhicules depuis le plus opulent carrosse jusqu'au plus humble chariot. Rien n'est donc plus facile que de reconstituer un tableau fidèle de la vie bruxelloise à telle ou telle époque de nos annales. Dans peu de pays du reste les vieilles traditions ont été aussi vivaces qu'en Belgique. Les mœurs populaires ne se sont réellement transformées qu'au contact de la grande révolution européenne de la fin du siècle dernier. L'histoire

Costumes du xvr siècle.

Fac-similé d'une ancienne estampe de la collection de M. Schoy.

de la transformation des costumes a été retracée à grands traits, avec des illustrations, dans la Patria bclgica (i), par Henri Ilymans, conservateur à la Bibliothèque royale. On y voit comment à la tunique succédèrent la robe et le surcot, comment naquirent le pourpoint, la toque et la cotte, la cape espagnole et la culotte flottante, le manteau à pompon et l'habit bourgeois à basques carrées, la perruque et le chapeau, la faille, le châle et le turban des élégantes, la blouse et la jaquette des campagnards. La mode a joué son rôle dans tous les temps, et chaque domination étrangère apportait avec elle son appareil extérieur, mais les coutumes des masses ne changèrent pas avec la coupe du vêtement. Elles se transmirent à travers les âges avec de médiocres variantes.

Peu de changements aussi dans l'ensemble des coutumes de la rue. De vieux Bruxellois, de la bouche desquels j'ai recueilli les souvenirs d'il y a trois quarts de

(i) Bruxelles, Bruylant-Christophe & O, 1875, III, p. 755.

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SdrtumUlJjlânicum mlcr famcarus.

Costumes du xvie siècle.

Fac-similé d'anciennes estampes de la collection de M, Schoy.

Costumes du xviu siècle.

Fac-similé d'anciennes estampes de la collection de M. Schoy

siècle, m'ont fait voir la physionomie de la ville dans leur enfance à peu près semblable à ce qu'elle est encore dans les quartiers populaires. Les habitudes intimes de la petite bourgeoisie n'ont pas subi non plus des transformations aussi radicales qu'on pourrait le croire. Les modes extérieures ont changé, mais le fond du caractère est

resté le même.

On lira avec intérêt ce que m'a raconté à cet égard un haut fonctionnaire de l'État, qui jouit depuis quelques années de son otiiim cum dignitate, M. Adan, l'ancien directeur général des contributions et accises. J'ai saisi au vol de la plume ce qu'il m'a dit de la capitale au temps de sa jeunesse qui remonte à celui de la domination française.

Il m'a parlé d'abord du costume.

« Ce qui caractérisait le costume à Bruxelles sous la domination française, c'était la différence entre celui des hommes âgés et celui des jeunes gens. Tandis que ces derniers suivaient, d'un peu loin il est vrai, les modes de Paris, qu'ils portaient le pantalon, l'habit à longs pans, les cheveux coupés à la Titus, le chapeau rond, les hommes d'un âge mûr étaient restés fidèles à la culotte, aux bas de laine, de coton ou de soie, aux souliers à boucle, ou bien, pour les mauvais temps, aux bottes à cape; leur habit était à pans larges et les cheveux, souvent poudrés, étaient ramenés en arrière où, grâce au ruban qui les enserrait, ils formaient une jolie queue ou une bourse se promenant sur les omoplates. Le chapeau était rond aussi, mais quelques entêtés avaient conservé le tricorne qui, à la vérité, se montrait en minorité.

« Quant au costume des femmes, il différait suivant leur condition; il y avait pour les unes la robe, le châle, le chapeau de soie; pour les autres le mantelet à capuchon en coton ou la faille en soie ou en laine.

La faille. — Costume bruxellois.

Fac-similé d'une lithographie de Van Hemelryck communiquée par M. Molenschot.

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