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CHAPITRE IX

« Dans la bonne bourgeoisie, même sous le régime hollandais, les mères de famille, les ménagères, conservèrent longtemps la faille, mais elle n'était portée que pour faire les commissions, les marchés, pour assister aux messes du matin, pour remplir les devoirs religieux; tandis que, pour se rendre à la grand'messe du dimanche, pour les visites, pour la promenade, les élégantes avaient adopté le châle et le chapeau.

« De mon temps du moins, à de rares exceptions près, les jeunes filles ne portaient pas la faille.

« Un détail encore et qui donne une idée de l'économie qui présidait dans les ménages bourgeois de l'époque ; les jeunes gens n'obtenaient qu'un habillement par an, aux fêtes de Pâques. Cet habillement était réservé pour les dimanches et jours de fêtes, tandis que celui de l'année précédente était porté les jours de la semaine jusqu'aux Pâques suivantes.

« Les femmes de la bonne bourgeoisie qui avaient, suivant l'usage, fait leur éducation dans un couvent de Valencicnnes, s'occupaient des travaux du ménage et faisaient de la dentelle au carreau. Les jeunes filles utilisaient leurs moments de loisirs à faire de petits ouvrages de main en se tenant assises aux fenêtres du rezde-chaussée, de façon â être vues par les jeunes gens qui passaient.

- Les soirs d'hiver, quelques voisines se réunissaient tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre, pour y prendre le thé accompagné de biscottes ou de pain à la grecque et pour jouer au Nain jaune.

« A huit heures ou huit heures et demie on se séparait pour aller souper chacun chez soi.

« A cette époque les maisons bien tenues étaient approvisionnées de linge en quantités considérables au point que les ménagères ne faisaient que deux lessives par an.

- Ces lessives étaient l'occasion d'une espèce de fête de famille; des parentes étaient

invitées à venir aider à préparer le linge pour le repassage en le détirant et, en récompense du service rendu, vers midi ou une heure on leur servait un excellent dîner arrosé de vin de Jésus et, le soir, un bon souper.

« Dans la journée les hommes s'occupaient de commerce, d'industrie, des travaux de bureau; le soir, en hiver, les jeunes fréquentaient les cafés, le théâtre, et les vieux

se rendaient au cabaret que les jeunes ne dédaignaient pas toujours.

« Les habitués se réunissaient dans un coin réservé ou, quand la distribution de la maison le permettait, dans une chambre à part; cette réunion formait souvent le noyau d'une société appelée cercle aujourd'hui. J'ai connu une de ces sociétés qui s'était installée à la Porte verte, rue de la Violette. Elle avait sa salle particulière au fond de la cour à droite en entrant. Là, tous les soirs, se réunissaient les douze membres dont elle se composait, et chaque mois ils soupaient en pique-nique. Un soir d'automne j'y fus convié par un parent. Le repas était frugal ; il se composait d'églefins au beurre avec pommes de

Retour du marche. j* j

Fac-simiu d'une lithographie de j. Madou. terre et navets, et d une dinde

farcie, cuite à l'eau, servie avec une sauce à la tartare; le tout arrosé de vin blanc, de bordeaux et de bière forte.

y Mais ce qui faisait le charme de ces repas, c'était le dessert pendant lequel chacun des membres était tenu de débiter une chansonnette inédite de sa composition, ou tout au moins, s'il ne pouvait chanter, de faire connaître le résultat de ses essais littéraires.

« Ces réunions étaient charmantes et peu dispendieuses; chacun en était quitte pour payer deux ou trois francs. Les choses ont bien changé depuis!

« Les célibataires qui en avaient les moyens, se donnaient le luxe d'avoir un jardin extra muros. Celui que possédait l'un de mes parents était situé chaussée d'Anvers

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