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croît et s'éclaire au milieu de nos institutions libérales, sentiront les avantages d'un établissement fondé sur les seuls principes dont la société humaine puisse désormais attendre son repos et son bonheur; et il est permis d'espérer que de pareilles leçons deviendront parmi nous un des principaux moyens de perfectionnement moral et intellectuel. » M. Stecher a tracé un portrait fort intéressant des savants et des lettrés que le gouvernement avait chargés de ces cours publics, et tout d'abord de Philippe Lesbroussart, chez qui se voyait à certains jours le Coblentz de la littérature. L'aimable professeur se plaisait à réunir dans ses salons Arnault, Bory de Saint- Vincent, Tissot, Cauchois-Lemaire, Pocholle, Juillian, Baron, de Reiffenberg, de Potter, Wauthier, Raoul et bien d'autres, Français ou Belges, fraternisant sans effort, sous les auspices de la littérature et des idées libérales. Les proscrits français admiraient en lui une cordialité gantoise exprimée avec une élégance digne des Quarante. Sylvain Van de Weyer charmait son auditoire par la clarté de son esprit, la chaleur de l'àme et ce « diable au corps » aussi nécessaire peut-être dans l'art professoral que dans l'art scénique. Lauts, d'après ce qu'on raconte, devait être un docteur de la vieille école, préférant les formules pédantesques et les dissertations sur les origines aux appréciations littéraires. Quetelet, par contre, avait le secret qu'il a plus tard attribué à l'illustre Arago : « l'art si difficile d'exposer avec grâce et clarté les mystères les plus profonds de la science. » Mais le maitre dans l'art de bien dire était Auguste Baron. « Sa voix nette et sonore commandait l'attention. Celle-ci, bientôt captivée par la pureté de la diction, l'élégance classique de la phrase, demeurait sous le charme jusqu'à la fin de la lecture. Car ce n'était qu'une lecture; mais, outre qu'elle était débitée avec l'irréprochable accent de l'ancienne école, elle paraissait si naturelle, si aisée, si bien espacée, si souple, si spontanée, si vivante que l'illusion était complète et générale. On subissait d'ailleurs, dès les premières lignes, le légitime ascendant d'une pensée neuve, sage et vigoureuse où la finesse parisienne ne faisait que mieux ressortir la solidité du bon sens. Le public alors, assez peu amoureux des rêves et des caprices de l'imagination, se trouvait à l'aise devant cet exposé clair et méthodique. »
On comprend combien, le temps aidant, serait devenue grande et salutaire l'action civilisatrice de cette imitation du Collège de France. Il s'en fallait de beaucoup en effet que tous les jeunes gens de la capitale qui avaient suivi un cours d'humanités se rendissent aux universités pour y continuer leurs études; la moitié d'entre eux peut-être, au sortir du collège, se lançaient dans le commerce, l'industrie ou toute autre carrière dans laquelle on n'avait pas besoin de grades académiques. Les cours publics et gratuits institués à Bruxelles offraient à ces jeunes gens les moyens d'entretenir et surtout de compléter les connaissances littéraires et scientifiques qu'ils avaient acquises au collège. Il en était de même des personnes qui avaient puisé leur instruction dans des établissements particuliers. Aussi la plupart des cours furent-ils fréquentés avec beaucoup d'assiduité. Céux de ces cours qui survécurent