‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 85 sur 192 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à la révolution furent supprimés lors de l'érection de l'université libre de Bruxelles (i).

Auguste Baron, dont nous publions ici le portrait, était venu s'établir en Belgique en 1812, après avoir été, à l'âge de dix-huit ans, répétiteur de grec à l'école normale. Il nous a laissé une page intéressante pour l'histoire de la capitale (2) à une époque où elle était le rendez vous des célébrités proscrites de tous les coins du globe. Nous avons dit ailleurs que les vieux débris de la Montagne et les rédacteurs du Nain jaune (3) avaient trouvé auprès du roi Guillaume une protection aussi décidée, une hospitalité tout aussi amicale que les exilés de Gand pendant les Cent jours.

Baron cite du roi quelques mots remarquables. Barère, pour se mettre à l'abri des tracasseries de la police française, avait pris en Belgique le nom de Roquefeuille. L'ambassadeur de France s'adressa, diton, au roi pour obtenir son expulsion.

« — Sire, Barère est à Bruxelles. — Cela se peut, répondit le roi, mais je l'ignore. — Mais, sire, il se fait appeler M. de Roquefeuille. — En effet, le nom de Roquefeuille ne m'est pas inconnu; quant à Barère, je n'en ai jamais entendu parler. - — L'ambassadeur n'insista pas. Une anecdote sur Merlin est plus généralement connue. Fatiguée par la poursuite obstinée des agents du gouvernement français, l'administration néerlandaise avait conseillé à Merlin de se retirer en Angleterre. L'illustre jurisconsulte s'embarque, mais bientôt une tempête le rejette sur le rivage. Les obsessions de l'ambassadeur de France recommencent auprès du roi. - - La mer me l'a rendu, répondit Guillaume, je ne le rendrai pas à la mer (4).

J'ai retracé, dans de précédents chapitres, l'histoire de l'ancien Parc des ducs de Brabant et de Bourgogne, et raconté la création du Parc nouveau sous Marie-Thérèse (5). On a vu qu'à l'origine la Warandc était le jardin privé des princes; on n'y admettait pas le peuple; sous le règne d'Albert et Isabelle on

(1) Ces intéressants détails historiques sont empruntés en partie à un document parlementaire devenu fort rare et distribué aux chambres en 1842, par M. J.-B. Nothomb, ministre de l'intérieur.

(2) Anecdotes contemporaines. Œuvres complètes, IV, p. 1 1 5.

(3) Journal bonapartiste libéral fondé sous la Restauration.

(4) Voir notre gravure page 96.

(5) Voir les chapitres III et IV du tome I*.

l'ouvrit durant toute l'année aux honnestes gens et deux fois l'an au peuple. Depuis un siècle il est devenu la promenade favorite des Bruxellois. A diverses reprises, sous l'empire et sous le gouvernement hollandais, l'on y organisa des fêtes, spécialement au Vauxhall, dont nous aurons à reparler plus loin. Chaque allée à cette époque avait son nom : la Belle Allée conduisait de la place Royale au grand bassin; Y Avenue

Les gardiens du Parc en 1825. est défendu de traverser le Parc avec des paquets. Fac-similé d'une ancienne estampe communiquée par M. Molenschot.

des Princes partait de la rue Ducale; Y Avenue du Palais occupait le milieu. Il y eut aussi les Avenues du Petit-Bassin, de la Montagne du Parc, des Etats-Généraux, du Boulevard. Ces dénominations ont disparu ainsi que les costumes des gardiens qui, sous le régime autrichien portaient la livrée impériale avec la hallebarde, et sous le régime hollandais un carrick et un chapeau galonné.

Après le Parc, et surtout le dimanche pendant les belles soirées d'été, la bourgeoisie bruxelloise se donnait rendez vous au Jardin de Tivoli, débris d'un ancien domaine seigneurial situé à l'extrémité du canal de Willebroeck, à gauche, près du pont de

Page 1