L'AVEXUH LOUISE. — LE MUSÉE D'ARMURES
A faible distance, se dirigeant vers l'est, l'on voit, jusque dans les lointains brumeux, fuir ta ligne de l'avenue Louise, magnifique voie de communication, conduisant en droite ligne au Bois de la Cambre, une des splendeurs de Bruxelles. Sur son parcours, se succèdent, des deux côtés, de somptueux hôtels et se dressent quelques remarquables sculptures : Le Dompteur de chevaux, par Vinçotte ' ; L'Esclave repris par les chiens, par L. Samain (1897;; La Mort d' Oiup draille s « le tombeau des lutteurs ». par Van der Stappen ; Lutte équestre, par Jacques de Lalaing. celle-ci tout à proximité du Bois.
Restant sur le territoire urbain et. dans le prolongement du boulevard de Waterloo, vers le midi, bientôt s'aperçoit la massive silhouette de la
' Pendant l'impression de ces lignes le groupe du Dompteur de ilu'vaitx a été transféré à l'avenue conduisant à l'Exposition universelle.
Porte de Hal. déjà mentionnée. On y a installé le Musée des armes et des armures de l'Etat.
Remaniée en i86q. la construction, dans son actuel aspect, n'évoque plus que faibl(Mncnt la pliysionomic des portes s'élevant sur le prolongement de l'enceinte de 1357. Sur un plan semi-circulaire, percée de rares et étroites embrasures, d'après le type g-énéral des constructions militaires du temps, c'était un souvenir plutôt qu'un monument. Aussi fit-on, au cours du XIX'' siècle, (.li^ nudti])les ])rojets (ra])])r()])riati()n destinés plu-
Photo Neurdein.
T. Vinçotte. Le dompteur de chevaux.
tôt à permettre son maintien (ju'à la rendre dune utilisation pratique. De très vieux P)ruxell()is la connurent i^rison.
.Salle d'armes et arsenal ancien, on peut l'envisager comme fournissant un cadre merveilleux aux objets qu'on y a grou]')és nxcc intelligence et méthode.
L'escalier de pierre, construit en hors-d'œuvre, décrivant une hélice l)arraite. constitue, (hins sa cage ajourée, une création faisant lionneur à l'architecte Beyaert. I.e (^oup d'œil ménagé d'en l)as. de ses spires, se succédant jusqu'au sommet de l'édifice est des .plus curieux.
(Juant aux salles mêmes, l'imi^ression ])roduite se traduit fort l^ien par cette phrase d'un écrivain militaire, le général van \'inckero\- : «Groupés
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silencieux, sous les ogives sévères, parfois noyés dans Tombre d'une colonne massive, ces fiers g-ens d'armes, tout équipés encore pour le combat, semblent être scellés depuis des siècles aux parois de cette vaste salle qu'une heureuse inspiration leur a donné pour asile. »
Armures, panoplies, vieux drapeaux forment là un ensemble captivant, non sans analcjgie avec la salle d'armes du château de Windsor.
Sans être d'ailleurs très importantes en nombre, les collections offrent un intérêt historique sérieux. Au rez-de-chaussée, d'anciennes bouches à feu et, dans leur nombre, plusieurs datant de l'origine même de l'emploi de la poudre : fauconneaux, couleuvrines, veuglaires.
parfois avec leur affût. Presque toutes proviennent des fouilles opérées dans les remparts de places fortes démantelées : Marche, Bouvignes; d'autres ont été trouvées dans le lit des rivières, à 3lalines, à Audenarde, particulièrement dans l'P'scaut de vaut Anvers : pièces marines infiniment curieuses. Il y a aussi des armes portatives de siège, mais, chose assez curieuse, rien des glorieux fondeurs belges du
XVU siècle chez lesquels Charles-Quint se prcK-urait ses iiK^llcurs engins de guerre.
Parmi les étrangers, on relève le nom des : KcUer, de Zuricli, au service de Louis XIV ; des Castronovo, travaillant à Xaples ; des Weinbrenner, à Vienne. (Jn remarque la ForniiJûhlr, ])ièce tondue à Douai, sous Napoléon, en 181 1. et qui mesure -i."'.^5 de long. Bref, un petit ensemble intéressant auquel se mêlent, assez discrètement, des instruments de supplice et jusqu'au manteau rouge, de l'ancien exécuteur de la bonne ville de Bruxelles.
l'iiulo Neurdeiii.
Mort d'OmpJraïUcs, le « tombeau des lutteurs », par Van der Stappen.
Au premier étage, dont la salle unique occupe tout le périmètre de la construction, se trouvent groupées quelques bonnes pièces établissant la succession de l'armure, depuis le vêtement de mailles du Xll*' siècle jusqu'au XV!!*" siècle, en passant par les types variés des époques intermédiaires : belle armure maximilienne; armure de tournoi ayant a])partenu,
(lil-on, à Philippe H. provenant dailleurs dTlspagne et. assur(î la tradition, de V Arnuria rcal '.
Peut-être y a-t-il lieu de rappeler que Bruxelles eut, jusqu'en 1794, une des plus riches collections d'armes anciennes de rj{urope, celle t( )rmêe ])ar ses anciens princes, et dont rénumération comprend des pièces d'un intérêt unique, aujourd'hui, pour la plupart, incorporées à l'admirable musée impérial de Vienne.
Revenant aux armures ])rincipales exposées au ])()urtour du premier étage, nous signalons comme particulièrement digne d'attention une armure allemande de tournoi, de la fin du xv*" siècle, le heaume, à timbre plat, vissé au plastron de la cuirasse et n'ayant d autre vue qu'une fente supérieure. Cette pièce, fort rare, ne pèse pas moins de 45 kilogrammes.
Une armure italienne à fond noir, avec bandes gravées portant sur le hausse-col les armes du célèbre général Colalto, est portée par un cheval bardé et caparaçonné. I.e cheval est celui que montait le prince d'Orange,
' Nous remercions MM. Edg. de Prellc de la Nieppe et Georges Macoir, du musée, de l'obligeance qu'ils ont bien voulu mettrt; à nous communitiuer les photographies ayant servi à l'illustration de ce chapitre.
1'ln.lu Acuiiieill.
La porte de Hal.