‹ Bucarest en 1906Chapitre 17 sur 75 · I. D. Ionescu · texte numérisé non relu

I. D. Ionescu

Chanteur populaire.

1 Stavri, ayant gagné de l'argent dans ce petit établissement, loua le jardin de la maison du général Herescu-Nasturel (strada Academiei). Il remplaça les plates-bandes par du sable, supprima en partie les bosquets, fit élever une scène dans le fond et ne respecta que les grands arbres. On joua là quelques opérettes françaises qui eurent du succès; puis la foule inconstante alla ailleurs et Stavri se ruina.

firescu, qui occupait le coin de la rue en face des bureaux de Y Universul, jouissait de la plus mauvaise réputation.

A part l'Université toute neuve, il n'y avait pas dans Bucarest un monument public digne de ce nom; la justice était rendue partie dans une vieille maison de la calea Rahova et partie dans ce nid de chouettes encore accolé au Théâtre Lyrique — (l'Athénée Roumain de jadis, mesquin, poudreux, avec ses gradins en amphithéâtre), — et cette maison était déjà presque aussi délabrée qu'aujourd'hui ;

ments situés au fond de la cour de l'église St!i Apostoli, un vaste terrain plus bas que la rue et que la moindre pluie transformait en marécage; c'est là que s'ébattaient les élèves dans les intervalles des classes.

Pas un palais, pas même une belle maison particulière, sauf la maison que Liebrecht avait à peine achevée ( maison de M. Georges Filipescu, strada Dionisie), et que l'Etat avait mise sous séquestre en 1866; le confort était aussi inconnu que l'art. Pas une statue. La première, celle de Michel-le-Brave, date de 1876.

Que l'on imagine donc le Bucarest de I866 à I870 comme un de nos faubourgs actuels les plus reculés, un peu plus laid, un peu plus sale, moins bien pavé, sans trottoirs, sans lumière et sans égouts, avec d'immenses terrains

Phot. de M. G. Batiste.

Maison de M. G. Filipescu.

Maréchal de la Cour Construite en 1866. — Str. Dionisie.

la Poste était à l'étroif dans le vieil immeuble de la strada Doamnei ; les ministères occupaient des maisons très vénérables, mais aussi très misérables; le lycée Saint- Sava était installé dans une sorte de vieux cloître, à côté de la maison Florescu, en face de l'église Magurean aujourd'hui démolie; le lycée Mathieu Bassarab avait élu domicile dans des bâti-

vagues, des clôtures branlantes cachant à peine des dépôts d'ordures; en été, la puanteur des fosses d'aisances mal construites, un arrosage sommaire et partiel à la saca; en hiver, la neige séjournant pendant des mois, jamais enlevée; tout au plus, dans les quartiers du centre, déblayait-on le devant des maisons, de sorte que la chaussée, où filaient ies traineaux par un prodige d'équilibre, se trouvait remontée à un mètre. Et quel gâchis quand toute cette neige fondait! Et quelle boue dès qu'il pleuvait!

Songez que la gare de Filaret ne date que de 1869 et la gare du Nord

de 1870; que le gaz n'éclaire nos rues que depuis 1871, époque où fut ouvert le Boulevard Elisabeth et comblé le lac d'Icoana ; que le jardin de l'Episcopie n'a été terminé qu'en 1872, en même temps que la Halle centrale et

la Halle Amzd. L'arrosage à la „saca«.

Tout cela nous semble aujourd'hui tellement invraisemblable qu'il est bon de fixer quelques dates.

Le jardin d'Icoana a été terminé en 1872, l'Imprimerie de l'Etat a été construite en 1882, le Palais Royal et le Ministère des Finances en 1883; la rectification et la canalisation de la Dâmbovitsa ne furent achevées qu'en 1883; l'Athénée est de 1886, le Ministère de l'Instruction publique date de 1887; le Lycée Lazare de 1889, l'Ecole de commerce et la Morgue de 1890; les Boulevards Carol, Pake et Ferdinand ont été percés en 1890; le Boulevard Coltsea a été ouvert en 1894, en même temps que les Boulevards Maria et IndependenÇa ; le Ministère des Domaines

et le Palais de Justice sont de 1895, la Cour des Comptes de 1898, le Palais des Postes jjde 1900, la Caisse des Dépôts de 1901, la Faculté de Médecine et l'Institut de Bactériologie de 1903, le Muséum d'Histoire naturelle et l'Institut agronomique de 1906; et l'on a posé, le 25 novembre 1906, la première pierre de l'Institut agronomique.

Songez qu'en 1878, à deux pas du Palais Princier, la strada Corabia, aujourd'hui une des plus coquettes de la ville, était encore un chemin non pavé qui passait entre des terrains vagues, clos de planches, longeant, près "de l'Episcopie, la cour de la maison de Mme Slatineanu. Dès qu'il pleuvait, ce chemin se transformait en marécage et devenait absolument impraticable.

Songez enfin que tout le quartier de Filaret, si gai, si vivant aujourd'hui, n'existait pas en 1886, que les terrains fangeux connus sous le nom de terrains Grammont n'ont été asséchés et construits que tout récemment, et que l'année dernière (1905) le Parc Carol I dont Bucarest est justement fier n'était p p Carp qu'un marécage où des buffles se vautra- Ministre de l'agriculture,

. « ii . <. i •■ du commerce de l'industrie

îent dans la boue et ou les sacagu vena-ct des domaines de \m à ient puiser l'eau de la fontaine qui a ,895, ., , ^

1 Président du conseil en 1900.

désaltéré tant de générations de boyards.

En nous rappelant que tout ce qui fait aujourd'hui la beauté de la capitale, tout ce qui lui donne l'air d'une

Jean C. Bratianu.

Président du conseil de 1876 à 1888.

Phot. de l'auteur.

Maisons nouvelles du Boulevard Colfea.

ville moderne ne date que d'hier, nous nous rendons compte de l'effort accompli et nous nous sentons pris de reconnaissance pour tous ces maires, tous ces adjoints, tous ces conseillers municipaux qui, depuis 1866 jusqu'à ce jour, depuis Démètré Bratianu jusqu'à M. Michel G. Cantacuzène, se sont efforcés, avec des ressources bien maigres,

Le Boulevard Maria percé en 1894

et ayant à lutter avec des difficultés de toutes sortes inhérentes à notre état social et à notre état politique, se sont efforcés, dis-je, de changer l'aspect de la vieille ville, d'en redresser les rues, d'ouvrir de grandes voies, et, en même temps, d'assainir la capitale. Ce que nous voyons aujourd'hui est leur œuvre. Elle n'est pas achevée certes; mais, telle qu'elle est, elle leur fait honneur, et si la politique ne jouait pas un si grand rôle, ils auraient pu faire beaucoup plus et peut-être plus rapidement.

Le Maire actuel, M. Michel G. Cantacuzène, a mis au concours un plan systématique de la ville. Souhaitons que ce plan soit approuvé et qu'on l'exécute d'une façon méthodique et avec esprit de suite. Hélas ! l'esprit de suite est ce qui manque le plus en Roumanie.

Si l'on réduit l'étendue de la capitale, et si tous les efforts pendant quelques années et toutes les ressources disponibles sont appliqués à la superficie que peut occuper une population de 300.000 âmes, dans un quart de siècle, Bucarest sera une très belle ville, tout-à-fait moderne.

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