BUCAREST AU XIX E SIÈCLE
on Ghica, qui avait tant vu et qui avait l'esprit si net, a écrit, dans les Convorbirile economice: „Si sur Bucarest n'avaient pas cent fois passé et repassé le sabre, le feu»
l'eau, les tremblements de terre, les Turcs, les Tatars, les Hongrois, les Russes et les Autrichiens, et surtout tant de mauvais princes avec des ministres et des favoris comme Veleli, Tsucala et Lohana, cette capitale n'aurait rien à envier à Vienne ou à Berlin".
L'ancien président du conseil du prince Charles se faisait illusion. Une ville ne se transforme pas du jour au lendemain lorsque son administration ne dispose pas de centaines de millions et qu'il n'y a que de très rares capitalistes parmi ses habitants. Nous vivons, depuis
Ion Ghica.
Publiciste, économiste, et homme «l'Etat roumain.
quarante ans, sous le meilleur des rois et Charles I er a eu de bons ministres de même que Bucarest a eu de bons maires, et chacun d'eux a fait ce qu'il a pu, et cependant, jusqu'en 1878, Faspect de Bucarest a peu changé. Ce n'est
Phot. de Fauteur.
Maisonnette de Bucarest.
Existant en 1906.
Phot. de l'auteur Maisonnette de Bucarest.
Existant encore calea Dudesti.
qu'à partir de cette époque que l'on a commencé à moderniser la ville. On y a travaillé pendant vingt ans. Certes, le Bucarest de 1906 ne ressemble guère à celui de 1806; toutefois, nous sommes encore loin de n'avoir rien à envier non seulement à Vienne ou à Berlin, mais encore à quantité d'autres grandes villes de l'P^urope occidentale, où la population est tout entière urbaine^ tandis qu'à Bucarest une partie de la population est encore rurale. C'est ce mélange de la classe paysanne avec les autres classes de la société qui donne à notre capitale son aspect particulier, qui frappe tous les étrangers de passage à Bucarest et qui durera encore longtemps, car la différence très grande qu'il y a entre les paysans et les autres classes, dans le costume et la manière de vivre, n'est pas près de s'effacer.
La campagne pénétrait il y a vingt ans jusqu'au cœur de la ville. Elle a commencé à reculer, et, si l'on
Phot. de l'auteur.
Maisonnette de Bucarest.
Kxistant encore <lans la strada Popa-Kitsu.
s'était bâté de tracer des limites à Bucarest, on aurait déjà aujourd'hui une ville entièrement moderne, six fois moins étendue que la ville actuelle, mais bien pavée, bien éclairée et peuplée de belles rues et de superbes jardins. Des considérations politiques ont toujours retardé cette solution qui s'imposait cependant, et on a laissé la ville s'étendre dans la campagne, conservant ainsi à Bucarest son aspect primitif de gros bourg entouré d'une agglomération de villages où s'élèvent chaque année, parmi les masures, de riches demeures, qu'on est tout étonné d'y rencontrer.
Ion Ghica déplore également la disparition de nombreuses industries roumaines.
Or, M. Ionnescu-Gion constate, dans son Histoire de Bucarest avant 1800, que, à partir de 1740, le commerce roumain avait complètement passé entre les mains des étrangers.
Nous avons déjà dit plus haut deux mots de cette question. Nous croyons cependant devoir y revenir ici pour fixer certains points relatifs au développement de la capitale de la Roumanie.
Il ne faut pas oublier que Bucarest est une ville de boyards, venus, à partir du XV e siècle, s'établir autour de l'ancienne forteresse de la*Dâmbovitsa et dont le nombre s'est accru dans les siècles qui suivirent.
Autour de ces boyards, que voyons-nousV 1° Des fonctionnaires, gens de petite noblesse, arrivés aux fonctions par les portes basses, toujours rampants, serviles envers les forts, durs envers les petits qu'ils spoliaient effrontément; cette classe comprenait, depuis le XVI e siècle, un nombre considérable de Grecs, qui peu à peu se roumanisèrent et dont beaucoup arrivèrent à la grande boyarie ;
2° des prêtres, recrutés parmi les paysans, ignorants comme eux, superstitieux et misérables, car les églises riches furent toujours entre les mains des moines grecs; 3° des paysans que les boyards amenaient de leurs terres pour cultiver les vignes et les vergers entourant leurs habitations; 4° des artisans roumains, serbes, bulgares et hongrois, des charrons, des tonneliers, des tanneurs, des teinturiers, des bouchers; 5° quelques commerçants étrangers, Saxons, Grecs, Arméniens et Juifs:
6n des Tsiganes, esclaves des boyards, qui les vendaient pêle-mêle avec leurs chevaux, leurs bœufs et leurs moutons, et qui représentaient pourtant toute une classe d'artisans, sans parler des musiciens.
A côté des boyards, — riches et puissants comme eux, — les hégoumènes des monastères dédiés qui exploitaient d'immenses domaines avec une rapacité sans exemple.
Le prince, les boyards et les monastères possédaient tous les terrains de la ville et de vastes propriétés au delà des étroites barrières de l'époque.
Sur ces propriétés, ils accordaient à des vignerons, à des cultivateurs, à des artisans, à des commerçants, l'autorisation de se construire une hutte (bordei) ou une masure, et, de tous les côtés, on vit s'installer de petits villages pauvres autour d'une église en bois.
Dans cette société quasi- féodale, le travail manuel exercé par des esclaves, des étrangers ou des paysans, était considéré comme chose vile et le commerce comme peu digne d'un Roumain qui s'anoblissait en devenant fonctionnaire.
Cent ans ont passé sans beaucoup modifier la mentalité des Roumains à cet égard. Le vieux préjugé existe
encore aujourd'hui, et Ton continue à considérer comme une déchéance de se livrer au commerce et comme un honneur d'être nommé dans une fonction, lût-elle infime.
Confinés dans la petite industrie domestique qui était appelée à disparaître dès que le pays progresserait, la basse classe végéta pendant que se développaient la classe des fonctionnaires et, plus tard, les classes libérales : et, comme les besoins de ces classes plus aisées et ceux de la classe riche croissaient chaque jour, les étrangers s'empressèrent d'y pourvoir.
Dès la fin du XVIII e siècle, nous avons vu tout le grand commerce et la banque entre les mains d'étrangers qui avaient des capitaux, du crédit et des habitudes de travail et d'économie, en un mot qui étaient supérieurement armés pour la Jutte économique.
Le luxe ne fit que grandir au XIXe siècle, car l'ouverture des ports de la mer Noire aux navires de tous les pays (1829) avait donné un nouvel essor à l'agriculture et enrichi les propriétaires, qui, tous à l'envi, se firent construire des maisons plus modernes, commandèrent des meubles à l'étranger, abandonnèrent leurs vêtements surannés et adoptèrent le costume européen, pendant que leurs femmes et leurs filles s'habillaient „comme à Paris'*, en attendant qu'elles s'habillassent à Paris \
Commerçant riche de Bucarest.
1 On comprend très bien pourquoi les passementiers, si nombreux alors qu' était en honneur les costumes chamarrés de galons, devinrent très rares au XVIII e siècle, quand, à la suite des Fanariotes, les boyards adoptèrent le costume oriental et que l'usage des fourrures développa alors une industrie prospère, celle des fourreurs, qui tomba en décadence dès que les hautes classes adoptèrent le costume européen.
Il est naturel que, pour satisfaire les besoins de cette seule classe riche, qui ne réclamait que des produits venant du dehors, se soient installés à Bucarest une foule de commerçants étrangers, dont le nombre n'a fait que croître.
Les quelques commerçants roumains qui essayèrent de lutter furent rapidement vaincus, et, à mesure que la classe des fonctionnaires, imitant les boyards, quitta son ancien costume, renouvela ses meubles, adopta un genre
de vie plus occidental, on vit arriver le juif qui se substitua à l'arménien et au saxon.
Les femmes du peuple cessèrent de tisser la toile dont s'habillait toute la famille et les foulards dont on faisait autrefois une si grande consommation à Bucarest. En même temps, elles quittèrent le costume national. Ce changement dans les habitudes de la basse classe eut un double résultat : il fit disparaître les teinturiers et fournit une nouvelle clientèle aux juifs.
Arnaute au service d'un boyard. C'est à CCS modifications
apportées brusquement dans le costume de toutes les classes de la population de la capitale qu'il faut attribuer la disparition des islicari et des §alvaragii, ainsi que la ruine des pelletiers et des fourreurs.
Bien que la ville continuât à s'agrandir, Bucarest lit peu de progrès, dans les premières années du siècle.
On répara des églises, les boyards construisirent quelques maisons assez confortables; les bordei disparurent peu à pou et furent remplacés par de petites maisonnettes; des magasins remplacèrent les anciennes échoppes; on sub-
stitua peu à peu les toitures en tôle aux anciennes toitures en bardeaux, on pava quelques rues. Mais ce fut à peu
près tout. En 1831, le comte Paul Kisselef, gouverneur général des Principautés au nom du Tsar, fit démolir le moulin à vent qui se trouvait à la sortie de la ville sur la route de Brashov et fit dessiner et planter les jardins qui bordent cette partie de la route à laquelle on donne encore aujourd'hui le nom de Chaussée Kisselef. Vers la même époque, l'étang de Cismegiu fut transformé en lac et entouré d'un jardin. Les barrières furent reculées et on créa des cimetières; mais l'aspect général de la ville ne fut pas modifié.
Le prince Caradja. Et pourtant que d'événe
ments depuis le commencement du siècle! Occupation de Bucarest par les Russes (1807); arrivée des Turcs (1812) et fuite des boyards, du métropolitain et des évoques ; incendie du palais princier de Dealu-Spirei; ravages occasionnés par la peste; départ précipité de Caradja qui abandonne le trône
(1819); avènement d'Alexandre Soutzo; menées des hétairistes qui empoisonnent ce prince (18 janvier 1821); soulèvements dos Roumains contre les (irecs; entrée de Tudor Vladimirescu à Bucarest.
Nous voici a un tournant de l'histoire roumaine. Le régime des Fanariotes est fini; 1rs princes indigènes remontent sur le trône; les boyards.
Tudor Vladimirescu.
qui s'étaient réfugiés à Brashov pendant les troubles provoqués par l'hétairie, rentrent à Bucarest, et les hégoumènes grecs sont partout expulsés et remplacés par des Roumains.
Puis vint la convention d'Akermann (1826) et l'influence croissante de la Russie. En 1829, les Russes occupent les Pays Roumains, et nomment un gouverneur général des Principautés, d'abord le comte Pahlen, auquel succéda bientôt le général Joltuchin, que remplaça le comte Paul de Kisselef.
Le prince Alex. Ghica. ^ ^ ^ ^
accompagné l'inv-asion des Russes. En 1830, ce fut le choléra qui éclata et fit des milliers de victimes.
Les événements se pressent. Le Règlement organique est voté (1 831 ), Alexandre Ghica est nommé prince (1834), les Russes quittent Bucarest; le pays roumain respire enfin et on se prend à espérer. Des journaux se fondent, le collège Saint-vSava est ouvert et la Valachie eut son Parlement, — un embryon de Parlement, il est vrai, une sorte de chambre des pairs où quelques grands boyards se réunissaient sous la présidence du Métropolite, mais enfin une assemblée politique.
Le prince D. Bibescu.
J. Heliade-Radulescu.
Mais les intrigues des boyards troublent de nouveau le pays. Alexandre Ghica est destitué et Démètre Bibeseu est élu prince à vie par ses pairs (1842). Les passions politiques sont toujours très vives dans la classe dirigeante, si loin des autres \ classes. Le prince Bibeseu voit se y \ liguer contre lui la majorité des grands
boyards. En mars 1847, un incendie terrible ravage tout le centre de la ville. En juin 1848, c'est la révolution qui éclate. Bibeseu abdique et un gouvernement provisoire s'installe. La rue se mêle à la politique, de grandes assemblées populaires sont tenues à Filaret; trois mois de fièvre et d'enthousiasme; on brûle en grande pompe le Règlement organique, on parle de proclamer la République. Et, tout à coup, les Turcs occupent la ville, après une courte lutte avec les vaillants pompiers qui essaient, à Dealul-Spirei, de défendre l'entrée de la capitale. Les révolutionnaires, Heliade, les frères Bratianu, les frères Golescu, Ion Ghica, N. Balcescu, D. Bolintineanu, etc., sont arrêtés et envoyés en exil; des boyards sont enfermés dans des monastères. Le prince Stirbey, frère aîné de Bibeseu, est appelé au trône et l'on respire de nouveau.
Mais l'année 1853 ramène les Russes, et Bucarest voit un nouveau gouverneur, Kalcinsky, qui, pendant dix mois (1853—1854) administre le du Tsar.
Les Russent partis, ce sont les Turcs, puis les Au-
N. Balcescu.
pays au nom
trichiens qui les remplacent1; ceux-ci restent jusqu'en mars ! 857. C'est la dernière armée d'occupation que verra Bucarest.
Le traité de Paris de 1856 avait rouvert tous les cœurs à l'espérance . Un divan ad-hoc est enfin convoqué dans lequel toutes les classes de la société sont représentées. Cette assemblée se réunit à Bucarest, le 1 I octobre 1857, sous
éliront chacune un prince indigène. Le 5/17 janvier 1859 la Moldavie ayant élu prince le colonel Couza, l'assemblée de Bucarest, le 24 janvier 1860, l'élit prince de Valachie, et, voici l'Union presque réalisée. En 1862, le prince Couza proclame l'Union et transfère sa résidence à Bucarest qui devient capitale des Principautés-Unies avec un seul ministère et une seule Chambre2.
Ce fut une heure inoubliable dans la vie du peuple roumain, mais tout spécialement dans l'histoire de Bucarest, qui vit refluer vers lui un grand nombre de Moldaves, et qui concentra toutes les forces vives du pays.
1 Alexandre Ghica fut nommmé caïmacam de Vaiachie.
- La première Chambre roumaine se réunit le 24 janvier (5 février) 1862. Le ministère était ainsi composé: Barbu Catargi\ président du conseil, intérieur et travaux publics; Ap. Assaki, affaires étrangères; Al. C. Morouzi, finances; L. Braïloï, justice: Gr. Balsh, instruction publique, et le prince ./. Gr. Ghyka, guerre.
la présidence du métropolite Niphon et vote les vœux du pays ; elle réclame l'union de la Valachie et de la Moldavie, et demande qu'on donne à la Roumanie un prince étranger issu , d'une des familles régnantes de l'Europe.
Le prince Couza
L'Europe n'accède pas à ces vœux et la Convention de Paris (19 août 1858) décide que les deux Principautés continueront à vivre séparées et
C'est à partir de ce moment que la ville commença à se moderniser.
La vie politique devenait de plus en plus intense depuis que des éléments nouveaux avaient été admis à y
prendre part. Les luttes parlementaires étaient de plus en plus vives.
■ Le premier ministre Barbu
W ^^^M Catargi est assassiné en sortant de
? /-v£§ la Chambre (1863). Les biens des
monastères dédiés sont sécularisés.
Couza et Kogalniceanu font le coup d'Etat du 2/i4 mai 1864. Le Code Napoléon est introduit, la corvée est supprimée, six cent mille paysans sont rendus propriétaires, l'instruction devient gratuite à tous les
Michel Kogalniceanu.
degrés.
Mais une vive opposition se déclare contre Couza Une émeute éclate le 3/ 1 5 août 1 865 ; la populace envahit la mairie et jette les archives par les fenêtres clans la Dâmbovitsa. L'armée rétablit l'ordre à coups de fusil. On n'a pas encore oublié dans le peuple „le sang versé à Bazaca\ Cet événement rapprocha les partis qui étaient hostiles au prince Couza et une société secrète se forma dont firent partie Ion Ghica, Th. Vacarescu, B. Hiottu, Lascar Catargi, C. A. Rosetti, N. Blaremberg, Jean Bratiano, Dém. Stourdza, le prince Dém. Ghica, Heliade, les frères Golescu. P. P. Carp, Dém. Bratianu, le général prince J.-G. Ghyka, C.
Braïloi, J. Cantacuzène, P. Mavrogheni, G. Ghica, etc. Le but de cette société était de renverser Couza et de faire monter sur le
D'après une aquarelle.
Les paysans saluant le Prince Charles à son arrivée.
trône un prince étranger. Les membres prirent des engagements formels et fondèrent un journal, la Revue du Danube, qui était rédigé par C. Gradisteanu, Em. Kre-
tzulescu, Dém. Berendeï, R.
Ionescu et N. Blaremberg.
Quelques mois après, le Vu février 1866, une conspiration militaire forçait le prince Couza à abdiquer1. Bucarest vécut encore pendant deux mois dans la fièvre et l'anxiété. Philippe de Flandre est élu prince de Roumanie; il refuse. La Turquie menace d'occuper le pays.
Enfin une solution est trouvée, et, le 10/2 2 mai 1866, le prince Charles de Hohenzol" lern, que Jean Bratianu a accompagné depuis Baziash, fait son entrée dans la capitale où il est reçu par le maire M. Dém. Bratianu, qui lui préieutenance princière composée
Le prince Charles en 1866.
sente Je pain et sel, et
la
du général N. Golescu, du colonel Haralamb et de Lascar Catargi. Bucarest acclame le cortège princier qui se rend à la Métropole.
C'est une ère nouvelle qui commence. Tous les vœux du peuple Roumain, exprimés par les Divans adhoc de 1857, sont enfin réalisés; la Roumanie est unie, elle a pour souverain un prince étranger élu à appartenant une des plus i
La princesse Elisabeth de Wied en 1868.
à vie et
lustres familles régnantes d
Le préfet de police d'alors était M. Alex. Beldiman.
Nicolas Golescu
Lieutenant princier en 1866.
l'Europe occidentale; il ne lui reste plus qu'à conquérir son indépendance.
Le soir même de l'arrivée du prince Charles, la lieutenance princière avait remis sa démission et un ministère, présidé par Lascar Catargi et dans lequel prenaient place P. Mavrogheni, J. Bratianu, C. A. Rosetti, le général J. Ghyka, Jean Cantacuzène et Dém. Stourdza, été constitué.
On discuta à la Chambre la Le colonel Haralamb.
Constitution et l'opinion publique Lieutenant princier en isôô. suivait ardemment ces débats. Des gens sans aveu, des faubouriens exaltés prirent prétexte d'une proposition de naturaliser en bloc tous les J uifs pour faire une manifestation anti-sémite. Une bande dévasta la synagogue de la Strada Sfta Vineri et la démolit. Le prince Charles, pour protester contre^ cet acte de vandalisme, donna 72.000 fr. de sa cassette particulière pour contribuer à la reconstruction du temple israélite.
Jean C. Bratianu
.Ministre «les finances en 1866.
P. Mavrogheni
des affaires étrangères en 1866.
Lascar Catargi.
Lieutenant princier et président du conseil en 1865, en 1871, et en 1891.
Bucarest, après tant de tristesses, de misères, de malheurs, verra enfin sonner des heures de joie, de bonheur et de gloire.
Sa population fête le mariage de son jeune Prince avec la Princesse Elisabeth de Wied, dont la beauté et le radieux sourire l'enchantent
dès le premier Général I. Em. Florescu
jour et elle ap- ministre de la guerre i de 1871 à 1876.
plaudit aux paroles de bienvenue que le maire d'alors, M. G. Gr. Cantacuzène, adressa à la jeune Princesse; elle se réjouit à la naissance du premier enfant de ses Souverains, la petite princesse Marie, et elle pleure Sa mort prématurée. Elle assiste à de fréquents changements de gouvernement et fait son apprentissage politique dans les réunions publiques où la passion parle toujours plus haut que la raison.
Bucarest assiste à cette soirée de désordre du ,0A2 mars 1871, quand des exaltés brisèrent les vitres de la salle Slatineanu où étaient réunis les Allemands de la capitale pour fêter la proclamation de l'Empire, il apprit dans la nuit la décision du Prince d'abdiquer, et, dans l'angoisse, il at- Le Prince avait congédié son cabinet si un nouveau gouvernement garan-
Basile Boerescu.
Ministre des affaires étrangères en 1872.
tendit le lendemain et consenti «à rester tissait le maintien de l'ordre. Lascar Catargi assuma cette
responsabilité avec, pour collaborateurs, P. Mavrogheni, B. Boerescu, le général Florescu, Alex. Lahovary. Le prince Dém. Ghica présidait la Chambre. Bucarest vit renaître les grands jours d'opposition violente et assista aux réunions
Le prince Dém. Ghica Al. Lahovary.
président de la Chambre de 1871 à 1876. Ministre de la justice de 1872 à 1876.
publiques qui se tenaient dans le jardin de la maison de Mazar-Pacha l'orateur monté sur une table placée dans le vestibule, afin de ne pas violer absolument la loi qui
1 La maison du général Lakeman, dit Mazar-Pacha, déjà très délabrée à cette époque, était située au fond d'une grande cour pavée en pierres roulées et envahie par les mauvaises herbes. Elle se composait d'un rez-de-chaussée surmonté d'un étage. Elle couvrait tout l'espace compris entre la maison du docteur Pan. Iatropol, aujourd'hui maison Pake Protopopescu, et la maison Szathmari, c'est-à-dire là où l'on a construit l'établissement de bains Central et deux maisons toutes neuves. Derrière, s'étendait un grand jardin, qui communiquait d'un côté avec la propriété Cornescu et un terrain vague qui taisait le coin de la strada Col^ei là où est aujourd'hui la maison Cazotti. La propriété Cornescu, où se trouvait alors installée l'imprimerie de Petre Ispirescu, fut achetée par Joje qui y joignit le jardin de Mazar-Pacha et en fit la strada Régala.
exigeait que les réunions publiques se tinssent en lieu couvert.
qui avait à ce moment pour Maire le coétait maintenant éclairé au gaz; des lignes
Bucarest, lonel G. Mano, de chemins de
fer reliaient la capitale à tous les grands
Le Prince Charles en 1875.
centres du pays et la mettaient en communication avec l'étranger; les rues principales étaient pavées en pierres cubiques, des tramways circulaient, l'Université s'organisait, les lycées étaient trop étroits pou r contenir tous les élèves qu y affluaient; on augmentait chaque année le nombre des écoles primaires et le général Florescu formait une armée.
L'année 1876 arriva. Lascar Catargi abandonna le pouvoir. Manolake K. Iepureanu lui succéda, bientôt remplacé par Jean Bratianu.
L'année suivante, la Russie déclare la guerre à la Turquie. Un frisson d'enthousiame passe sur toute la Roumanie. L'armée est concentrée ; les Chambres proclament l'indépendance. Bucarest voit défiler dans la calea Mogosoaiei le Tsar Alexandre III précédé de la garde impériale et ayant à ses côtés le prince Charles et le grand-duc Nicolas. Puis les bulletins de victoires, la prise de Plevna, la rentrée triomphale des troupes ayant à leur tête le lier capitaine,
le Prince glorieux qui a reconquis l'ill- Manolake K. Iepureanu
i t i> • • r Présideni du conseil en
dépendance. La Roumanie a pris enhn i867
sa place dans le monde et elle va pouvoir se développer
normalement.
La transformation de la Roumanie en royaume (1881 ) marque l'heure décisive de la première étape vers ce progrès normal.
C'est à partir de ce moment que nous assistons à une transformation réelle et progressive de la capitale. La ville boyarde se modifie en même temps que la société. Les lois nouvelles ont supprimé la boyarie, aboli la corvée, fait des paysans de petits propriétaires libres, supprimé les titres de noblesse et les privilèges, admis toutes les classes à la vie politique, consacré la liberté de la presse, rendu la justice égale pour tous et l'instruction gratuite à tous les degrés. Une nouvelle classe riche, instruite, issue du peuple, s'est élevée au niveau de l'ancienne classe privilégiée et se confond presque avec elle; une autre classe, —
. . . Le Dorobants.
les fonctionnaires, — aisée et composée d'hommes également instruits, s'est créée à côté de l'ancienne classe des petits boyards et tend à la remplacer. Le clergé est moins ignorant. Le peuple, plus éclairé et plus conscient de ses droits, se sent chaque jour poussé au travail et à 1 épargne, car la vie est devenue moins facile, et, au dessous de lui, se forme une classe de commerçants, nombreuse, travailleuse et économe, composés de Roumains, d'étrangers roumanisés et d'étrangers.
A partir de 1881, la population s'accrut rapidement. La richesse augmenta. Les terrains prirent une valeur inconnue jusqu'alors. De toutes parts, l'Etat, la commune, les particuliers se mirent à construire, mais sans plan
établi au préalable, de sorte que la vieille ville survécut à côté de la nouvelle, la gênant dans son développement.
Nous avons un plan de Bucarest exécuté en 1852, sous le règne du prince Stirbey par le baron R. A. Boroczyn.
Les barrières étaient alors ainsi fixées: Barbatescu, Dealu-Spirei, Dudesti (Vitan), Sf. Niculaie, Caramidari, Sf. Ioan Mosi, Iancului: Sf. Vasile, PrecupeÇii-Noui, Podu-de-
Pâmênt, Sf. Voivozi, Vergu et Herestreu.
Il y avait encore 14 monastères: Antim, Vacaresti, Sf.
Gheorghe-Nou, Greci, Sf. Ioan cel mare, Cotroceni, Kre^ulescu, Sfta Ecaterina, Mihai- Vodâ, Stavropoleos, Sf. Spiridon-Nou, Sf.
Spiridon-Vechiu, Zlàtari et Sarindar.
phot. de m. Menu. Les édifices pu-
Le Palais royal avant la restauration. bllCS étaient rares.
Il y avait le Palais princier, là où est le Palais actuel, le Palais Stirbey où habitait le prince Stirbey de 1849 à 1853 (dans la Calea Mogosoaiei), l'Agia (préfecture de police), dans la strada vSf. Ilie, les tribunaux en face de Doamna Balacha, le séminaire de la Métropole, la Mairie (Sfatul orâçenesc) près de la Dâmbovitsa, le collège Saint-Sava, sur les terrains (|ui font face à l'Université actuelle, le Consulat russe (là où il est aujourd'hui), l'hôpital Brancovan, l'hôpital Col(;ea, l'hôpital „Philanthropia", l'hôpital Mihai-Vodâ (dans le monastère du même nom), la Maternité à Radu-Voda, La caserne de cavalerie (Podul de Pâmênt) et la caserne d'infanterie ( Dealu-Spirei).
Parmi les grands hans, on voyait encore, mais très
Constantin-Vodâ, Papazoglu, le han
Phot. de M. ClniHseau-Flaviens.
La vendange à Bucarest.
délabrés: le han Sherban-Vodâ, le han le han Grecilor, le han Manuk, le han Rouge, le han Coltea, le han Kretzulescu, le han Zamfir et le han Hillel (aujourd'hui la Banque de Roumanie).
Sur le cours de la Dâmbovitsa, il y avait encore six moulins ainsi désignés sur le plan : Cotroceni (sous Cotroceni), Pâlici a (un peu plus bas, en face de la caserne de la cavalerie), 1 ladioa (au dessous de Sf. Elefterie), Foi-
shor, Vitan et Dr. Gussi également du côté de Vitan.
Mais ce qui frappe surtout dans le plan du baron Boroczyn, c'est l'importance des vignes qui couvraient toutes les collines depuis Cotroceni jusqu'à Vitan, au passant par Dealul Spirei et les hauteurs de Filaret.
Parmi les propriétaires, de ces vignes nous remarquons les noms de Poenar, Cocorescu, Gazoti, Laptef, Grammont, Mustacof, Tamara, Macedonski, Angelevici, Fanu^a, Tudora Predescu, Andreiu Taraf, 'opa [oan, Tsucar, Andricu, Gradi^teanu, Bâscoveanu,
Chusseau-F]aviens,
La vendange à Bucarest.
Take Lupea, Nicolaie Cojocar, Alecu Stavraki,
Argintar.
Panu
Pbot. de M. Clmsseau-Flavien La vendange à Bucarest.
Les plus vastes appartenaient à la Métropole et au monastère de Vacaresti.
Sur les bords de la Dâmbovitsa existaient d'autres vignes que traversaient les routes vers Craïova, vers Parmi les propriétaires, nous
Giurgévo et vers Calarasj.
citerons Pânzarul, le Dr.
Gussi et Mitescu.
D'autres vignes s'étendaient sur tous les terrains entre Vitan et Vergu, c'està-dire entre l'usine Lemaître et la halle Trajan, couvrant tout le quartier Dude^ti où elles s'avançaient jusqu'à l'église Sfta TroiÇa (calea Dudesti ).
Dans le quartier Vergu (strada Càlàrasi), il y avait des vignes parmi les maisons. L'église [zvor, près de la calea Dudesti, était au centre d'un petit village caché dans des vignes immenses.
Vers la barrière [ancului existaient, derrière le c
La vendange à Bucarest.
ïamp
de Mosi, de très grandes vignes appartenant au prince Grégoire Ghica.
Entre la Chaussée Kisselef et Cotroceni, on voyait également de vastes vignes qui couvraient tous les terrains où se trouvent aujourd'hui l'Ecole des Ponts et Chaussées, la gare du Xord, l'hôpital militaire1, etc.
En 1852, un grand jardin entourait encore le monastère de Radu-Voda phot- de M- chusseau-Fiaviens.
et des jardins maraîchers Le Pressoir à la visne-
s'étendaient entre les églises Caramidari et Boteni.
Près des moulins de Foishor, il y avait un immense
iJhot. de M. Sielian .Feliescu.
La campagne à la barrière de Bucarest.
jardin dit Grâdina eu Duzii, à côté duquel se trouvaient de grands terrains et le moulin du Dr. Gussi.
1 La disparition de ces vignes a changé radicalement la vie des Bucarestois. Jusqu'à il y a 30 ans, toute la classe aisée possédait une vigne dans les environs de Bucarest. On allait y passer le dimanche avec des amis. A l'époque des vendanges, on s'y établissait pour une quinzaine de jours; on organisait, à cette occasion, des parties de plaisir; on faisait venir des lautari et l'on dansait sur l'herbe. Aujourd'hui, Bucarest n'a plus d'environs.
Les terrains marécageux, connus sous le nom de terrains Grammont, étaient inhabités, de même que les propriétés de la Métropole qui s'étendaient jusqu'au pied de la colline de Filaret
Près de l'église Alexe (calea Çerban-Vodâ), se trouvait un grand terrain appartenant au prince Barbu Çtirbey, et, à côté, un vaste jardin maraîcher.
Phot. de M. N. Cerkez.
L'ancien Han Serban-Vodà
démoli en 1882—83 quand on a construit la Banque Nationale. Façade sur la strada Smârdan.
Il y avait unïjmarché (Piaf a noua) près de Sfta Vineri, et, un peu plus haut, la piaf a Hereasca, près de laquelle s'élevait une petite synagogue.
La Dâmbovitsa passait sous les murs du Han Manuk et le palais Brancovan était encore sur la rive gauche, tout près de YAgie ( préfecture de police). Le Han Rouge était toujours au coin de la strada Çelari et de cette partie de la strada Carol qui portait alors le nom de Ulifa Curfii Vechie, tandis que la portion comprise entre la strada §elariet le Podul Mogoçoaiei s'appelait Ulifa Franfuzeascâ.
En examinant de plus près le plan de I852, on ob-
ont assisté à des transformations successives si nombreuses que leurs souvenirs sont aujourd'hui confus.
Et pourtant, ce passé qui nous semble si lointain, c'était hier. Quarante ans à peine ont passé!
Il n'y avait alors ni gare de Filaret ni gare du Nord, on en était encore à la poste aux chevaux. Notre gravure représente une chaise de poste conduisant le prince dans un de ses voyages. La strada Libertâtii (aujourd'hui strada
Le prince Charles en chaise de poste.
1 1 Iunie) et la calea Tîrgoviste (aujourd'hui calea GriviÇa) étaient des routes nationales avec, deci delà, quelques cabarets borgnes, quelques petits magasins comme on en voit encore actuellement au delà des barrières.
Le Podu Mogosoaiei (notre calea Victoriei), ruelle depuis le palais Brancovan jusqu'à la strada Francezâ (hier Ulita Fran^uzeascâ, aujourd'hui strada Carol) s'élargissait un peu et s'en allait en zig-zags vers la Chaussée, mal pavée et bordée de trottoirs étroits. Passé la strada Carol, on rencontrait à droite l'immense terrain vague où avait
été le han Constantin-Vodâ, et, à côté, le vieux han Zlatari tout délabré. En face, la vieille maison Bellio avec sa grande cour pavée où croissaient les mauvaises herbes; à côté, l'église Sf. Ioan-cel-Mare et une autre vieille maison qui abritait, il n'y a pas encore bien longtemps, la cour d'assises. Cette maison et l'église ont disparu pour faire place à la Caisse des dépôts et consignations.
De l'autre côté de la rue en pente qui conduisait au gué de la Dâmbovitsa, — non encore rectifiée en cet endroit, — où les sacagii (porteurs d'eau) venaient remplir leurs tonneaux, à droite, au fond d'un terrain qui surplombait la rivière, une maison jaune, la maison Damari, un des derniers éhantillons de la classique maison de boyard ; elle a été démolie pour faire place à l'Hôtel de France.
Un peu plus haut, en face d'une rangée de mesquines habitations avec de petites boutiques, la maison Meitani, au fond d'une cour qui était séparée de la rue par des bornes que uiyse de Marsiiiac. reliaient entre elles des chaînes
comme on en voit encore aujourd'hui devant la maison du prince Dém. Mourouzi, dans la calea Victoriei ; c'est dans cette maison Meitani restaurée qu'est aujourd'hui la préfecture de police.
L'Hôtel du Boulevard n'existait pas. Un vaste terrain vague (maidan) entourait l'église Sarindar, qui déjà menaçait ruine. Puis venaient la maison ( )teteleshanu, telle qu'elle est aujourd'hui avec les beaux ombrages de son parc, et le Théâtre National qui fermait une place mal pavée en pierres roulées, pleine de trous où s'amassait la
boue après la pluie, si bien que le directeur du Journal de Bucarest, M. Ulysse de Marsillac, qui habitait vis-à-vis dans la maison Resch, était obligé, par le mauvais temps, de prendre une voiture pour aller au spectacle.
Après les antiques constructions lépreuses qui encadraient l'église Kretzulescu, on trouvait une grosse maison badigeonnée en gris bleu, laide et triste; c'était le Palais princier, précédé d'une cour mal pavée, avec son corps de garde à colonnes faisant face au bâtiment principal
Phot. de M. Menu.
Les baignades dans la Dâmbovitsa.
et pas de jardin derrière comme aujourd'hui, ce palais qui causa une si pénible impression au prince Charles de Hohenzollern, lors de son arrivée à Bucarest (V. la gravure de la pag. 96).
A côté du Palais princier, un grand terrain — qui ressemblait à une cour de ferme, — au fond duquel était une maison dans le genre de celle de Damari, également peinte en jaune. C'était la vornicie (ministère de l'intérieur); le ministère des affaires étrangères y était également installé
en 1872. On a construit là de grands immeubles de rapport, et, derrière, l'Administration des Domaines de la Couronne.
Pas de jardin de l'Episcopie, une vieille église. Au lieu du ministère des finances, une autre maison badigeonnée en gris-bleu et ressemblant beaucoup au Palais princier, et, à partir de la strada Calvinâ (aujourd'hui strada Çtirbei-Vodâ) jusqu'à la Chaussée, entre les maisons des boyards, de petites boutiques d'épiciers ou de marchands de vin, des échoppes et des terrains vagues, quelques uns
La maison paysanne qui, en 1872, faisait encore face à l'Université, collée au mur du jardin du prince Soutzo.
clos de planches noircies par la pluie et branlantes, servant de dépôts aux ordures du voisinage. Pour le reste de la ville, à peu près ce qu'elle était en 1852.
Et la rivière, cette Dâmbovitsa, à l'eau douce et limoneuse, elle serpentait nonchalamment à travers la ville, entre de vertes rives bordées de saules. Pendant la chaude saison, les deux sexes se confondaient pour des bains académiques sans que personne s'étonnât. Quand venaient les grandes pluies ou la fonte des neiges, la petite rivière s'enflait et inondait les quartiers de la rive droite et surtout le quartier d'Izvor, qui devenait un village lacustre où l'on se promenait en pirogue, en même temps qu'elle trans-
formait le jardin Cismegiu en grenouillère et le rendait impraticable pour quinze jours.
Puis venaient brusquement les fortes chaleurs, et tous ces coins marécageux, où l'eau croupie se chargeait de moisissures vertes ou de pellicules irisées, répandaient dans la capitale la fièvre paludéenne et la fièvre typhoïde.
Ceux qui critiquent si facilement notre édilité ont oublié ou ne savent pas qu'il y a quarante ans à peine les terrains vis-à-vis du Palais de l'Ephorie étaient de cinq à dix mètres en contrebas de la chaussée; qu'un immense trou fermait la strada Sculpturei, que le lac Icoana était à peine comblé et que, sur l'emplacement de la grande école primaire de la strada Clementei, se creusait une vaste dépression de terrain, vestige d'un marais dont les saules allaient au delà de la strada Polona (aujourd'hui strada G. C. Cantacuzène) —Ha strada Salciilor (rue des Saules) a conservé ce souvenir — et que la strada Teilor était une sorte de route bordée de cahutes séparées les unes des autres par des terrains vagues.
En 1872, le Boulevard de l'Académie existait, le Palais de l'Université aussi, flanqué à droite et à gauche de terrains
vagues. En face de l'Université, Un buffle paissant
entre la strada Coltsei et la strada dans ie champ qui taisait face au
a 1 • • » »i • Palais de l'Université.
Academiei, un champ; au milieu
de ce champ, une sorte de toit en planches, presque à ras de terre, indiquait la place où avait été l'église Saint-Sava ; à gauche, collées au mur du jardin du prince Soutzo, deux maisonnettes de paysans, devant lesquelles, le soir, des femmes faisaient la causette en filant, pendant que des poules s'ébattaient autour d'elles et qu'un buffle paissai tranquillement l'herbe haute. A droite, là où est au-
M. N. Urech Ménagerie Braun.
jourd'hui le jardin qui entoure la statue de Lazar, on semait du maïs.
Entre la Dâmbovitsa et le Cismegiu, là où l'on construit enjce moment leministère des travaux publics, il y avait un immense terrain vague où, tous les ans, venaient s'installer pour quelques mois un musée de ciretiiet une ménagerie qui faisaient la joie des gens du peuple.
Faut-il rappeler la vétusté de l'hôpital Coltsea, dissimulé derrière la tour des Suédois, découronnée, lézardée par les tremblements de terre, et le labyrinthe de rues pauvres que le Boulevard Pake a supprimées? Il y avait là tout un monde de tsiganes lautari. Les fils de ces lautari sont maintenant propriétaires dans les nouveaux quartiers.
Faut-il parler de cette maison en ruines où était installée la Mairie, là bas au bord de la rivière, derrière le han Manuk, non encore modernisé en Hôtel DaciaV De la petite salle Bossel où l'on accédait en montant un escalier de bois et en suivant un long couloir? De la salle Slatineanu (maison Capsa) que la politique rendit célèbre en mars 1871? Du jardin Schlatter (là où est l'allée Carmen Sylva) qui fut un moment un des endroits fréquentés par le public élégant? Du jardin Raçca, OÙ l'on nv tendait do bonne musique et où Ton venait boire delà bière
t. ue c. Szathmary.
Les petits tsiganes
des rues ;ivoisinnnt la strada Sfinfilor.
en famille? Du jardin Stavri *, sorte de cour située dans l'actuelle strada Campineanu, en face du Passage Roumain, et où l'on allait applaudir la chansonnette? Du jardin et de la salle Orpheum où l'on jouait la comédie, le drame, l'opérette et où les partis tenaient des réunions publiques? Du jardin Union, situé en face, au coin de la strada Sf. Ionica, et où le prince Gortchacoff et le baron de Jomini venaient, en 1877, entendre l'excellent diseur qu'était Ionescu, l'amusante Fanelly et les sœurs Martens? Du jardin Breaza (strada Polona, là où est le jardin Ioanide) où les habitants des faubourgs allaient en foule le dimanche et les jours de fête? Du Gradina eu cai (le jardin aux chevaux) où les gens du peuple allaient boire, manger, danser, là-bas, sur les bords de la Dàmbovitsa, au delà du Cismegiu en allant vers Cotroceni?
Les contemporains qui ont dépassé la quarantaine peuvent encore se souvenir de l'aspect miséreux de la strada Sfin^ilor et du dédale de petites rues qui venaient y aboutir. Sur le pas de toutes les portes, des femmes, les cheveux lustrés de pommade, les joues fardées de rouge et de blanc, à demi-vétues, attendaient les clients, et l'on faisait un détour pour éviter ces rues infâmes, comme, plus récemment encore, on se gardait de passer par la strada Teatrului et la strada Sf. Ionica, dont toutes les maisons étaient mal famées et dont le han Zam-