‹ Bucarest en 1906Chapitre 2 sur 75 · BUCAREST AVANT LE XVIII E SIÈCLE · texte numérisé non relu

BUCAREST AVANT LE XVIII E SIÈCLE

^Q^P^es plus anciens documents signalent, dès la fin du XIV-e siècle, l'existence d'une forteresse élevée sur l^yl la rive gauche de la Dâmbovitsa, et entourée de \*ÈÈÊËÉLh forêts et de marécages, pour défendre la route qui conduit de Giurgévo à Tîrgovishte.

C'est cette forteresse — Cetatea Dâmbovifei — qui deviendra, plus de deux siècles plus tard, la capitale de la Valachie, puis celle des Principautés-Unies de Valachie et de Moldavie (1862) et enfin, depuis 1881, la capitale du Royaume de Roumanie.

D'où lui vient son nom de Bucarest, en roumain Bucur e^ti? Une légende le fait venir du nom du berger Bucur. Ce pâtre menait son troupeau dans la plaine arrosée par la Dâmbovitsa et que domine un monticule au sommet duquel s'élevait un petit temple rustique sous l'invocation de Saint-Athanase et qui serait la petite église que l'on voit encore sur la rive droite près de l'église Radu-Vodâ et qui cependant ne date que de la moitié du XVIII-e siècle. La cabane que le berger Bucur aurait édifiée, au pied de cette chapelle perdue dans la solitude, pour abriter sa famille et ses brebis, aurait été la première maison de la

future capitale, et les enfants de Bucur se seraient appelés les „Bucuresti", et auraient transmis ce nom à Fagglomé-

Egiise Bucur La forteresse s est agrandie

teiie qu'elle existe aujourd'hui. avec le temps ; dans son enceinte,

on éleva un palais, et, près du palais, une église. Les princes de Valachie y établirent leur résidence d'hiver. Les grands boyards s'installèrent dans son voisinage, et, à côté d'eux, des petits boyards, les fonctionnaires du temps, quelques négociants et artisans, des cultivateurs et des ouvriers. Une ville naissait.

Mais cette ville était entravée dans son développement par les continuelles invasions, par les guerres incessantes de l'époque.

Au XVI-e siècle, la future capitale était bornée, d'un côté, par une ligne allant de l'église Coltsea à la strada Patria actuelle, et, de là, à la Dâmbovitsa, et, de l'autre côté, par une autre ligne allant de l'église Coltsea à l'église Zlatari. Klle formait une sorte de carré dont la Curtea

\ "echie 1 était le centre

1 Le mot Cartej cour, s'applique, en roumain, à toute grande habitation, maison de boyard ou palais. La Curtea Domneascà,

ration de cabanes qui vinrent se grouper autour de celle de leur père.

Laissons cette légende qui ne repose sur aucun fondement et arrêtons-nous à ces deux faits historiques: 1° que Bucarest, à l'origine, fut une sorte de blockhaus avancé, protégeant les approches de Tîrgovishte alors résidence des princes, et 2° que longtemps Bucarest ne s'étendit que sur la rive gauche de la Dâmbovitsa.

Cette citadelle-palais qui dominait la Dâmbovitsa et qui était construite sur les terrains compris entre la rivière, la Calea Mosilor, la strada Gabroveni et la strada Çelari, se composait d'une grande maison, d'une église, de vastes dépendances, le tout entouré de murs, au delà desquels s'étendaient les jardins, les vignes, les vergers du prince.

Les vignes princières couvraient tout l'espace compris entre la calea Mosilor et la calea Calarasi.

Aujourd'hui, Bucarest n'a qu'une seule rivière, la Dâmbovitsa; alors, il en avait plusieurs. L'une, la Bucurestioara, sortait du lac Icoana, traversait le quartier des Sâpunari (Savonniers), la Pescaria-Vechia (l'ancienne Poissonnerie), coupait le Podul Târgului d'Afara (calea Mosilor) à la hauteur de l'actuelle strada Calomfirescu et rejoignait le quartier Olteni, d'où, par l'actuelle strada Corbului, elle allait se jeter dans la Dâmbovitsa, après avoir contourné les vignes princières et celles du monastère de Stelea.

Une autre branche de la Bucurestioara passait du côté où est aujourd'hui l'hôpital Coltsea, y rencontrait une sorte de marécage, dit plus tard Lacul Sufului (l'étang de Soutzo) ou Balta de la Carvasara (marais de la Douane), longeait le Tîrgul-Cucului (marché près de Saint-Georges), et, par la strada Boiangiilor (rue des Teinturiers), venait se perdre dans la Dâmbovitsa près des halles centrales actuelles.

Sur le cours de la Bucurestioara, étaient établis les savonniers, les bouchers, les teinturiers, et, au coin de la strada Decebal d'aujourd'hui, se trouvait un moulin.

Cette petite rivière a disparu; mais on en retrouve la trace chaque fois que, pour des constructions importan-

ou, tout simplement, la Curte, c'était le Palais princier; lorsqu'il fut abandonné, on lui donna ce nom de Curtea Vechie (l'Ancien Palais), comme on donna celui de Curtea Arsâ (le Palais brûlé) au palais que le prince Ypsilante avait fait construire là où est actuellement l'Arsenal et qui fut détruit par un incendie.

tes, on doit faire des fouilles profondes, par exemple lorsqu'on a construit le Palais des Postes, il y a quelques années

Un autre ruisseau, la Dâmbovicioara, venait du quartier Minai- Voda et se jetait dans la Dâmbovitsa en face de la Curtea-Vechie.

De tous côtés, autour de la ville, on rencontrait des étangs. Sur la rive gauche, celui d'Icoana, celui de Soutzo (derrière Coltsea), celui de Cismegiu, celui de Sf. Elefterie, et un autre qui se trouvait là où l'on voit aujourd'hui la grande école primaire de la Strada Clementsei ; sur la rive droite, les étangs que l'on nommait au XVIII-e siècle lacul de la Postâvari, lacul Antim, lacul Dudescului, Balta de lângd Tigdnia Mitropoliei, lacul Tlrca, etc., toute une série presque ininterrompue de marécages, qui allaient de Vitan jusqu'à Grozâvesti, sans compter la ligne des grands étangs de la rive gauche, loin de la ville, qui vont de Cernica à Herestreu, et qui existent encore.

La rive droite de la Dâmbovitsa jusqu'au XVII-e siècle resta inhabitée. On n'y voyait que le monastère Mihai-Vodâ et les huttes de ces gueux ( Calicii), estropiés de toutes les guerres qui avaient désolé le pays, semées le long de la route de Craïova 1 (calea Rahova).

Les boyards s'étaient établis sur la rive gauche, près du Palais princier.

Un point essentiel à fixer pour bien comprendre l'histoire de Bucarest, c'est que la maison d'un grand boyard du temps jadis ne ressemblait aucunement aux maisons des riches propriétaires de nos jours. Pour donner une idée de ces maisons, nous emprunterons la description qu'en a faite Ion Ghica dans ses Convorbiri economice.

La maison du boyard, dit Ion Ghica, ne ressemblait en rien à nos confortables habitations modernes; toutefois le corps principal, la demeure du maître, était construite

1 Appelée aussi Calea l<> Magurele.

de telle façon qu'elle fut chaude en hiver et fraîche en été, avec un toit à pente très rapide pour l'écoulement des eaux et des neiges.

La maison du boyard était bâtie comme une citadelle ; les murs avaient une épaisseur de quatre à six briques. Beaucoup de pièces très vastes, des caves profondes et voûtées, un sous-sol, des chambres au premier et un immense grenier. Le plancher des chambres était fait de briques placées sur champ. Le toit était en bardeaux.

«Le corps principal, ajoute Ion Ghica \ se composait d'une grande salle qui allait d'un bout à l'autre de la maison, ayant les chambres à droite et à gauche, avec des corridors en croix qui permettaient de communiquer avec les autres parties de l'édifice.

«Les plafonds étaient de chêne; les toits débordaient d'un mètre afin de donner de l'ombre l'été, de protéger la maison de la pluie pendant l'automne et Je printemps, et de la garantir l'hiver contre les vents glacés et contre la neige.

«La cour était entourée de murs percés d'une seule ouverture voûtée que fermaient des doubles portes de chêne bardées de fer et que surmontait un observatoire du haut duquel un Albanais armé veillait nuit et jour; sous la voûte, se trouvait une chambre pour la garde en temps de peste. Une galerie ouverte conduisait à la chapelle, car chaque grande maison avait une chapelle (paradis), soit dans la cour, soit dans le corps de logis.»

Ion Ghica nous décrit la maison de Dudescu. Rien ne vaut cette description ; bien que cette maison date du XVIII e siècle, on nous excusera d'en reproduire ici la description tout entière, car elle montre bien ce qu'étaient, en ces temps déjà anciens, une maison de boyards.

1 Convorbiri economice (Entretiens économiques). Bucarest.

«Une maison de boyards était une véritable forteresse, un Etat dans l'Etat; ni la police ni la justice princière n'osaient lranchir le seuil d'un Ban ou d'un Vornic, bien qu'une pareille immunité ne fût écrite nulle part. Au besoin, le boyard pouvait fermer ses portes et vivre des mois entiers avec sa famille, ses domestiques et les gens^de sa maison, quatre-vingts ou cent personnes, sans avoir en quoi que ce soit besoin des gens du dehors. Les offices regorgeaient de denrées coloniales et de salaisons; dans le quartier

(empruntée au livre de M. Ionnescu-Gion, sans indication de date).

des tsiganes, il y avait des boulangers, des tailleurs, des bottiers, etc. Dans les cas extrêmes, le boyard pouvait, avec ses gens, se défendre contre le pouvoir princier, quand celui-ci n'était pas appuyé d'un ordre venu de Constantinople.

«La partie delà maison qui donnait sur ie grand escalier, avait qualre chambres à droite et à gauche de l'antichambre, ornées de tapis et de rideaux tissés et brodés dans la maison, des sofas avec des coussins tout le long des murs, et deux ou trois chambres

Aaison de boyard

plus petites pour le gramatic,\e cafegiuM ciubucciu1 et le valet de chambre.

«L'autre partie de la maison, où se trouvaient les offices et qui donnait sur les escaliers descendant au jardin était destinée à la femme du boyard et à ses filles, ainsi qu'aux jeunes filles de la maison, cinq ou six couturières élevées la, des filles de petits fonctionnaires ou de petits boyards.

«Les fils du boyard habitaient le sous-sol avec leur professeur grec près de la chambre du prêtre et des chantres, à côté de la salle à manger et des domestiques de confiance, de l'intendant et du sommelier.

«Au fond de la cour, se trouvaient les écuries qui contenaient vingt et trente chevaux, les remises pour dix ou quinze voitures, chariots, charrettes et chaises de poste; à l'angle des chambres réservées aux cochers et aux palefreniers, était une série de chambres où se retiraient le gramatic Iordake, le vataf Dinu, la polcovnic Ionitsa, le satrar Grigore, le logofet Stefanake, etc., quand ils quittaient le service. Ces fonctionnaires particuliers du boyard, dès que celui-ci était nommé à une haute fonction quelconque, entraient immédiatement dans l'administration à sa suite pour revenir, dès qu'il quittait son poste, manger son pain à l'ombre de ses murs; ils étaient, de père en fils, désignés sous le nom de ciocoï.

«Derrière les chambres des logothêtes, étaient la boulangerie, le bûcher et le jardin, dans lequel, quoiqu'il n'y eût ni catalpas, ni bégonias, ni fuchsias, on trouvait en abondance des bigarreaux, des abricots gros comme le poing, des pêches vermeilles, des raisins muscats, des chasselas, des pommes et des poires. Du jardin, un petit sentier conduisait dans le. quartier des tsiganes, cour où s'élevaient quelques chambres

1 Le gramatic était le secrétaire du boyard, le cafegiu celui qui préparait le café turc et le ciubucciu celui qui préparait le tchibouk (pipe à long- tuyau).

dans lesquelles habitaient sept ou huit familles de tsiganes : maréchaux-ferrants, corroyeurs, tailleurs, blanchisseuses, etc.

«Pour une population semblable, la cuisine devait être quelque chose de grandiose; c'était réellement un morceau d'architecture.

«Dans un coin de la cour, s'élevait une cheminée haute comme un obélisque, qui montait en s'élargissant comme un entonnoir retourné au dessus d'une voûte qui couvrait tout l'édifice; au milieu, sous l'ouverture de la cheminée, était le loyer où brûlaient des arbres entiers, tels qu'ils arrivaient de la forêt et, devant ce feu, on pouvait faire rôtir un bœuf. Tout autour étaient des tables et d'autres foyers plus petits.

«En dehors du chef cuisinier, il y avait encore sept ou huit marmitons qui cuisinaient pour la classe qui leur était réservée; la table et la cuisine du boyard étaient distinctes de celles des dames de la maison, des logothêtes et des serviteurs.

«Les fils du boyard fcoconasii), s'ils étaient déjà admis à la cour princière, avaient chacun son domestique, son cocher, son cheval de cérémonie, sa voiture; ses filles avaient chacune sa servante, sa couturière et deux ou trois tsiganes qui l'aidaient à broder ou à soigner les vers à soie.

«Chaque logothète avait un tsigane qui l'habillait, lui apportait de l'eau pour sa toilette, balayait sa chambre et allumait son feu.»

En dehors du mur d'enceinte, le boyard avait son verger et ses vignes.

Ces boyards, très peu nombreux à Bucarest au XVII e siècle, représentaient toute la richesse du pays. Ils n'avaient pas de charges, mais seulement des droits. C'étaient eux la véritable population de la ville.

Le reste, des fonctionnaires qui vivaient dans l'ombre des grands, des domestiques et des artisans esclaves, des

paysans qui cultivaient les vignes et les vergers et de rares négociants ou artisans.

Les besoins du boyard au XVI-e siècle étaient, en effet, des plus restreints. Son mobilier était excessivement sommaire. Son pain était pétri et cuit dans sa maison, son vin était fourni par sa vigne, les légumes et les fruits venaient de son verger, la toile dont il avait besoin pour lui et les siens, les gazes de soie dont se paraient sa femme et ses filles, les tapis qui ornaient ses appartements, étaient tissés chez lui. Jl avait dans sa cour des menuisiers, des bourreliers, des charrons, des maréchaux-ferrants, des maçons, des cochers, des postillons.

(<)ue lui fallait-il autre chose? Du drap, des soieries, du velours, des passementeries, des fourrures, des épices, quelques tapis d'Orient, des bijoux, des armes. Des Saxons de Sibiu et de Brashov, des Arméniens, des Turcs, des Grecs venaient à Bucarest et lui apportaient tout cela.

Les paysans qui cultivaient les vignes et les vergers des boyards avaient établi leurs huttes (bordel) un peu partout à proximité de chaque grande maison, constituant ainsi autant de petits villages, dont chacun avait son église, une simple chapelle en bois.

A côté de ces paysans, on rencontrait aussi des bouchers et des savonniers établis sur le bord de la Bucurestioara, derrière les terrains occupés aujourd'hui par l'hôpital Coltsea, des teinturiers fixés un peu plus bas sur

Fhot. de l'auteur.

Hutte (BorcUi).

Telle qu'on en voit encore aujourd'hui quelques unes hors des barrières de Bucarest.

les bords de la petite rivière vers l'actuelle strada Decebal,

des tanneurs installés sur les bords de la Dâmbovitsa «au dessous de Sarindar jusqu'à Zlatari1». 11 y avait sans doute aussi quelques cabarets, car Bucarest comptait une nombreuse garnison et un certain nombre d'artisans libres, maréchaux-ferrants et serruriers, cardeurs de laines et cordonniers.

Mais cette classe intermédiaire entre les boyards et les paysans, dans ce pays où le travail manuel et le commerce étaient méprisés et considérés comme serviles, ainsi que dans l'ancienne Rome, cette classe d'artisans et de commerçants devait être presque exclusivement formée d'étrangers, Serbes, Grecs, Bulgares, qui parlaient le roumain et étaient orthodoxes et que le peuple— à cette époque où la religion était tout et la nationalité rien — ne considérait pas comme des étrangers, puisqu'ils priaient le même Dieu au pied du même autel. Pour lui, les étrangers, c'étaient le païen Turc, l'hérétique arménien2, le juif, le protestant et le catholique.

Pliot. de l'auteur.

Hutte (Bordei)

telle qu'il en existe encore aujourd'hui dans quelques quartiers excentriques.

Celui-ci a été photographié, en Octobre 1906. calea Dudesti.

1 Les tanneurs quittèrent cette partie de la ville en 1668, pour aller s'établir au dessous de Radu-Vodà <>ù ils sont encore.

2 Les Arméniens étaient considères à Bucarest comme les Juifs en Occident au moyen-âge; <>n leur interdit d'habiter dans la ville; ils durent s'établir hors des barrières, <>ù ils fondèrent le

L'agriculture était alors la seule richesse du pays. Mais, comme la population était peu nombreuse et les charges pesant sur les paysans très lourdes, comme les voies de communication étaient très rares et peu sûres et que les moyens de transport faisaient absolument défaut, comme enfin le pays n'avait pas de débouchés, la mer Noire étant fermée aux navires étrangers et les Turcs s approvisionnant en Egypte, on ne produisait de céréales que pour la consommation intérieure et Ton s'occupait surtout d'élevage.

Les bœufs et les porcs s'exportaient en Allemagne, les moutons en Turquie. Ce commerce était également entre les mains d'étrangers.

Un siècle plus tard, les étrangers de religion orthodoxe s'étaient fondus dans la population roumaine.

Ils étaient devenus plus nombreux, leurs enfants parlaient le roumain, et ils semblaient au peuple moins étrangers que les boyards grands et petits qui ne parlaient plus que le grec.

Vers la fin du XYI-e siècle, Bucarest nous apparaît donc comme une réunion de petits villages pauvres épars autour des maisons d'une trentaine de boyards qui avoisinaient le Palais princier.

De grands vergers, des vignes immenses, de vastes

PhOt. de r Maisouette à Bucarest

comme il on existe encore dans les tau!»

quartier où se trouve encore leur église et qui porte aujourd'hui, bien qu'il ne soit plus habité par des Arméniens depuis un vingtaine d'années, le nom de quartier Arménien (Mahala Armeneascâ).

terrains vagues, des carrières à sable, des marécages, des iorêts, et, deci delà, des églises en bois, de petites maisons basses et des huttes dont le toit seul émergeait de terre.

tel est l'aspect que pré-

— — 1 sentait la future capitale.

Pas de rues, des sentiers qui allaient d'un groupe de maisons à un autre, contournant ici un marécage, là une vigne, le verger du propriétaire ou la carrière à sable creusée par lui pour construire sa maison. Ces sentiers faisaient les plus

Phot. de l'auteur. 1

invraisemblables zig -

Un ancien quartier de Bucarest. ZagS ; ils SOnt devenus

plus tard des rues et l'on n"a pas encore complètement réussi à en redresser les courbes fantaisistes.

Comment ce village serait-il devenu une ville en cette fin de siècle où il n'existait aucune bourgeoisie, où la vie, la fortune des habitants étaient sans cesse menacées, où nul n'était sùr du lendemain? Tantôt c'était Michel-le-Brave qui arrivait avec son armée dans les rangs de laquelle il y avait autant de Hongrois, de Serbes et de Cosaques que de Roumains, et ces mercenaires rançonnaient la population comme en pays conquis; tantôt c'étaient les Turcs qui occupaient la ville et achevaient le pillage (1595); tantôt c'étaient les Tatars (1596—1597) qui venaient mettre tout à feu et à sang.

En 1601, ce sont les Polonais de Jean Potoczki et les Moldaves du prince Siméon Movila qui occupent la ville et la pillent à leur tour. On s'étonne qu'après tant de maux, tant de ruines, tant de meurtres, Bucarest n'ait pas disparu, comme d'autres capitales autrement puissantes.

autrement sompteuses, villes de granit et de marbre, dont on ne retrouve même plus les vestiges.

C'est que la forteresse de la Dâmbovitsa a survécu. Les princes ont relevé les murs que le canon avait entamés, ils ont réparé le palais et l'église, et ies boyards sont revenus: ils ont eux aussi réparé leurs demeures dévastées, et, autour des boyards, ont repris confiance ceux qui n'existaient que par eux, dont le sort était lié au leur et qui ne pouvaient prospérer et s'enrichir que par eux.

La forteresse de la Dâmbovitsa était une nécessité politique. Bucarest a dû sa conservation à cette nécessité.

Le XYII-e siècle ne fut guère favorable à un développement de la ville.

Les Turcs avaient de nouveau occupé Giurgevo et ils faisaient de fréquentes incursions jusqu'à Bucarest.

En 1605, la disette réduisit la population à la plus extrême misère. En 1611, les troupes du prince Bathory Gabor, composées de Hongrois et de Transylvains, dévastèrent tout le pays et n'épargnèrent pas Bucarest.

Quelques années de calme suivirent. En 1 620— .623, le prince Radu Mihnea, protecteur des Grecs, reconstruisit le monastère de la rive droite qui porte son nom (Radu- Vodâ).

Sous le règne de son (ils, Alexandre Coconul, 1623 — 1627), une partie des boyards se révoltèrent. Ils furent écrasés par ceux qui étaient restés fidèles au prince.

En 1 63 1 , nouvelle révolte des boyards nationaux contre le prince Léon1. La bataille est livrée aux portes de Bucarest et se termine par la victoire du prince, victoire de courte durée, car Léon fut, peu après, remplacé sur le trône par le vaincu de la veille, Mathieu Bassarab.

Les boyards qui avaient combattu avec le prince Léon se soulèvent contre son successeur, ayant avec eux une armée de Moldaves, de Turcs et de Tatars. Mathieu

1 Les Grecs, qui faisaient le commerce dans tout l'Orient, étaient venus de bonne heure dans les Pays roumains. Après la prise de Constantinople par les Turcs, un grand nombre de Grecs se réfugièrent en Valachie et en Moldavie. Il y avait eu des métropolitains grecs au XV-e siècle et il y avait, au XVI-e siècle, beaucoup de boyards d'origine grecque, une foule de moines grecs et un grand nombre de commerçants grecs. C'est alors que l'on commença à dédier les églises et les monastères aux Saints-Lieux et au Mont- Athos, et que des hègoumènes grecs vinrent administrer les biens dont les revenus allaient enrichir les patriarches d'Antioche, de Jérusalem et de Constantinople.

L'influence politique des Grecs dans les deux Principautés roumaines s'accrut à mesure que grandit l'ascendant politique des Grecs à Constantinople, où les dragomans devinrent tout puissants. Elle fut facilitée par les nombreux mariages qui eurent lieu entre des Grecs et des filles de boyards roumains ou des fils de boyards avec des Grecques. Pâtrascu-le-Bon (1554) épouse une Grecque et élève le frère de celle-ci à la boyarie. La princesse Kiajna marie ses fils avec des Grecques et ses filles avec des Grecs. La femme de Jean-le-Saxon de Moldavie (1580—82) était une Paléologue. Sous Michel-le-Brave, il y avait déjà beaucoup de boyards d'origine grecque.

Les boyards se divisèrent bientôt en deux camps, les boyards nationaux dont beaucoup étaient également d'origine grecque, mais (jui s'étaient depuis plus longtemps roumanisés, et les boyards d'origine récente, que les premiers accusaient de favoriser l'élément grec. Cette lutte entre les deux partis, dont le second devenait chaque jour plus nombreux, tandis que le premier ne s'aci laissait que lentement en nombre, s'accentua surtout à partir du XVI-e siècle et dura jusqu'en I822 quand on ne créa plus (le boyards ei que tous les éléments étrangers qui étaient entrés dans la boyarie furent roumanisés.

Bassarab leur livra bataille sous Bucarest et les défit après une lutte qui dura deux jours. Les boyards vaincus s'enfuirent en Moldavie. On cite parmi eux : le vornic Hrizea. le spathar Mihul, Catargi et le vistier Dudescu.

Les premières années du règne de Mathieu Bassarab furent tranquilles. Le prince rappelle les boyards émigrés, répare la Curtea-Vechie et entretient dans Bucarest une forte garnison. Aussi, lorsque les Turcs vinrent en 1640 menacer la ville, l'armée princière les força à se retirer.

Mais, à la mort de ce prince (1654), la révolte du corps des mercenaires serbes, bulgares et albanais qu'il avait formé sous le nom de Seimeni troubla de nouveau Bucarest.

L'année suivante, ce sont les Dorobaiiti qui se révoltent contre les boyards, brûlent leurs maisons, les pillent et égorgent ceux qui tombent entre leurs mains l.

En 1656, Bucarest revoit les Turcs qui dévastent tout.

L'anarchie la plus complète règne dans la ville où une soldatesque nombreuse et indisciplinée fait la loi. Mihnea III (1658—1659), grec qui était connu à Constantinople sous le nom de Gioa-Bey, veut faire massacrer tous les Turcs qui sont à Bucarest. Les

boyards s'y opposent. Mihnea, furieux de cette résistance, fait tuer dans son palais le vieux vornic Preda Brancovan.

Le prince Constantin Sherban.

1 II faut noter ici un fait capital dans l'histoire roumaine. Les moines grecs, qui, depuis le règne de Neagoë Bassarab, avaient peu à peu chassé les moines roumains des monastères riches, avaient en même temps chassé les représentants du slavonisme. Un jour vint où l'on ne trouva plus de prêtres sachant le slavon et la langue roumaine rentra dans Féirlise.

Les boyards indignés, réclament auprès de la Porte; ils appellent les Turcs et les Tatars qui dévastent le pays. Mihnea fait tuer un grand nombre de boyards, mais finalement il est déposé par la Porte et s'enfuit en Transylvanie. Georges Ghica le remplace (1659 — 1660). Celui-ci est à peine sur le trône que Constantin Sherban l'en chasse; mais, apprenant que Georges Ghica a appelé à son recours les Tatars et les Turcs, il s'enfuit en Transylvanie, laissant la ville en proie à de nouvelles dévastations, auxquelles vinrent s'ajouter la disette et la peste.

^^^^^ En 1 660, Grégoire Ghica,

Cantacuzène. En i672, Grégoire Ghica revient sur le trône et les persécutions contre les Cantacuzène recommencent. Il est remplacé par Georges Douca (1674—1678), grec d'origine., mais élevé dans le pays; les Cantacuzène se réfugient à Constantinopole.

En 1676, la peste éclate dans la ville. Le prince s'en-

1 Les Cantacuzène étaient déjà investis <Ie hautes fonctions on Moldavie depuis le XVI-e siècle. Le postelnic Constantin Cantacuzène était pakarnic en Moldavie <-n 1627—1629.

Grégoire Ghica est remplacé par Antoine de Popesci (1 669 — 1 672) tout dévoué aux

fils de Georges Ghica et recommandé par le postelnic Constantin Cantacuzène l, monte sur le trône et une longue lutte s'engage entre les deux partis boyards. Le prince, qui a confié l'administration du pays à Stroia Leurdeanu et à Dém. Cantacuzène, écoute leurs accusations et fait tuer le postelnic Const. Cantacuzène (20 décembre 1693).

Le prince Grigoire Ghica.

fuit, les boyards le suivent. Au printemps de 1677, comme aucun de cas de peste ne setait produit, Georges Douca rentre à Bucarest et répare la Curtea- VecJrie qui était dans un état de grand délabrement \

Le 29 Octobre 1678, le prince Douca est remplacé par Sherban Cantacuzène 2, qui règle d'abord ses comptes avec ses / adversaires, puis s'occupe d'embellir A Bucarest. Il fait construire un pont F sur la Dâmbovitsa (le pont Siier- f ban-Voda): il bâtit l'église Doamnei 11 et le Han Serban Vodâ; il fait i traduire en roumain la Bible qui \ fut imprimée en 1688 et fonde la première école roumaine à Bucarest où

, r . Le prince Sherban Cantacuzène

des professeurs grecs enseignaient

aux fils des boyards la grammaire, la rhétorique et là philosophie.

Sherban Cantacuzène meurt subitement ( i(> octobre 1688) et son neveu, onstantin Brancovan, est élu prince par les boyards et le Métropolite, il va régner pendant 26 ans (1688—1714).

Tl est à peine installé que les Impériaux arrivent à Bucarest (168()). Le prince s'enfuit et la ville est livrée à la soldatesque allemande qui n'incendie pas les maisons et ne massacre pas les habitants comme les Turcs et les

1 C'est à cette époque que les Turcs furent chassés de Hongrie et que l'influence de la politique allemande commença à se faire sentir dans les affaires des Pays roumains. La paix de Carlovitz est signée le 26 janvier 1699. Les Turcs perdent la Hongrie, la Trans3rlvanie, la Croatie et la Slavonie au sud du Danube, la Morée en Grèce, etc. En même temps, un nouvel ennemi se dressait contre la Turquie, la Russie.

2 Le prince Sherban Cantacuzène n'habitait pas à la Curtea Vechie ; il ne s'y rendait que pour les grandes cérémonies. Il habitait sa maison, qui était située à peu près où se trouve aujourd'hui la Légation de Russie.

Tatars, mais qui se rend odieuse par ses exactions et sa brutalité.

Rentré à Bucarest, Constantin Brancovan fait décapiter l'aga Constantin Balaceanu, gendre de son prédécesseur, démolit sa maison (là où est aujourd'hui le Palais des Postes), et, sur les terrains qui lui appartenaient et qui furent confisqués, il fait construire le Han Constantin Vodd. Il répare le palais de son aïeul Preda Brancovan, sur la rive gauche l, et, en face de ce palais, à travers les terrains de la famille Balaceanu et de la famille Cantacuzène, il fait percer le Podul Mogosoaiei (Calea Victoriei)2 (1692). On lui doit la réparation d'un grand nombre d'églises et de sages mesures pour la protection du commerce.

Entré en relations avec Pierre-le-Grand, qui était en guerre avec les Turcs, Brancovan hésitait à se prononcer ; il avait promis aux Russes de les ravitailler et il ne se hâtait pas de le faire, attendant de savoir de quel côté tournerait la chance, du côté de la Russie ou du côté de la Turquie. Tout à coup, il apprend que le spathar Thomas Cantacuzène avec 70 boyards avait passé dans le camp des Russes. Quelques jours après, ceux, ci étaient battus par les Turcs et forcés de signer la paix d'Iassi. Pierre-le-Grand ne pardonna pas à Brancovan ce qu'il appelait sa trahison et le fît dénoncer à Constantinople.

Les Turcs, furieux de la conduite équivoque du prince valaque et poussés par les boyards ennemis de Brancovan,

1 Par suite de la rectification de la Dâmbovitsa, en 1883, le Palais Brancovan se trouve aujourd'hui sur la rive droite.

2 Cette nouvelle rue qui menait du palais de Brancovan (à côté du Balais de justice actuel) et alors sur la rive gauche de la Dâmbovitsa, jusqu'au monastère de Sarindar, porta à cette époque le nom de Ulitsa mare spre Sarindar (la Grand' rue vers Sarindar). — la véritable grande rue alors (Hait celle qui porte aujourd'hui le nom de Strada Lipseani et qu'on appelait Ulitsa mare tout court. Do Sarindar, la nouvelle rue se raccordait à la route dite Dnimul Braçovului et passait devant la terre de Mogosoaia.

le firent arrêter dans son palais (4 avril 1714) et amener à Constantinople avec sa famille. On le soumit à la torture pour lui faire avouer où il avait caché ses immenses trésors, et, le 15 août 1714. il fut décapité avec son gendre et son fils ainé.

Etienne Cantacuzène lui succède (1714—1716). Adversaire acharné de Brancovan, il persécute la famille et les parents de son prédécesseur et confisque leurs biens. Les Turcs lui reprochèrent de s'être mis du côté des Allemands. Ils le firent décapiter, ainsi que son père le stolnic Constantin Cantacuzène, et mirent sur le trône le prince de Moldavie, un Grec, Nicolas Mavrocordat ( 1716— 1730) qui fait périr les boyards du parti favorable aux Allemands et envoie à Andrinople Michel Cantacuzène et Kadu Dudescu, que les Turcs firent étrangler. En même temps, le prince N. Mavrocordat faisait mettre à mort Balaceanu et Jean Brezoianu. Quant au métropolite Antim, il fut étranglé sur la route d' Andrinople.

Nous avons résumé en traits rapides l'histoire de ces temps troublés, dans la première moitié du siècle par les armées étrangères qui dévastaient tout sur leur passage, et, dans la seconde moitié, par la lutte que se livrèrent les boyards divisés en deux camps, les anciens boyards et les nouveaux d'origine grecque. Ces troubles suffisent à expliquer pourquoi Bucarest a tant tardé à se développer.

Et cependant, malgré la dureté des temps, de notables changements se produisirent au XYII-e siècle.

Au point de vue du développement de la ville, nous remarquons d'abord deux faits capitaux: le nombre des boyards a augmenté et de nouveaux monastères ont été construits.

Le domaine princier, qui était immense, a diminué pendant tout le cours de ce siècle, par suite des dons de terrains que les princes firent à des boyards.

ceanu, Urdareanu, Vacarescu, Varzar et Zatreanu.

Tous ces boyards s'étaient fait construire des maisons, avec cour, verger et vigne, sur le terrain dont le prince leur avait lait don, qu'ils avaient acquis ou dont ils avaient hérité. Ces constructions nouvelles et leurs vastes dépendances ont dû forcer les petites gens, qui s'étaient établis à proximité du centre, à se déplacer. En même temps, certains commerçants étrangers, enrichis et fixés à Bucarest, ont dû commencer à se faire construire des maisons plus confortables que celles OÙ ils avaient été forcés de se

Parmi les grandes fa-

Grigore Gràdiçteanu.

Boyard roumain du XVIII-e siècle.

milles établies à Bucarest à la fin du XVII e siècle, on cite les suivantes: Balaceanu, Balianu, Braïloï, Bratashanu, Brezoianu, Bucshanu, Bujoreanu, Buzescu, Cûmpineanu, Cândescu, Cantacuzène,Corbeanu, Cornescu, Dudescu, Falcoyanu, Farcashanu, Filipescu, Florescu, Glogoveanu, ( rradisteanu, Greceanu, Golescu, Kretzulescu, Milescu, Nasturel, Negoescu, Orescu, Olanescu, Obedeanu , Pârscoveanu , Poenar, Popescu, Rudeanu, Slatineanu, Stirbei, Topli-

loger à leur arrivée. Aussi voyons-nous la ville s'étendre à Test et bientôt elle débordera sur la rive droite.

Xous avons dit que l'on avait construit de nouveaux monastères.

En 1568, le prince Alexandre Mircea, qui venait de remporter une victoire sur les vornics Vintila et Dumbrava soulevés contre lui, fit élever, pour en perpétuer le souvenir, un monastère, sous l'invocation de la Trinité (Sfânta Trotta), au faîte d'un monticule de la rive droite de la Dâmbovitsa. Ce monastère, largement doté par son fondateur et encore enrichi par son fils, fut transformé en forteresse par Sinan-Pacha (1595) lorsqu'il s'établit à Bucarest pour résister à Michel-le-Brave. Un jour, la poudrière des Turcs sauta et l'explosion ruina complètement le monastère.

Quand Michel-le-Brave rentra dans sa ville, il donna asile aux moines dans le monastère Mihai Voda. En 1614, Radu Mihnea fit relever de ses ruines le monastère de la Trinité, qui depuis porte son nom (Radu Voda). Il en acheva la construction sous son second règne (1620 — 1623). Les peintures lurent éxécutées sous le prince Alexandre.

Les hégou mènes grecs qui dirigèrent le monastère Radu Yrodâ jusqu'en 1864 furent bien les plus rapaces des hommes ; aussi, leur couvent devint-il puissamment riche, Il possédait des domaines, des vignes, des terrains dans Bucarest, des maisons, des magasins, des moulins, etc.

En 1654, le prince Constantin Sherban fit construire un autre monastère sur la colline de la rive droite qui fait

Le Monastère Radu-Vodâ.

n du XVIIÏ-e ou lf commencement du XlX-e siècle.

face à la Curtea Vechie et il le dota très richement. Ce monastère, dont l'église devint bientôt la cathédrale métropolitaine et où le général Solticof devait déposer, pendant la guerre de 1769 à 1774, les reliques de Saint Dèmètre, fut achevé par le prince Mihnea III en 1658 et enrichi par de nombreuses donations1.

Ce monastère couvrait toute la colline de la Métropole ;

les jardins, les vergers et les vignes s'étendaient d'un côté vers la rivière touchant aux propriétés du monastère Radu Vodâ; de l'autre, ils englobaient les marécages de Filaret et escaladaient le cirque de collines qui les entourent; au nord-ouest, ils s'étendaient jusqu'au Podul Calicilor (la calea Rahova d'aujourd'hui). C'est entre cette rue, alors route, et la colline de la métropole qu'étaient installés les Tsiganes du monastère. Il y avait là tout un quartier

1 En 1787, il possédait YM domaines, 149 maisons, magasins, cours et terrains vaguesà Bucarest, 8 vignes, 4 moulins et 20 petits couvents (skitari) avec leurs biens.

Tsiganes.

Tsigane.

étrange: d'un côté, les bohémiens esclaves; de l'autre, tous les gueux, tous les estropiés, tous les mendiants de la capitale qu'on avait relégués dans ce coin perdu; deux villages de huttes où l'on était en querelles, en rixes perpétuelles.

En 1670, la famille Rudeanu devient propriétaire de grands terrains sur la rive droite.

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