‹ Bucarest en 1906Chapitre 37 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA DdnBOVlTSfl

L'eau potable. — Les canaux et les égouts

!|^1^)a petite rivière qui traverse Bucarest prend naissance dans les Carpathes à 2.400m d'altitude, tra- ■ $Ë^c1 verse les départements de Museel, de Dàmbovitsa :Jm^) et d'Ilfov, et va se jeter dans l'Argesh, affluent du Danube, après un parcours d'environ 250 kilomètres.

La nouvelle génération n'a que du mépris pour ce canal étroit, long de sept kilomètres, semblable a un fossé de fortifications au fond duquel coule une eau trouble et jaunâtre, chargée de tous les limons qu'elle a ramassé sur sa route.

Les jeunes gens disent: „Ce n'est pas une rivière c'est à peine un ruisseau", et ils s'étonnent que Paul d'Alepo, qui a visité la Roumanie du temps de Mathieu Bassarab ait parlé de la „fameuse" rivière qui arrose Bucarest et que Del Chiaro, qui a passé quelque temps à la cour du prince Constantin Brancovan ait-vanté la même rivière et la pureté de ses eaux.

D'autres voyageurs, le comte de Lagarde qui vint ici sous le régne de Caradja, Bélanger qui s'arrêta à Bucarest en 1836, un anglais qui publia une étude sur la

capitale de la Valachie dans le Blacwoods Edimburg Magazine en 1859, tous vantent la Dâmbovitsa.

C'est que tous ont vu la petite rivière traversant la ville en son cours sinueux, entre des rives bordées de saules, de peupliers, de frênes et de charmes, deux fois plus large qu'aujourd'hui, plus champêtre et plus gaie. Ils ne l'ont pas jugée comme une rivière qui traverse une capitale, mais comme un ruisseau qui court à travers une campagne verdoyante.

L'été, après les journées brûlantes , les riverains se baignaient en pleine rivière sans aucun souci de la pudeur, pêlemèle, hommes, femmes, garçons et jeunes filles, sous l'œil paternel des agents, qui parfois, prenaient un bain

Baigneurs dans la Dambovitza. avec les autres.

Au printemps et en automne, après la fonte des neiges et après les grandes pluies, la Dâmbovitsa s'enflait, débordait et ses eaux couvraient les quartiers de Grozavesti, d'Izvor et de Radu-Vodâ. On voit encore scellés aux murs de quelques maisons de la strada Izvor et de la strada Poliçiei les anneaux de fer qui servaient naguère à amarrer les barques dont devaient faire usage les habitants du quartier pour aller s'approvisionner pendant les inondations ').

On a rectifié Dâmbovitsa, on a redressé son cours, on a resserré son lit, on l'a abaissé, et, au lieu de la petite rivière champêtre, coulant à pleins bords sous les saules, on a doté la ville d'un fossé profond qui sépare la rive droite de la rive gauche.

]) Il y eu de grandes inondations surtout en 1774, I837, 1851, IÔ60, I846, 1865 et I873.

L'église Sf. Xiculaie din Prund — S1 Nicolas en grève— est aujourd'hui loin de la rivière. Le palais Brancovan qui était sur la rive gauche, se trouve sur la rive droite. Le gué, où les porteurs d'eau allaient remplir leurs tonneaux, derrière l'Hôtel de France, a disparu.

fc ' ' ....

Ancien cours de la Dimbovitza.

En même temps, le nombre des ponts a augmenté, il n'y avait autrefois que le pont dit Podul de la Turn (le Pont de la Tour) à l'entrée de la calea Çerban-Voda, le pont de Gorgani le pont de l'Aga Iane, et trois autres ponts, dits l'un Podul Turcului, le second Podul Cilibiului et le troisième Podul de la cafeneaua Beilicului. En dehors de ces ponts, existaient plusieurs passerelles construites par les boyards qui avaient des propriétés sur J'une et l'autre rive.

Quelques uns des ponts anciens étaient, comme celui que représente la gravure ci-contre, des constructions très compliquées et qui exigeaient de fréquentes réparations.

Aujourd'hui, il y a sur la Dàmbovitsa dans l'intérieur de la ville, 12 ponts en pierre et un en fer.

Naguère, S1 Elefterie était une île. „Je ne puis, dit Suiez à la fin du XVIII e siècle, passer sous silence la petite île de St Elefterie l'un des plus beaux coins de Bucarest, bien qu'elle n'ait pas de hauteur.... C'est un endroit inappréciable dans une ville où règne le luxe et le plaisir, mais triste pour qui ne trouve pas d'agrément dans la seule beauté de la nature".

La boucle de la rivière qui entourait le petit bois de S1 Elefterie et en faisait une île n'existait déjà plus lorsqu'on a rectifié la rivière.

Un pont en bois sur l'ancien cours de la Dambovitza.

L'idée de la rectification du cours de la Dàmbovitsa n'était pas nouvelle en 1880 quand le conseil municipal décida do l'effectuer. Do tout temps, l'entretien de la rivière ax ait préoccupé les Princes. On avait d'abord creusé un fossé et élevé une digue en amont de la ville pour régler le débit des eaux aux époques de crue, on axait rendu des ordonnances pour empêcher qu'on jetât des

ordures dans la rivière et on avait essayé d'enlever les dépôts de limon qui obstruaient son cours en aval.

Sous le prince Caradja, l'ingénieur Freiwald proposa de transférer la digue de la Dambovitsa au dessus du village de Râcar et de joindre les eaux de rilfov à celles de la Dambovitsa, ce qui aurait augmenté le débit de celle-ci qui n'avait presque plus d'eau pendant les grandes chaleurs et aurait préservé la ville d'inondations, car dans les cas de grandes crues, les deux rivières auraient dé-

Pont en pierre sur la Dambovitza rectifiée.

versé leur trop plein dans la Ciorogârlâ par un canal nouveau à construire1.

Le Règlement Organique prévoyait certaines mesures à prendre pour régler le cours de la Dambovitsa; mais on se garda bien de les appliquer. Tout le monde était convaincu alors que c'était faire acte de patriotisme que de violer le Règlement Organique. On le brûla en grande

') V. N. Urechia. Conférences.

pompe en 1848 et la Dâmbovitsa continua à emplir son lit de limon et à inonder les quartiers de la rive droite, avec un débit de 125 à 200m- c- par seconde.

En 1 865, on prit une première mesure. On supprima tout ce qui embarrassait le cours de la rivière dans l'intérieur de la ville : moulins, installations des tanneurs, etc.

Enfin en 1880, on se décida à canaliser la Dâmbovitsa.

Le conseil municipal d'alors ne sut pas faire une œuvre digne d'une capitale.

Pont en pierre sur la Dambovitza rectifiée.

L'ingénieur N. Cucu avait cependant proposé le plan d'un ( anal qui aurait relié Bucarest au Danube, près d'Oltenitsa et qui aurait reçu avec les eaux de la Dâmbovitsa. celles de l'Argesh, du Sabar et de la Colentina.

Bucarest serait devenu un des grands ports de Roumanie et aurait gagné en importance.

Le conseil municipal s'est arrêté au plan le plus mesquin. Au lieu de dote; la capitale d'un large cours d'eau qui l'eut relié au Danube, on s'est borné à creuser le lit

de la Dâmbovitsa, qui coule maintenant sous profondeur entre deux hautes berges gazonnées.

Toutefois, si, au point de vue économique et esthétique, le plan de la municipalité de 1880, est plutôt regrettable, il est juste de reconnaître que, au point de vue hygiénique, la canalisation de la Dâmbovitsa a assaini la ville. Les quartiers riverains se trouvant maintenant de beaucoup au dessus du niveau de la rivière abaissée, ne sont plus inondés, les terrains voisins ne sont plus dé-

Pose de la conducte libre en sidero-ciment.

trempés par de continuelles infiltrations et Bucarest a échappé aux fièvres paludéennes qui décimaient la population.

En même temps que la canalisation de la Dâmbovitsa fut résolue une autre question de la plus haute im-

portance, celle de l'alimentation de la capitale en eau potable.

Jusqu'en 1882, la population de Bucarest buvait l'eau de la rivière que des porteurs d'eau ( sacagii) apportaient à domicile dans un tonneau (saca) monté sur une petite charrette, trainée par un petit cheval efflanqué \ Chaque maison avait dans sa cave un tonneau à gueule bée (putinâ ) que le sacagiu remplissait. On jetait dans cette eau trouble une poignée d'alun et on la battait avec un bâton.

Les filtres d'Arcuda.

On la laissait ensuite reposer, et, au bout de quelque temps, on avait une eau très limpide, mais pleine de microbes. Les familles un peu plus aisées filtraient cette eau.

Les riches faisaient venir de l'eau de la source de Filaret.

1 Aujourd'hui encore l'expression: cal de saca, sert à désigner un cheval de rebut.

Il y avait aussi dans la ville un certain nombre de puits l), mais l'eau n'en était guère buvable et quelques fontaines.

Les fontaines sont relativement récentes. En effet, Del Chiaro qui, en 1710, a passé quelque temps à la cour du prince Constantin Brancovan, dit qu'à cette époque il n'y avait pas de fontaines à Bucarest. On s'y contentait des eaux de la Dâmbovitsa, qui, ajoute Del Chiaro, sont Jeggiere et salubri". A celte époque là, on n'avait pas encore la terreur des microbes.

Les princes Fanariotesse montrèrent plus dégoûtés. Ils trouvèrent l'eau de la Dâmbovitsa un peu trop limoneuse. Alexandre Ypsilante fit établir deux fontaines; l'une dans la strada Boiangiilor (vers S1 Georges) et l'autre près du monastère deSarindar. Pour leur usage personnel, les princes et les grands boyards faisait venir de] l'eau de Pantelimon ou de Filaret dans des outres ou dans des tonneaux. un puits particulier.

Le prince Michel Soutzo fit établir de nouvelles fontaines qui étaient alimentées par les eaux de Cretulrsti et de Giulesti-Crevedia. Sous le prince Morouzi, on découvrit une source près du Monas-

En 1785, un certain Inghiulgi proposa d'amener à tère de Cotroceni.

Bucarest les eaux de Crevedia. L'idée demeura à l'état

1 Le Puful eu Zale (le puits à chaîne) se trouvait sur le Podul Mogoshoaie, à peu près au coin de la strada $tirbei Vodà, là était la barrière de Bucarest. Quelques noms de rues rappellent l'existence de puits: Pufulcuapa rece (puits d'eau froide), Puful eu Plopii (le puits aux peupliers), Puful de Piatrâ (le puits en pierre). Dans les quartiers excentriques, on compte aujourd'hni un peu plus de 1.300 puits particuliers.

de projet, il n'y eut que quelques fontaines qu'on établit et qui s'alimentaient aux sources de Crévedia.

En 1845, le prince Bibescu chargea l'ingénieur Marsilon de faire un nouveau projet. Ou dépensa environ 15.000 fr., et en 1846 de nouvelles fontaines furent établies dans le Podul Mogoshoaie.

Ces fontaines recevaient l'eau de la Dâmbovitsa, après qu'on l'eut filtrée dans des filtres à laine, installés sur l'emplacement qui se trouve derrière l'actuel hôtel de France. Ces filtres étaient detéstables et dès la première année devinrent

Les filtres d'Arcuda.

inutilisables, mais on continua à débiter aux habitants l'eau de la Dâmbovitsa qui maintenant, n'était même plus filtrée. Voici comment en parle le docteur Félix, pendant longtemps directeur général du service sanitaire: L'eau de la Dâmbovitsa, ne peut aucunement être une eau potable. Durant son parcours dans la ville elle se sature de toutes les malpropretés que les vents et la population jettent dans la rivière, des excréments que déversent les égouts, des ordures et cadavres d'animaux ou des restes organiques des différents établissements industriels, ainsi que de tous les déchets des boucheries. „Est-ce celte eau que le poète dit si douce que celui qui en a goûté n'y peut plus renoncer !

Le Colonel G. Mano (aujourd'hui général de division et ministre de la guère) étant maire de la capitale en 1875, chargea un ingénieur français, M. Guilloux, d'étudier la question de l'alimentation d'eau.

Le 8 avril 1876, M. Guilloux présenta son rapport. Il recommandait d'employer la Dâmbovitsa en prenant l'eau au dessus de LunguleÇ, à 43 kilomètre de Bucarest. Ce projet fut approuvé le 1 7 avril 1 876. Le devis était de 3.596.000 francs.

Mais des élections eurent lieu au mois d'août 1877 et vinrent changer le conseil municipal avant que l'on

Ecluse.

eût pu commencer les travaux. Les nouveaux édiles ne donnèrent pas suite au projet Guilloux. Puis la guerre éclata et ce ne fut qu'en 1879 que fut voté le crédit poulies eaux.

Au commencement de l'année 1880 le conseil municipal décida d'amener à Bucarest les eaux de la Dâmbovitsa, prises en amont de la ville à 1 21 m- d'altitude au dessus du niveau de la mer Noire, dans la vallée de Bâcu- Arcuda, située à 19 V2 kilomètres de la capitale.

Le projet dû à l'ingénieur Biïrkli-Ziegler et au professeur Callman de Zurich, consistait à recueillir les eaux

de la rivière dans trois bassins à ciel ouvert ayant l.050mde longueur sur 13m-,50 de largeur à la partie supérieure et une profondeur de 3m,50. Ces trois bassins représentant une capacité de 220.000m- c-.

L'eau décantée dans ces bassins passe dans deux filtres creusés en terre et découverts dont les parois coupées à pic sont revêtues de bois.

Le réservoir de lancu.

L'eau filtrée passe dans une galerie souterraine, construite entre les deux filtres, par plusieurs conduites transversales. La galerie se continue en aval par un acqueduc libre en béton, dont la section intérieure est formée d'un carré de |m-,20 de côté avec un toit en demi cercle du même diamètre, ayant une pente d'au moins ()n\32m,n

par kilomètre. Cette galerie peut écouler en 24 heures 80.000 M.3 d'eau.

Après un parcours de 13.475 mètres, l'acqueduc libre est remplacé par une conduite de forme circulaire de 1n\20 de diamètre et long de 3.050 mètres, construite en béton qui va jusqu'au réservoir ouvert établi sur le plateau de Cotroceni et dont le trop plein atteint la cote 106.

Le réservoir de Cotroceni qui peut contenir 40.000 m 3

L'usine de Grozaveshti.

d'eau, c'est-à-dire la consommation nécessaire pour 24 heures, est partagée en 4 compartiments ayant chacun 10.000 m5. Un seul de ces compartiments fonctionne.

Bien que le plateau de Cotroceni domine la ville, il faut, pour que l'eau ait la pression suffisante qu'elle passe par les pompes installées près du réservoir, dans une

usine élévatoire, construite sur le bord de la Dâmbovitsa. à Grozave§ti l, près du pont du chemin de fer.

L'étage supérieur qui dessert les hauts quartiers de la rive gauche, à l'extrémité du réseau correspondant, est un réservoir régulateur, dit réservoir d'Iancu — composé d'une cuve en plaques de fer, dont le fond a la forme d'une calote sphérique, d'une capacité de 750 m* et établie à une altitude de 1 27 m 50, au sommet d'une tour 2 de 28 111 30.

Les travaux d'adduction de l'eau ont coûté 7.565.901 tr.

soit:

Bassins de décantation et filtres .... fr. 1.456.409,—

Acqueduc 1.241.211,—

Réservoirs de Cotroceni „ 497.859,—

Etablissement hydraulique de Cotroceni 839.706,—

Canalisation de distribution 3.390.714,—

Réservoir d'Iancu „ 140.000,—

Cette somme a été prise sur l'emprunt de 13.000.000 fr. contracté alors.

Les travaux furent à peu près terminés en 1888. Mais, on reconnut qu'ils ne donnaient pas de très bons

1 L'usine de Grozavesti, qui ne fut terminée qu'en 1890 — M. Pake Protopopescu étant maire, — est pourvue de trois grandes Dompes, chacune donnant un débit de 500 litres par seconde. Elles peuvent refouler l'eau dans les artères principales du réseau de la ville avec une pression de 30 mètres au dessus de la surface. Les pompes sont actionnées par trois turbines mues par l'eau dérivée de la Dâmbovitsa au moyen d'un canal voûte en béton de 1.650 '"• do longueur Chaque turbine est calculée pour 29 m:i d'eau motrice et une chute utile de 7.35m- ayant une force effective de 190 C. P.

Quand les eaux de la Dâmbovitsa sont basses, on a recours à 3 machines à vapeur établies dans un bâtiment à part.

La Mairie a commandé cette année ( 1 905) une pompe centrifuge à haute pression actionnée par une turbine à vapeur; cette pompeaura une capacité de 500 litres par seconde ou de 43.200 m3 en 24 heures.

2 Coite tour sert aussi d'observatoire pour les pompiers.

résultats. Le maire, M. N. Fleva, fit appeler un spécialiste étranger, M. W. H. Lindley, qui "opina que les filtres auraient dû être moins longs et couverts, que les parvis en bois ne valaient rien, et que l'alimentation avec l'eau de la Dâmbovitsa ne pouvait être considérée que comme une mesure passagère; qu'il serait nécessaire de recourir le plus-tôt possible à l'eau de montagne à rechercher dans la direction du Nord ou du Nord-Ouest.

En 1.885 le réseau de distribution de l'eau fut exécuté d'après les plans de M. N. Cucu, directeur des travaux techniques de la mairie.

On se convainquit rapidement que l'opinion de M. Lindley était fondée et que les filtres de Bâcu-Arcuda ne donneraient jamais à Bucarest une eau assez abondante et surtout assez saine.

La Mairie fit donc procéder à de nouvelles études. M.

N. Cucu fit éxécuter des sondages dans la région de Chiajna et de JoiÇa.

En 1891 Mr. l'inspecteur général Ilie Radu fut chargé d'étudier la détérioration des filtres de béton d'Arcuda et proposa d'utiliser les eaux souterraines.

L'année d'après faisant partie de la commission nommée à cet effet, il indiqua le point Bragadier et donna l'analyse des eaux de l'endroit.

En 1894, le maire, M. N. Filipescu, appela à Bucarest M. Lindley et M. Baurat A. Thiem, qui se prononcèrent tous deux contre les essais faits à Chiajna et à Joitsa et préconisèrent la région d'Ulmi, au dessus de Bolintin comme devant fournir une eau de sous-sol plus abondante.

Mr. Ilie Radu.

M. Baurat Thiem fut chargé de faire, avec M. N. Cucu, des sondages dans la région indiquée, mais ces sondages furent interrompus avant d'avoir donné des résultats par le départ de la municipalité qui les avait commandés.

En 1897, le nouveau maire, M. C. F. Robescu chargea M. l'inspecteur général Ilie Radu de faire ces études dans la région de Bragadiru.

Creusage d'un puits de captation à air comprimé.

Ces sondages effectués sur le plateau gauche de l'Argech, entre la chaussée Bucarest-Domnesti et le village Slobozia-Clinceni, sur une? étendue d'eviron 7 kilomètres,

avant donné de bons résultats, on fit, en 1899, sous la direction de M. llie Radu, les travaux pour amener l'eau de Bragadiru à Cotroceni.

L'eau de Bragadiru a été reconnue comme excellente au point de vue hygiénique, elle est à la température constante de 12°.

La captation a été faite dans des puits en béton de ciment armé à grand diamètre dont la profondeur varie entre 10 et 20 mètres.

On a construit 20 puits dont 5 sur la rive droite de la Ciorogârla et 15 du côté de Bucarest, dont 7 sont dans l'enceinte des fortifications. La distance des puits entre eux varie entre 250 et 400 mètres.

Les eaux captées et pompées 1 sont amenées par des siphons d'un diamètre de 0m,20 à 0m,50 et d'une longueur totale de 6 kilomètres dans deux puits collecteurs, placés

1 Les pompes de Bragadiru sont actionnées par l'usine électrique de Grozâvesti, qui comprend 3 machines à vapeur de 105 G P. effectifs, lesquelles mettent en mouvement chacun un génévateur de 70 kilowatts à courant continu sous 3000 volts.

L'énergie électrique est transmise aux pompes par deux câbles souterrains isolés.

à 16 mètres au dessous de niveau de l'eau. Leur diamètre intérieur est de 6n\50 et l'épaisseur des parois de 0m,55.

Deux pompes actionnées par des électromoteurs à courant continu, sont employées pour les collecteurs : l'une fonctionne et l'autre reste en réserve. Chaque pompe élève l'eau à une hauteur moyenne de 10 mètres et la déverse dans la conduite qui la mène au réservoir de Cotroceni par une pente naturelle de 0m,25 par kilomètre. La longueur totale de la conduite est de 10 kilomètres.

Déversement de la conducte.

Le nouveau réservoir de Cotroceni pour l'eau de Bragadiru a une capacité a 7.000 m3. Il est en béton de ciment, couvert et pourvu de 2 compartiments indépendants l'un de l'autre.

Les travaux de Bragadiru ont coûté 2.900.000 fr.

La canalisation de Bragadiru fournit actuellement à Bucarest près de 36.000 m8 par jour. Si le débit est aug-

mente et si l'on peut arriver à 60.000 m3 par jour; on ne donnera que cette eau là aux habitants comme eau potable et l'eau de Bâcu-Arcuda servira uniquement à l'arrosage des rues, des jardins et au lavage des égouts.

L'eau est distribuée en ville au moyen d'un système de conduites d'une longueur totale de 182.031 mètres1. Ce

Entrée du réservoir de Cotroceni.

réseau de distribution est tout à fait insuffisant; mais vue les maigres ressources de la ville et son étendue démesurée, on devra attendre encore longtemps l'achèvement du réseau projeté.

La quantité d'eau fournie à la ville en 24 heures a été, en moyenne:

De Bâcu-Arcuda De Bragadiru Total

En 1903 . . 20.000 m3 32.260 m3 53.260 m3

En 1904 ... 22.503 „ 29.850 „ 52.353 „

En 1905 . . . 24.000 „ 35.000 „ 59.000 „

1 Le nombre des robinets vannes est de 1.01 1 celui des prises d'eau de 996 ; I) y a 31 fontaines publiques, 35 jets d'eau et 9 colonnes d'eau.

Les uns prétendent que cette quantité d'eau est suffisante, car elle représente environ 170 litres par habitant, ce qui est supérieur à la quantité d'eau dont disposent les habitants de Lyon et de Toulouse. D'autres répondent qu'à Dijon et Marseille on distribue 230 litres par habitant, à Paris et à Besançon 250 litres. Les premiers ripostent que l'on gaspille l'eau à Bucarest et qu'il est de toute nécessité d'établir des compteurs.

La vérité est qu'on ne peut établir aucune compa-

Construction du réservoir.

raison entre les villes europénnes et Bucarest. Ici chacun à sa cour, son jardin : d'où une nécessité d'une quantité d'eau considérable; ici, on lave le linge à la maison, il n'y a pas de lavoirs publics et le lavage du linge à la rivière est impraticable. De plus, l'étendue de la ville est hors de proportion avec le nombre des habitants et c'est faire un calcul erroné que de comparer le nombre de litres d'eau dont dispose les habitants (Tune ville ramassée sur elle-même,

avant très peu de jardins et de petites cours pavées, avec Bucarest qui separpille sur plus de 5.000 hectares et dont les maisons ont des cours le plus souvent en terre battue et de vastes jardins, sans parler de rues interminables qui doivent être arrosées.

M. Michel G. Cantacuzène, en 1 905, a fait appeler de nouveau M. Lindley et Ta chargé de faire exécuter de nouveaux travaux de captation à Ulmi. On espère obtenir encore 10.000 ms d'eau de bonne qualité.

Sondage à 240 mètres qui obtint 600 m. c. par 24 heures.

Un crédit de 1 .721 .000 fr. a été ouvert pour ces travaux.

Il est question aussi de compléter le réseau de distribution et de l'étendre dans les quartiers de la périphérie où la population n'a d'autre eau que celle des puits trop souvent infectée par les infiltrations et celle que les 247 sacagil qui existent encore, comme dans le bon vieux temps.

Si le conseil municipal actuel est maintenu à la tête

Vue intérieure de l'uzine électrique de Cotroceni.

de l'administration de la capitale, ces projets seront certainement exécutés et on trouvera les trois ou quatre millions nécessaires; mais si le conseil municipal est remplacé par un autre, le nouveau venu voudra changer les plans, faire des économies et Bucarest attendra encore quelques années avant d'avoir la quantité d'eau potable dont elle a absolument besoin et qui fait toujours défaut, l'été surtout.

Ecluses d'Arcuda.

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