‹ Bucarest en 1906Chapitre 48 sur 75 · LES RUES · texte numérisé non relu

LES RUES

ucarest compte à dater du jour où le prince Radu en fit sa résidence en 1462.

Les Turcs voyaient d'un mauvais œil le siège princier à Tergovis,te, trop éloigné d'eux et encouragèrent par contre le développement de Bucarest. Comme leur?influence s'excerça sur le pays jusqu'au XIX siècle, on comprend combien ils contribuèrent à ce développement. Néanmoins pendant le XVl-e siècle, les luttes incessantes entre les turcs et les chrétiens, la défaite de Sinan-Pacha qui, forcé d'abandonner la ville, y détruisit tout ce qu'il pût, l'invasion des tatares en 1596, firent de ce siècle, un siècle néfaste pour Bucarest qu'il réduisit à peu près en ruines.

Pendant le XVII-e siècle Bucarest reprit une nouvelle existence et ?s'affirma de plus en plus comme la capitale officielle. Vers l'an 1654 fut élevée par le prince Constantin Çerban, l'église qu'il destinait à devenir la métropole, mais qui ne fut consacrée que par le prince suivant Mihnea III, en 1658.

Du reste les églises furent les seuls monuments de Bucarest; chez ce peuple chrétien en luttes incessantes contre l'infidèle, la foi était le sentiment le plus vivace et chaque prince désireux de laisser quelque trace de son

règne et de reconnaissance pour ses victoires, élevait une église plus ou moins modeste, tantôt en briques, tantôt en bois, quelquefois en pierre, mais si nombreuses, qu'elles faisaient l'étonnement aussi bien des orientaux, que des occidentaux, peu accoutumés à un pareil spectacle. Il y en avait deux ou trois dans chaque rue; aussi l'impression que vous faisait la ville, du haut des collines qui l'entourent, lorsqu'on y arrivait pour la première fois, était elle plutôt charmante, à la vue de cet ensemble de jardins, de mai-

Rue §elari.

sons multicolores, de tourelles blanches aux toitures étincelantes que baigne un soleil d'orient et qui faisait dire à Carmen-Sylva, lors de son arrivée dans le pays, quelle retrouvait l'impression que lui avait donnée Moscou.

Mais là s'arrêtait l'illusion; une fois descendu et pénétré dans la ville, le spectacle se transformait, les rues étaient bien plutôt des chemins de campagne, tortueuses et défoncées, pleines de pousière en été et de boue en hiver, mal ou pas du tout éclairées, n'offrant que de distance

en distance quelques maisons, basses, mal construites, aux fenêtres petites et carrées, entourées de vastes jardins, les uns clôturés, la plupart ouverts et qui alternaient avec des terrains vagues, des vignobles et des champs de maïs. Quelques uns de ces chemins étaient un peu plus larges, plus fréquentés et plus garnis d'habitations, ces chemins étaient la continuation des grandes routes aboutissant à la capitale et formaient les artères principales de la ville.

Que Bucarest n'aie pas eu de rues, que ces rues n'aient pas eu de noms, que le plan de la ville nous demeure à peu près inconnu jusqu'en 1780, rien de plus naturel.

Rue Teilor.

Bucarest après les luttes du XV-e au XVIII-e siècle, avait à peine commencé à songer a son développement naturel qu'une série de fléaux vinrent d'année en année détruire tout ce qui avait été fait dans l'intervalle.

On pourra se figurer la fréquence de ces désastres, en songeant que de 1691 à 1847 il y eut 19 grands incendies et plusieurs tremblements de terre, dont celui de 1802 dura dix minutes et détruisit dix églises, le dernier incendie de 1847 fit disparaître 12 églises et treize quartiers; c'est pour cela qu'il était difficile de savoir aujourd'hui

ce qui subsisterait demain et qu'après chaque destruction, les maisons, les rues, les quartiers mêmes, étaient complètement modifiés.

L'espacement ces maisons avait, jusqu'au XVIII-e siècle, été une des raisons pour lesqueles les incendies ne pouvaient guère avoir d'importance, ne pouvant s'étendre jusqu-aux habitations voisines. Mais plus tard quand le nombre des habitants augmenta, que les maisons se rapprochèrent, qu'il y eut au centre même de la ville, qui était le quartier commerçant, d'importants dépôts de marchandises, on comprend que la moindre étincelle, se transformait rapidement en un immense brasier qui trouvait une proie facile dans ces constructions légères, la plupart en bois, reconvertes de chaumes, au milieu d'une ville manquant d'eau en été à cause de la sécheresse, en manquant en hiver à cause des fortes gelées1), qui n'avait qu'un corps de pompier rudimentaire et des habitants tellement accoutumés à ces incendies destructeurs qu'ils ne cherchaient même plus à les combattre.

C'est là qu'il faut chercher le motif pour lequel on ne voit pas, dans Bucarest, de vieilles maisons, de vieilles églises, d'anciens monuments: Bucarest date de plusieurs siècles, mais Bucarest est de construction récente et son passé ne se retrouve que dans ses mœurs et ses archives.

Quel fût le plan de la ville avant 1780? il est impossible de le savoir. Même d'après les actes de l'époque, les emplacements sont désignés par des voisinages qui ont disparu, des indications qui n'ont de significations que pour les contemporains et il faut renoncer à ce travail inutile.

En 1780 fût levé le premier plan de Bucarest par Sultzer. A cette époque, d'après ce que nous dit M. de Bauer, Bucarest comprenait 67 quartiers, 28 monastères.

l) La température s'élève à Bucarest jusqu'à 40° Celsius à l'ombre, pour descendre à — 32° en hiver.

31 églises en pierre — vraisemblablement cette pierre devait être de la brique — 20 en bois, 10 chapelles, 1 palais, 1 école publique, 35 habitations de boyards et 7 „entrepôts" qui étaient des khans, — sorte de caravansérails.

Un document de l'Académie établit qu'en 1798 Bucarest était divisé en 5 circonscriptions : Tirgul — marché — avec 1682 maisons; Gorgan, avec 1142 maisons, Brosceni avec 1482 maisons ; Tîrgul de Afarà — marché extérieur —

Rue de l'Académie.

avec 608 maisons ; Podul Mogosoaiei -r pont de Mogoschoi — avec 1092 maisons.

La plus grande partie de la ville appartenait aux monastères et aux églises, qui laissaient la population riche ou pauvre s'établir sur ses terrains, y élever leur taudis ou leur chaumière, ici là, leur maison, et, quand, peu à peu, un quartier s'était formé, une rue dessinée, le supérieur du monastère ou de l'église propriétaire, intervenait,

réclamait au prince, menaçait de démolir et ne cédait qu'après avoir forcé les habitants à payer un droit d'emphythéose. •

Ce système de formation laissait la plus grande liberté à chacun de s'établir à sa guise, au grand détriment de l'avenir de la ville, d'un plan d'ensemble, d'un alignement quelconque et d'uniformité. Ce ne fut qu'en 1804, à la suite d'un incen:îie qui engloutit tout le quartier commerçant, que le prince Constandin Ipsilanti, allant lui même trancher sur les lieux les différends survenus entre les propriétaires des maisons incendiées, leur imposa de maintenir les maisons à l'alignement et de former des rues droites.

Les rues étaient étroites, presque des ruelles, on en indiquait la largeur par le nombre d'hommes qui pouvaient y passer de front, ainsi la rue des abagii était large de trois hommes.

Toutes ces ruelles débouchaient sur une artère principale qui formait la grande rue et qu'on désignait par ^grande me" de tel un tel quartier. Du reste la plupart des rues n'avaient pas de nom, on dénommait celles du quartier du commerce, d'après la nature du commerce qui prédominait, telle la rue Mâtâsarilor — des soieries — Lâcdtaçilor— dessérruriers, Mârgelarilor — des perles—, Abagiilor — des fabricants d'aba, Lâptâreselor —des laitières— ;

Nous avons déjà dit l'état déplorable de ces rues, qui ignoraient le pavage, et n'avaient — les grandes rues seules — qu'un plancher de madriers, véritable pont établi audessus du canal d'écoulement des eaux. Ces ponts n'étaient pas entretenus, les madriers pourrissaient, le pont se défonçait et il fallait des ordonnances princières réitérées, pour obtenir des riverains la réparation de ces rues, et alors quelle réparation encore; le prince accordait même parfois aux riverains, le droit absolu de propriété sur leur terrain, à condition d'entretenir la rue en bon état.

Les choses allèrent de la sorte jusqu'en 1824, quand

fut fait le premier pavage en pierres rondes, par l'ingénieur Hartel.

A cette date Bucarest comptait cinq voies principales qui traversaient la ville.

La calea Mogoschoaie, appelée ainsi à partir de 1690 et anciennement la route de Braschov, est aujourd'hui la rue de la Victoire.

La calea Sclierban-Voda, qui a conservé son nom et que Ton connaît aussi sous la dénomination de podul Beilicului.

La Calea Mosilor, appelée de même aujourd'hui,

Rue Teilor vers la place Rosseti.

autrefois désignée sous le nom de podul Tîrgului de Afarâ — pont du marché extérieur.

La calea Craiovei, appelée il y a 60 ans, podul Calitiei, au lieu de podul Calicilor qui signifiait pont des gueux, parce les gueux avaient été consignés dans ce quartier, aujourd'hui cette rue est devenue la calea Rahovei, enfin:

Le podul de pâmant —pont en terre — parce que la chaussée était en terre battue au lieu de madriers, c'est aujourd'hui la calea Plevnei.

Toutes ces rues ont pour point de départ l'ancienne demeure princière qui occupait l'emplacement situé là o

est actuellement l'église Saint Démètre et la place Saint Antoine et s'étendait par ses dépendances jusqu'à la rue Smârdan et à la rue Decebal.

De toutes ces rues la plus ancienne était celle qui, par bien des zig-zags, conduisait à Târgoviste, mais qui conserva pendant longtemps son aspect et ne subit d'importantes transformations qu'après qu'on eût construit la gare du Nord en 1872.

La calea Mosilor, qui conduisait au marché, qui selon l'ordonnance de 1786 du prince Mavrogheni devait se tenir le mardi et vendredi aux portes de la ville, et où il se fit élever un pavillon pour y écouter les plaintes des habitants de province, fut une des plus vieilles et plus importantes, à cause de l'animation qu'y produisait ce marché; c'est également par cette rue que Ton conduisait les condamnés à la potence et un commerce actif s'était établi sur les côtés de cette rue.

Plus tard fut ouverte la rue Çerban-Vodâ, qui traversait la Dambovitza, par un pont que fît construire Çerban Cantacuzino et qui conduisait à Giurgiu et à Constantinopole ; aussi comme c'était par là que venaient les princes que la Porte envoyait à la Roumanie, ainsi que tous les grands personnages turcs ou étrangers, cette rue devint la rue élégante, où l'on se promenait à cause de l'excellent état dans lequel on l'entretenait et elle conserva cette apanage jusqu'en 1797 quand l'entrée triomphale des princes se fit par le podul Mogosoaie, nouvelle voie que Brancoveanu avait ouverte en 1692 pour aller plus directement de sa maison, sur les bords de la Dambovitza, à sa terre de Mogosoaie, et où il avait élevé un magnifique palais qui faisait encore, en 1714, l'admiration des visiteurs. Ce fut aussi la route qui conduisait à Brasov.

On retrouvera dans l'ouvrage de M. Gion comment se sont établis les boyards, le long de la routede Brashov (calea Victoriei) et de la route de Craïova (calea Rahova), comment tout le commerce s'est concentre dans l'espace

compris entre la Dambovitza, la calea Victoriei, la strada Doarnnei, la strada Col^ei et la calea Mosilor, et comment, sur les propriétés des boyards et des monastères, les paysans avaient construit leurs bordei, de ci de là, sans ordre. En même temps, les commerçants qui venaient s'établir à Bucarest, et les petits fonctionnaires se faisaient construire des maisonnettes les premiers dans le voisinage du quartiers où ils avaient leur magasin et les second près des boyards dont ils étaient les protégés.

Rue Grivitei.

Les boyards, établis le long de deux grandes routes nationales, avaient soin que ces routes fussent plus ou moins bien entretenues. Dans le quartier du commerce, les magasins et les échoppes étaient rangées sans grande régularité, le long de rues sans trottoirs, sans pavage, mais courtes et droites, ce qui causait l'admiration des habitants du vieux Bucarest, admiration que nous retrouvons dans l'appréciation de plusieurs voyageurs qui nous

disent que la strada Gabroveni était à la fin du XVIII-e siècle la plus belle rue et la plus animée de toute la ville.

C'est que partout ailleurs les rues — si l'on peut donner ce nom aux vagues chemins qui rayonnaient à travers les maisonnettes, les masures et les bordei — les rues, d'une longueur démesurée, faisaientHes plus invrai semblables zigzags, ici passant entre Meux rangées de^ petites maisons entourées de jardins, la cheminant entre des terrains vagues, des vignes ou des vergers, plus loin frôlant une hutte plantée au milieu d'un champ ou une auberge flanquée d'une vaste cour.

Avec le temps, le long de ces chemins en zigzag, on a construit d'autres masures, des maisonnettes ont rem* placés 1rs huttes misérables, des cabarets se sont établis aux carrefours, et les chemins ont pris l'aspect de rues, mais de rues de village et non de ville.

La population augmentant sans cesse, les rues se se-

raient vite peuplées si la ville avait été enfermée clans des limites un peu étroites; mais comme elle s'étendait sur un espace où cinq cent mille familles auraient vécu à l'aise, on se mit à bâtir au hasard : une échoppe s'éleva dans le Podul Mogoshoaie à côté d'une maison de boyard, une coquette villa vint se placer parmi des maisonnettes de paysans.

Jusqu'en 1880, les rues de la capitale gardèrent cette aspect bigarré. A partir de cette époque, on commença à aligner, à paver systématiquement, à faire des trottoirs, à tracer de nouvelles voies.

Le centre de la ville devient chaque jour plus moderne, des boulevards ont été percés, des monuments de grande allure embellissent les voies principales, on a redressé la rivière et abaissé son lit, on a créé des squares, des jardins, un parc, la Chaussée Kisselef est éclairée à l'électricité, des tramways circulent d'un bout de la ville à l'autre ; mais, à cause de son étendue démesurée, la capitale, dès que l'on quitte les quart/ers du centre, garde son aspect indécis de petite ville ou de gros village, quelque chose d'inachevé, d'hétéroclite, et, à mesure que l'on approche des barrières, c'est le village qui apparaît et, non pas le village coquet que l'on s'attend à trouver aux portes d'une grand ville, mais le village roumain tel que nous le connaissons.

Comme la population n'est nulle part assez dense, pour permettre à des magasins de vivre de la clientèle du voisinage, le commerce est resté concentré dans son ancien quartier.

La strada Lipscani est toujours celle où sont réunie les maisons de nouveautés dans les rues Gabroveni, §elari, Stavropoleos, Carol, Smârdan, Coltea, Dômnei, Baratiei. Chaque maison à son magasin et les maisons se serrent les une contre les autres.

Les magasins ne dépassaient guère autrefois le Palais Royal, dans la calea Victoriei; aujourd'hui, ils vont jusqu'au ministère des finances.

La partie de la calea Mosjlor qui va de la place Si. Anton à l'église SfïnÇilor, est également envahie par le commerce. Au delà de cette église on ne trouve plus guère

construite à son extrémité, est également devenue une rue de commerce, mais de petit commerce.

De tous les points de la capitale, c'est toujours vers la Lipscani et les rues qui Favoisinnent que la foule afflue pour s'approvisionner. C'est le marché par excellence. Merg In ttrg, je vais au marché, disent les Bucarestois quand ils ont des achats à faire.

Mais ce nom marché s'étend aussi à la partie de la calea Victoriei qui va du Palais Royal à l'Hôtel des

dans cette grande rue, comme dans la strada Teilor, la strada Batistea, lafstrada Romanà, etc., que des épiceries, des pharmacies, des papeteries, des débits de tabacs, des cabarets, des boulangeries, tout le petit commerce qui se contente d'une clientèle restreinte. Mais, dans ces rues, les magasins sont isolés, séparés les uns des autres par des maisons particulières ayant toutes leur cour et leur jardin.

Rue en escalier (Dealu Spirea.)

La calea Grivitza, depuis que la gare de Nord, qui est la gare centrale de Bucarest, a été

Postes, car c'est là que sont installés les grands tailleurs, les grandes modistes, les grandes couturières, les grandes épiceries et aussi les cafés, les confiseries et les restaurants les plus fréquentés.

Nous reparlerons plus en détail du commerce de Bucarest dans un chapitre spécial. Ici, nous n'avons voulu que marquer quelques traits caractéristiques de l'aspect de nos rues où l'on coudoie le public leîplus mêlé, depuis l'homme du monde vêtu à la dernière mode, jusqu'aux precupetzi qui vont pieds nus et vêtus d'une chemise retenue à la taille par une ceinture et dont les pans retombent par dessus leur caleçon. Le contraste du luxe et d'une grande prétention à la civilisation, avec un fonds de barbarie très vivace, vous frappe à chaque pas, car il se retrouve presque dans les moindres détails et cependant que de progrès réalisés en ces dernières années !

Il y a certes bien du superficiel, mais il faut reconnaître toutefois que nous sommes déjà loin des mœurs d'il y a quarante ans. Rue Ténor.

Le comte Charles de Mouy, dans ses lettres du Bosphore, fait une appréciation assez curieuse sur le caractère de la civilisation roumaine :

En Roumanie, écrit-il, les classes élevées et le peuple présentent la dissemblance la plus sensible. Les premières sont devenues presque occidentales, l'autre est resté le paysan du Danube.

Mais lorsqu'on dit que les classes élèvées sont occidentales, il faut s'entendre: elles le sont à leur manière, et ne ressemblent pas, quand on y régarde de près, à la société de Paris, de Londres, ou de Berlin. Elles ne se

sont pas ici formées elles-mêmes; après avoir longtemps vécu sons un joug qui comprimait leur intélligence trèsvive, et leurs ressources considérables, elles se sont trouvées soudain affranchies par l'Europe, sans s'être fait par leur initiative, une personnalité bien accusée; alors rencontrant devant elles toutes les facilités que la vie moderne procure à l'assimilation des races, elles en ont fait usage sans avoir besoin d'agir par elles-mêmes pour se développer.

Aussi, tandis que tous les peuples de l'Europe se sont façonnés isolement à des époques où ne pouvant communiquer que difficilement les uns avec les autrés, ils étaient obligés de se créer des mœurs des idées, des inspirations qui leur fussent propres, les Roumains, inondés surle-champ des produits de l'Europe, élevés aisément dans nos grandes villes, initiés à toutes les inventions de notre luxe, imbus de notre littérature, imprégnés pour ainsi dire de l'atmosphère des nations les plus raffinées, dotés même d'institutions libérales toutes faites, se sont trouvés passer d'un état presque barbare à une civilisation très avancée, sans avoir connu ces transitions lentes que la force des Le pont de la Gare choses a imposées à la plupart des du Nord. nations. Privilège ou désavantage,

ils ont subi cette condition de leur déstinée, c'est pourquoi ils n'ont en réalité aucune physionomie bien tranchée, ne possèdent ni une puissante littérature, ni une industrie, ni une architecture qui leur appartienne, et ne peuvent guère concevoir d'autre progrès que l'imitation plus on moins heureuse des peuples européens.

C'est pourquoi encore, leur capitale n'a pas de couleur particulière, et est demeurée un point de jonction où

se rencontrent, dans le tumulte et la confusion, des castes inférieures qui faute d'argent et de direction, sont restées à peu près telles qu'elles étaient au temps de la servitude, et une société supérieure qui s'est assimilé d'un bloc, sans les avoir obtenues par le travail et la réflexion, les habitudes et les institutions étrangères.

Le centre de Bucarest a l'aspect d'une ville moderne avec ses beaux monuments, ses grands magasins, son éclariage électrique, la foule qui se presse sur les trottoirs, les voitures luxueuses aux magnifiques attelages, qui passent au galop, ses automobiles, ses tramways électriques, ses boulevards qui s'étendent à perte de vue.

La calea Victoriei — la Grand'rue — est l'endroit le plus vivant de la ville, sourtout

dans la partie qui va du jardin de l'Episcopie à la strada Carol. On est sûr à toute heure du jour d'y rencontre, ce qu'on est convenu d'appeler, le tout Bucarest, c'est-àdire le monde élégant et le monde des fonctionnaires. Il y a peine trente-cinq ans, les piétons étaient rares. Les dames sortaient peu à pied, elles s'y risquaient parfois pour aller faire quelques emplettes, mais toujours suivies d'un domestique en redingote, avec cravate blanche et gants blancs. Le grand

genre voulait qu'on ne sortît de chez Arnàut Albanais,

soi qu'en voiture, pour faire des visites, ou pour aller faire un tour à la Chaussée, toujours avec un domestique sur le siège. Quelques richards avaient des valets en livrée. Le prince Soutzo, M. Petrovitch Armis et M. Hagi Moscu étaient accompagnés d'un albanais en grand costume.

Au retour, les voitures faisaient station chez le con-

fiseur Giovanni, ou chez Capsa et l'on servait les glaces dans les voitures.

Aujourd'hui, les dames vont à pied et ne s'embarrassent plus d'un domestique, ni pour faire leurs courses, ni pour se promener en voiture. Elles s'en vont légères, gracieuses et très élégamment mises, traversent la foule sans crainte, font leursachats, entrent chez leurs couturières, leurs modistes, puis chez le confiseur, les unes chez Capsa, les autres chez Riègler, s'attablent et causent, pour repartir.

Nos boulevards sont encore trop neufs. Ils ne sont pas assez bâtis et les promeneurs n'y rencontrant pas de magasins, pas de cafés, et devant passer devant de longues façades de monuments publics et d'interminables jardins, préfèrent aller ailleurs. Aussi, sauf les heures où l'on sort de chez soi, pour se rendre dans le centre et où l'on revient du centre, pour rentrer chez soi, les boulevards sont-ils à peu près déserts.

Chaque année cependant le 10 Mai, jour anniversaire de l'avènement du prince, de la proclamation du Royaume et du couronnement du Roi, devant l'Université, aux côtés de la statue équestre de Michel le Brave, Sa Majesté Charles I-er à cheval, en grand uniforme de généralissime, entouré de son état major et de tous les attachés militaires étrangers, reçoit le défilé des troupes de la garnison, en la tête desquelles défile S. A. R. le prince Ferdinand. De l'autre côté de la statue, le pavillon royal, abrite Sa Majesté la Reine, la princesse Marie et les jeunes Princes, ainsi que le corps diplomatique. De nombreuses tribunes, occupées par invitations, bordent les deux côté du Boulevard de l'Université et une foule compacte se presse sur les trottoirs, depuis la rue Lipscani, jusqu'au Palais. Le 10 Mai est la fête nationale et l'animation dure toute la nuit.

Le Boulevard Elisabeth, le Boulevard de l'Académie, la Boulevard Carol et les Boulevards Ferdinand et Pake sont (( pendant très beaux et promettent de l'être encors bien davantage, quand ils seront construits d'un bout à

l'autre, surtout si l'a municipalité veille à ce que les jardins ne fassent pas pendant aux monuments, comme cela existe, par exemple, sur le Boulevard de l'Académie, auquel on aurait rendu la vie, en faisant construire à la place des jardins qui font face à l'Université, des maisons de rapport, avec de beaux magasins au rez-de-chaussée et à l'entre sol et en traçant, autour de la statue de Michelle-Brave, une grande place circulaire avec magasins, cafés et restaurants.

Boulevard Pake Protopopescu.

Du reste il suffit de passer sur la partie du Boulevard, entre la rue de l'Académie et la calea Victoriei, pour voir la puissance d'attrait que les magasins ont sur la circulation. Sur une distance qui n'a pas plus de cent mètre, se trouvent: deux cafés, une brasserie et deux confiseries. Aussi à partir de cinq heures, les terasses de ces locaux sont tellement garnies des consommateurs, que le passage y est impraticable.

Le Boulevard Coltea, qui est de date toute récente

et qui n'est pas encore achevé, se compose actuellement de deux tronçons non reliés jusqu'à présent. Le premier, commencé par M. N. Filipescu, va de la strada Romanà à la place Victoria. Il est large, avec une allée de cavaliers au milieu, et rappelle l'avenue Henri Martin de Paris et l'avenue Louise de Bruxelles. On y a déjà construit un assez grand nombre de maisons de style varié, dont beaucoup sont très remarquables. La seconde portion, commencée en 1906, par M. Michel G. Cantacuzène, ne va que de la strada Mercur à la strada Clementei. Elle est moins large que la première portion et na pas d'allée cavalière. Le Boulevard doit aller rejoindre d'un côté la strada Romanà et de l'autre la place St. Georges; mais il y a bien

Boulevard Col^ea de la rue Clementei à la rue Mercur.

des expropriations à faire et il est douteux que cette port tion soit achevée de sitôt. Il serait désirable, en attendant l'achèvement des deux tronçons, que l'on mette la première portion du Boulevard ColÇea, en communication directe avec la calea Victorien, par un court Boulevard, percé au point où il y aura le moins d'expropriations à faire. On dégagera ainsi la calea Victoriei, si encombrée aux heures de la promenade quotidienne à la Chaussée.

Parmi les plus jolies rues de Bucarest nous citerons : la strada Corabia, la strada Mercur, la strada Clementei

(aujourd'hui rue du Dr. Lueger), la strada Bati§tea, la strada Salciilor, la strada Enei, l'allée Carmen Sylva, la cité Eldorado, la strada Dionisie, la strada Lahovary (surtout dans la partie qui va de la calea Victoriei à la strada Scaune), la strada Vamei (depuis hier rue de Vienne), la strada Jules Michelet, strada Manea Brutar, la strada Luteranâ, la strada Fontânei, la strada Çtirbei-Vodâ (en partie), la strada Lascar Catargi, la strada Sculpturei, la

strada Soarelui, la strada Neptun, strada Frumoasa, la strada Barbu Catargi, etc., toutes ces rues sont aujourd'hui bordées de maisons neuves, en général de petits hôlels particuliers. On n'y voit pas de ces vieilles maisonnettes et de ces terrains vagues qui déparent tant d'au très rues.

Du côté de la gare du Nord et de la gare de Filaret, des quartiers nouveaux se créent qui, dans quelques années, seront très beaux.

Les quais de la Dambovitza, sauf dans la partie qui avoisine le centre de la ville, sont encore très déserts et il est probable qu'ils resteront encore aseez longtemps dans est état.

Il nous est impossible de décrire par le mênu, toutes les rues de la ville, qui, en dehors de celles que nous avons citées plus haut, se ressemblent étrangement par le mélange du moderne et de l'ancien, de la nouvelle ville et de l'ancien village.

Nous tâcherons de suppléer par la gravure à une description qui, même minutieuse, serait incomplète et surtout fastidieuse.

Quelques gravures donneront bien mieux, à nous lecteurs, l'impression de ce que sont nos rues modernes, nos rues à demi modernisées et nos vieilles rues, celles où depuis cinquante ans, on n'a presque rien changé.

Il est cependant un quartier dont nous devons parler, par ce qu'il se différencie des autres, c'est le quartier où sont allés s'installer de préférence les Juifs: la calea Vâcâresti, strada Decebal, strada Sfànta Vineri, strada Mircea- Vodâ, strada Olteni, calea Dudesti, strada Lucaci, strada Labirintului, strada Negru-Vodâ, strada Patria, strada Sf. Ioan Nou, strada Mâmulari, etc.

Ces rues sont de deux sortes: les unes sont presque exclusivement commerçantes; plus de jardins, plus de cours, les maisons s'appuient les unes aux autres, ayant toutes de petits magasins. La population très nombreuse étouffe, dans de petits appartements bon marché. Aussi, dès que le soir arrive, tous les locataires sortent-ils sur le trottoir pour respirer. Entre sept heures et onze heures, une vie intense règne dans ces rues, où grouille une population, qui par le type, la langue et parfois le costume, se distingue si nettement du reste des habitants.

Les autres rues du quartier juif, comme la strada Sf. Ioan Nou, la strada Lucaci ressemblent aux nouvelles rues des autres quartiers; de coquettes maisons avec cour et jardin et pas, ou très peu de magasins, c'est là, qu'habitent les juifs aisés.

Quant à la strada Mircea-Vodâ, elle est habitée par des Roumains, riches propriétaires de très beaux immeubles dans la partie qui va de la strada Calarashi à la strada Lucaci et au delà, presque entièrement par des juifs.

Il ne faudrait pas croire cependant, que tous les Israélites habitant Bucarest, se sont concentrés dans ce seul quartier. Ce serait une erreur. Beaucoup habitent le centre, les nouveaux quartiers et les Boulevards. Un grand nombre se sont fait construire des beaux hôtels, dont les maîtres occupent une place considérable dans la société roumaine.

Bucarest offre un immense contraste entre son centre à l'européenne et ses faubourgs aux allures encore primitives. Il est vrai que de jour en jour la diférence s'atténue. Si nous voyons déjà ben des rues droites, aux maisons collées

les Unes aUX autres, tOU- Coin de Bucarest.

tes sur la même ligne et à

peu près de même hauteur, en revanche, que de rues sans trotoirs, larges de trois hommes — ainsi qu'on en désignait la largeur au siècle passé.

Ne possédant pas d'éclairage, ou une mauvaise lampe au pétrole, fumante et de travers; aux maisons cloisonnées et séparées par de grands terraines vagues, entourées d'immenses jardins. C'est surtout ces restes du passé, qui tendent à disparaître et qui, s'ils ne sont pas un des beau:; côtés de la capitale, en sont du moins, une des caractéristiques que nous tâcherons de fixer autant que possible, pa?

l'image, beaucoup plus expressive et plus réelle que nos descriptions.

Bucarest cependant jusqu'à la seconde moitié de ce siècle, n'avait pas, ainsi que la plupart des villes d'occident, son quartier noble et son quartier vilain. Les boyards habitaient un peu partout, la cour changeait souvent sa demeure et ces déplacements contribuèrent à cette diffusion. Les nécesités seules de la vie, limitèrent le commerce dans le centre même et firent de ce quartier, des rues exclusivement réservées au commerce. Toute maison y a des magasins et presque tous les étages sont occupés par des

vard — chaque jour l'on voit une nouvelle maison de commerce s'installer, une ancienne s'agrandir, et la vie quj anime ce quartier, est tellement commerciale, qu'elle n'y commence qu'à l'ouverture des magasins, vers 8h du matin, pour s'éteindre complètement à haïr fermeture, vers 8h du soir. Une fois les magasins fermés, le quartier est désert, il n'y a pas de devanture qui reste éclairée la nuit, car le public ne se promène pas le soir dans ces l ues, ou règne [e silence.

Tsiganes montreurs d'ours.

bureaux. Cette tendance s'est maintenue jusqu'à nos jours et si toutefois une partie du commerce s'est étendu dans la calea Victoriei jusqu'à vers l'Athénée, ainsi que dans quelques rues qui l'avoisinent, telles que la rue Royale, la rue Edgard Quinet; le grand commerce, les banques et le petit commerce actit, s'est concentré dans les rues Lipscani, Smardan, Selari, Dômnei, Coltëa, Gabroveni, Covaci, Carol, calea victoriei — de la rue Carol à l'intersection du Boule-

Le centre de Bucarest est l'église Saint Georges, c'est de là que partent les distances kilométriques, c'est aussi de là que partaient les principales artères de la ville. L'église St. Georges était voisine des bâtiments de l'ancienne cour princière et ces bâtiments disparus, c'est la place St. Georges qui servit de centre. C'est de la cour que parlaient les routes qui menaient à Tîrgoviste aujourd'hui devenue la calea Grivitzei — , au marché extérieur et qui est la calea Mosjlor; à Giurgiu qui est restée la calea

Rue I. C. Bratianu, coin rue Doamnei.

Serban Vodâ; à Craiova et qui est la calea Kahovei; au marché intérieur et qui à cause du grand trafic que les commersants roumains faisaient avec la ville de Lipsca, s'appelait et s'appelle encore la rue Lipscani; etc.

Ces rues ne sont plus ce qu'elles étaient. Le pavage, l'alignement, les constructions les ont complètement transformées; bien que par endroits se dresse encore quelque bicoque, ou s'étend quelque terrain vague, surtout dans l'ancien podul de pâment, devenu la calea Plevnei, ce n'est

pas là que nous rechercherons les vestiges du passé. Nous irons dans ces quartiers où se sont réunis les gens de même métier, ou de même race, qui ont leur faubourg et leurs mœurs et que les travaux de l'édilité n'ont encore qu'à peine effleurés.

Déjà un de ces quartiers a presqu'entièrement disparu. Il était situé près du centre, entre l'hôpital Col^ea, la calea Mosilor et la rue Teilor, c'était le quartier des musiciens tziganes; deux boulevards nouveaux, le Boulevard Carol et le Boulevard Domnitzei — de la Princesse —

ont coupé et dégagé ces rues étroites et sales que bordaient des masures. Les terrains ont considérablement augmentéde 'jéM ~~ £É AVBB ! valeur, leurs propriétaires . m Hpjl ^PWfctfi^p; enrichis subitement par les \ t expropriations, ou la plus value, se sont mis à bâtir et aujourd'hui c'est à peine si l'on retrouve ici là, quelque maison ette échappée aux démolisseurs.

A côté de ce quartier et en remontant le nouveau Boulevard, se trouve le quartier arménien avec l'église arménienne, à l'angle du Boulevard Carol I et de la rue arménienne. Là aussi la plupart des propriétaires se sont fait construire des maisons plus modernes et ces quartiers trop centraux, n'offrent que de rares habitations d'autrefois.

Enfin dans la même direction mais plus haut, et avoisinant la chaussée Stefan cel Mare, est le quartier des cochers. Les cochers roumains ou hongrois logent dans des maisons particulières et n'offrent rien de curieux. Les cochers russes au contraire, possédant tous une certaine aisance, quelquefois davantage, ont leur maison propre,

Tsiganes journalières.

dans le style des maisons russes, toutes d'une grande propreté. Ils vivent entre eux et forment une secte à part, ce sont eux qui ont les plus belles voitures et qui conduisent avec tant d'habileté, qu'on dit que pour être écrasé par un cocher russe, il le faut faire exprés.

Un spectacle original offre le quartier juif, très étendu et compris entre la rive gauche de la Dîmbovitza à partir de la Morgue jusqu'à la fonderie Lemaître d'un côté, et la rue Dudesci de l'autre. Entassés dans des maisons étroites ils vivent pêle-méle sans espace et sans air, travaillant autour d'une lampe fumeure, acharnés au travail et avides de réaliser un peu de bien être. Le soir après la fermeture des bureaux et la sortie des magasins où la plupart d'entre eux

spécial d'intimité à l'ensemble, ils

se promènent sur leur trottoirs, tels qu'ils sont en leur intérieur, en cheveux, femmes, enfants, vieillards, les jeunes vont causant, les plus âgés s'attablent aux ceainerie — débits de thé — où moyennant 0.10e on sert un verre de thé chaud. Celui qui sur sa route arrive à passer le soir, assez tard, par ces quartiers, est tout surpris de voir à l'heure où le reste de la ville est presqu'assoupi, la vie encore intense qui règne de ce côté.

Bucarest peut être partagé en trois grands cercles concentriques, dont celui du milieu renferme le commerce,

sont occupés, leur quartier prend une animation extraordinaire, toute cette population se répand au dehours refermée tout le jour, des qu'elle se sent un peu libre et que le temps le permet, elle sort dans la rue; vivant les uns avec les autres, partageant le même sort, ils se connaissent tous, ils se savent entre eux et chez eux et c'est ce qui donne un caractère tout

Remouleur.

les autorités et la population aisée, le second la petite industrie et la population ouvrière, enfin le dernier comprenant la grande industrie et la population pauvre.

Le centre a déjà l'aspect des villes modernes de l'occident, la civilisation y a introduit ses manifestations; les hautes constructions, les larges boulevards, les grands magasins, l'électricité, l'asphaltage, l'automobilisme, le luxe excesif des toilettes, rien n'y manque et le progrès s'accentue de jour en jour.

A côté et commençant à en subir l'influence, la partie occupée par la population ouvrière et la petite industrie, se modifie graduellement; les terrains augmentent de va-

de la civilisation et la hausse des loyers et de l'alimentation.

Les faubourgs de la ville sont constitués par d'immenses terrains, sur lesquels se sont formés par endroits, des quartiers de gens pauvres, roumains, parfois tziganes, exerçant un métier, tels que celui de charron, menusier maréchalfërrant, manœuvre, journalier ou ouvrier à l'une des fabriques environnantes. A côté de ces quartiers, quelques grandes fabriques, dont le nombre augmente chaque année puis des vignes, des vergers, des terrains incultes, des carrières de sable, etc. C'est la zone qu'il était question de transformer en parc et qui eût entouré la ville d'une ceinture de verdure, agréable et utile. Le projet n'a pas èié adopté et la ville, libre d'entraves, continue à se ré-

Rue derrière la gare du Nord.

leur, les constructions se multiplient, les rues s'alignent, se canalisent, l'éclairage augmente; les gens plus tranquilles, le commerçant ou le fonctionnaire arrivé à une certaine aisance, s'y bâtit une maison plus bourgeoise et petit à petit, l'ouvrier, le petit employé recule de plus en plus, devant l'envahissement

pandre, au bon gré de chacun, dans la campagne, au plus grand détriment de son embellissement et de son entretien.

Toute la partie comprise dans la troisième zone devrait être extérieure à la ville, qui serait limitée par la suite des chaussées qui séparent les deux zones et qui dans le temps formaient la barrière de Bucarest. Cette ligne est constituée, en commençant par la place de la victoire — à l'entrée de la promenade Kisselef — par les chaussées Bassarab, Grozâvesti, Panduri, Doamnei, Viilor, Çerban- Voda, Lânâriei, Laboratoriu, chaussées Mihai-Bravu, Çtefan cel Mare et Bonaparte.

Maison à l'extrémité de la ville.

Quelques chiff res que nous procure la statistique, feront ressortir la disproportion qu'offre Bucarest entre son étendue et ses constructions.

La ville occupe 5.600 hectares et est divisée officiellement en quatre zones, dont la l-ère occupe une surface de 512.830 m. c, la 2-e 936.870 m. c; la 3-e 1.280.320 m. c. la 4-e 2.970.480 m. c. ; en s'éloignant du centre vers la périphérie, chaque zone est sensiblement double de la précédente. Quant aux constructions il y a en tout 34.338 maisons, dont 26.263 n'ayant que le parterre; 922 avec sous-sol, 6.797 à un étage, 1.354 à deux étages et 199 ayant plus de deux étages.

Ces habitations renferment 113.499 pièces d'habitation, 269 bureaux particuliers, 1.687 bureaux, 23.924 cuisines, 5.631 magasins, 1.532 ateliers, 260 restaurants, 199 cafés, 1.917 débits de boissons, 210 auberges.

En 1905 on a construit 624 maisons, dont 195 dans la l-ere zone, 157 dans la 2-e, 192 dans la 3-e, et 80 dans

la quatrième.

Notons encore la longueur de quelques rues princi pales. Les quais 7.910 m. la ligne des Boulevards Elisabetta, Pache Protopopescu et Carol 5.520 m. la calea Rahovei 3.960 m., la calea Grivitei 3.000 m., la calea Mosilor Pont de la gare du Nord. 2.830 m., la calea Çerban-

Vodâ 2.990 m., la calea Càlârasilor 2.750 m., la calea Victoriei 2.710 m., la strada Romana 2.470 m.

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