LES MONUMENTS ET LES JARDINS
Deux causes font que Bucarest possède peu de monuments: son existence politique tourmentée et incertaine qui amenait de trop fréquents changements de princes et de dominateurs, plus soucieux de s'assurer le pouvoir que d'émbellir la capitale; ensuite les continuels incendies et tremblements de terre qui détruisirent à intervalles si courts des quartiers entiers; il faut ajouter l'absence de matériaux premiers tels que la pierre et le fer, l'absence d'industrie et d'artistes qui eussent conçus de belles constructions. A part quelques églises plus importantes telles que la Métropole, Saint-Spiridon, vStavropoléos, d'un style un peu plus riche et de date un peu plus ancienne, le reste des bâtisses de Bucarest n'avaient d'importance que par leurs vastes dimensions; encore toutes ces constructions étaient-elles en briques.
Ce ne fut guère qu'à partir de la seconde moitié du XIXe siècle et sous le règne glorieux de S. M. le roi Charles 1er que Bucarest eût enfin quelques monuments dont le nombre s'accroît rapidement grâce à l'éssor surprenant de la ville.
Le plus aisé pour les énumérer, sera de suivre quelques unes de ses artères principales, le long desquelles nous rencontrerons, tour à tour ces divers monuments ou constructions plus remarquables.
Rue Scaune.
Prenons pour point de départ la place St. Georges1), puisqu'on la considère comme le centre de la ville et suivons tout d'abord la rue Lipscani. Une chetive fontaine,
!) L église St. Georges est entourée d'un jardin qui existe depuis 1859 et qui en été est très fréquenté, le soir, par les habitants du quartier.
entourée d'un bassin, décore mal la place que la Lipscani forme au carrefour des rues Baratsie, Decebal et Coltza. On ne rencontre jusqua son intersection avec la rue Smardan aucun monument; au coin de la Lipscani et de la rue Smârdan s'élève la Banque nationale, occupant tout le carré compris entre les rues Lipscani, Smardan, rue de la Banque nationale et Karageorgevici. Le plan en est dû à un architecte français et les lignes simples mais très pures, en font un des plus beaux monuments de Bucarest.
Derrière la rue Lipscani et parallèle, se trouve la rue Stavropoléos où s'élève la petite église du même nom, la seule qui ait d'une façon bien marquée le style byzantin et que l'on restaure à l'heure actuelle.
Tujours suivant la rue Lipscani, nous arrivons à la calea Victoriei, et, nous appercevons aussitôt à gauche la gracieuse coupole de la Caisse des dépôts et consignations, due à l'architecte Gottereau; la décoration en est extrêmement riche et à coûté 3.000.000 frs.
Vis-à-vis et occupant tout l'espace entre la calea Victorieî, la Lipscani, la rue de la Poste et la rue Carol s'élève l'hôtel des postes par l'architecte Saulescu, dont la construction à coûté 4.221.907 frs. et les installations 1.489.319 frs. Les bâtiments occupent une surface de 10.710 mètres
L'ancienne maison Turnescu, calea Mosilor.
évalués à 2.076.450 frs. Le palais des postes ressemble comme façade aù palais des postes de Genève.
Enfin en continuant la calea Victoriei dans la même direction, quelques pas plus loin, à sa rencontre avec le quai Charles I-er où elle finit, s'élève le petit pavillon d'où le roi, accompagné du clergé et des dignitaires de l'Etat assiste à la bénédiction des eaux — de la Dàmbovitza — par le métropolitain primat cérémonie qui a lieu le 6 Janvier.
Après une courte messe, le prélat bénit la rivière en y jetant une croix, que des gens du peuple cherchent à retrouver en se jetant à l'eau et qui appartient au plus heureux, auquel on remet une récompense en argent.
A cette occasion l'on voit encore se répeter parfois le spectacle barbare, de malheureux juifs que l'on saisit et qu'on jette à l'eau sous prétexte de les baptiser; heureusement que la Dàmbovitza vendeur de balais, n'est pas profonde et qu'on ne
peut s'y noyer, mais le froid que la tradition veut ce jour là être le plus fort de l'hiver, rend la plaisanterie dangereuse.
Reprenons la calea Victoriei à la Caisse des dépôts, nous voyons en face l'église Zlatar, entièrement reconstruite et achevée cette année, elle n'offre d'autre particularité que d'être construite en briques apparentes. Elle se dresse sur l'emplacement de l'ancien hanu Zlatar, qui servit avant sa démolition à loger les Ministères de la Justice et de l'instruction publique, puis le conservatoire.
Sur le côté gauche de la rue aussitôt après la rue Lipscani, on rencontre la préfecture de police, vis-à-vis se
trouvent les passages Villacros et Macca, un peu plus loin, toujours à gauche est l'hôtel de là légation de Russie; nous arrivons enfin à l'intersection de la calea Victoriei avec la ligne des grands boulevards. Sur le côté gauche formant l'angle, se trouve l'hôtel du Boulevard, le plus grand et le mieux fréquenté de Bucarest. L'autre angle était autrefois occupé par l'église Sarindar, aujourd'hui disparue et remplacée par un square; en continuant nous arrivons à la place du théâtre, sur laquelle stationnent les fiacres élégants, conduits par les muscali. Le théâtre
des rues de Vienne et de Lueger se trouve la fondation Carol I; toujours dans la rue de Vienne est situé le bel hôtel de la légation d'Autriche-Hongrie, et dans la petite rue adjacente qui met en communication la rue de Vienne avec la rue Carol Lueger se trouve le consulat d'Autriche- I [ongrie.
Après avoir dépassé le palais, nous arrivons au square de FEpiscopie, dont le fond est formé par l'Athénée, c'est un monument destiné aux productions artistiques et
est de date ancienne, il fut bâti en 1845 et fut à l'époque le troisième d'Europe par ses dimensions et sa disposition intérieure. On vient de compléter, par des annexes qui ont coûté plus d'un milion, les ailes destinées aux artistes, à la décoration et aux machines. L'ensemble décoratif du théâtre national n'a pas l'esthétique moderne accoutumée, mais les lignes sont bien, et l'acoustique excellente.
Bragagiu.
Un peu plus haut, du côte gauche, le palais royal que nous avons décrit dans un chapitre à part. En face du palais et formant, sur la grande place du palais, l'angle
aux conférences; au dessus de l'entrée principale qui donne sur le jardin de l'Episcopie, sur le frontispice se détachent cinq figures en mosaïque sur tond or, ce sont les têtes des cinq princes roumains Alexandru cel bun, Neagoe Voevod, Carol I, Vasile Lupu et Matei Bassarab. La façade est décorée de colonnes; dans la grande salle du vestibule, à chaque angle un grand escalier avec balcon conduit à la salle du premier étage, disposée en salle de concert, avec deux rangs de loges et parterre, il y a 52 loges et 600
L'Athènée.
fauteuils; l'ornementation de l'ensemble est très riche et l'effet est augmenté par la lumière tombant de la coupole. De grandes fresques représentant des sujets historiques roumains doivent orner les murs. Les salles du bas servent plutôt aux expositions des peintres, sculpteurs et autres œuvres artistiques du même genre. Le salle du haut sert aux conférences, productions musicales, etc.
La construction est dûe à l'architecte Galleron qui l'exécuta en 1886, la coupole à 40 mètres de haut. C'est
également à l'Athénée qu'est le siège de la Société géographique et la pinacothèque de l'Elat.
Le terrain du jardin de TEpiscopie et de Y Athénée étaient l'ancien verger de Vacaresco.
Dans le jardin de l'Episcopie plusieurs bustes décorent les allées, on y remarquera ceux de Const. Rosseti, M. Cogalniceanu, G. D. Teodorescu, V. A. Urechia, Exarcu, M. Eminescu, Enachita Vacarescu, puis quelques bustes avec des décorations symboliques tels que ceux du général Em. Elorescu, capitaine Th. Serbanescu, Traian Dumitrescu.
Nous ne rencontrons plus dans cette rue que le mi-
Contigue à cette construction se trouve la Cour des comptes. Puis à part l'église Sfintii Voevozi, récemment restaurée plus rien de remarquable jusqu'à la gare du Nord. Au de là de la gare sont des quartiers de formation récente, aux rues régulières, aux maisons neuves, puis les faubourgs. Signalons le pont qui joint les quartiers de droite et de gauche de la voie ferrée, en passant au dessus à une hauteur de 8 mètres et qui est en brique, avec des rampes à pente le long de la voie.
nistère des finances, formant l'angle de la calea Victoriei et de la calea Grivitei, puis à droite, à l'angle de la rue Cosma, l'hôtel de la légation d'Allemagne. Le Ministère de la Justice à gauche, occupe l'ancien local de la régie des monopoles de l'Etat, c'est une vieille construction basse et peu appropriée à sa destination actuelle.
Bragagiu.
A côté du ministère des fi nances et le continuant sur la rue Grivitza sont installées la banque agricole et la caisse centrale, dans la nouvelle bâtisse achevée cette année.
Retournons à l'intersection de la calea Victoriei et du boulevard Elisabeth. En suivant le boulevard de 'l'Université à droite, nous avons le square de l'université dans lequel nous remarquons la statue de G. Lazar exécutée par le sculpteur roumain I. Georgescu. G. Lazar, roumain de Transylvanie né à Avrig en 1779 où il mourut en 1823, vînt en Roumanie comme ingénieur et chercha par tous les moyens à créer une école roumaine. Ce n'est qu'en 1818 qu'il réussit à faire ouvrir à St. Sava une école roumaine où il fut nommé professeur et où pendant quatre ans, il consacra son savoir et ses efforts à reveiller parmi les Roumains, l'esprit de nationalité. En 1821 il se réfugia à Avrig où il est mort.
Au milieu du square et faisant face a l'Université sur une place où le roi entouré de son état major et des attachés militaires étrangers reçoit le jour du 10 Mai, le défilé des troupes de la garnison, s'élève la statue équestre du vaillant prince roumain Michel Je Brave, en costume du temps, la tête coiffée du fameUX bonnet à poils — Marchand de ferblanterie.
la caciula— et brandissant sa hache;
la statue en bronze est l'œuvre de Carrière Belleuse.
Derrière ce square on construit l'église russe qui sera une des belles églises de Bucarest et le palais de la société d'assurances „Generala".
A l'autre extrémité du square la statue du poète et patriote roumain I. Heliade-Radulescu, un des trois lieutenants princiers de 1848 et un des prèmiers et principaux littérateurs roumains. La statue est due au sculpteur E. Ferrari.
Le coté gauche des boulevards est occupé par l'Uni-
versité et ses jardins. L'Université date de 1864 et bien que fort simple, est imposante par la juste proportion de l'ensemble.
Le boulevard croise aussitôt, après l'ancienne rue Coltei, devenue aujourd'hui les rue I. C. Bratiano et forme une grande place au milieu de laquelle s'élève la statue de Jean Bratiano. Cette statue est l'œuvre du sculpteur E. Dubois et forme un bel ensemble. Sur le socle on voit deux bas reliefs dont l'un représente Jean Bratiano en 1848 parlent de liberté à la nation, l'autre l'arrivée du
prince Charles I-er en Roumanie en 1866 et Bratiano représentant au peuple, deux figures allégoriques, la jeune Roumanie rompant enfin ses chaines (1877) et la Roumanie du travail décernant des lauriers à J. Bratiano. Cette statue a été inaugurée en 1903, elle a été élevée par souscription nationale.
A partir de la place Bratiano, le boulevard prend le nom de Boulevard Carol. On y remarque à droite le ministère des domaines, de style renaissance, puis on arrive à la place C. Rosetti où s élève la statue du patriote et
Place Rossetti
et le monument de C. A. Rossetti.
publiciste Costake Rosetti, représenté assis sur un fauteuil. La statue par W. C. Hegell est en bronze et a été coulée à l'école des arts et métiers de Bucarest. Le boulevard conserve son nom jusqu'à la place Carol I où se trouve un beau square, pour prendre le nom de Protopopescu Pache qu'il conserve jusqu'à son extrémité. Sur ce boulevard nous rencontrons, sur la place du même nom et en
La statue de I. C. Bratiano
au croisement du boulevard Carol avec la rue I. C. Bratianu.
tourée d'un petit square, le. statue par I. Georgescu de l'ancien maire de la Capn. . Protopopescu-Pache, qui fit percer cet'e ligne de boulevards à partir de la rue ColÇei et contribua puissament à l'embellissement de la capitale. A la place Protopopescu Pache prend naissance le
boulevard Ferdinand, à l'angle formé par les deux boulevards s'élève l'église greque avec un beau portique à colonnes et derrière l'église, se trouve la légation de Grèce.
Sur le côté gauche du boulevard Ferdinand se dresse la tour de feu, d'où l'on signale les incendies et qui est en même temps un réservoir d'eau, d'une capacité de 10.000 m. c. et une installation pour distribuer la pression aux quartiers de ce côté de la ville. L'étage inférieur sert à loger les pompiers, en bas sont les écuries et les remises. Cette tour a été bâtie en 1891 et a 45 mètres de haut, on peut la visiter avec la permission du commandant du corps des pompiers.
En descendant le Boulevard Elisabeth nous passons à gauche devant le palais de TEphorie des hôpitaux où se trouve aussi l'établissement de bains, et arrivons au jardin du Cismegiu1), vaste parc anglais d'une étendue de 14 hectares, avec un beau lac au milieu, jet d'eau, pavillons etc., et où l'on organise souvent des fêtes de bienfaisance. L'angle du Boulevard et de la rue Schitu Mâgureanu est formé par le lycée Lazar.
Vis à vis du Cismegiu est l'impremerie de l'Etat, à côté, on est en train de bâtir le nouveau ministère des travaux publics.
Le boulevard coupe la Dambovitza au pont de la gare centrale où un modeste square indique l'emplacement de la gare centrale projetée, et prend le nom de boulevard de l'indépendance pour aboutir au palais de Cotroceni qui termine la ligne des boulevards. Avant d'arriver au palais on apperçoit à droite la nouvelle faculté de médecine et de l'autre côte du boulevard longeant la chaussée Cotroceni, le beau parc du jardin botanique.
l) Le nom de Cismegiu vient de ce que le Cismegiu sorte de directeur des eaux du temps de Mavrogheni 1876 — avait son habitation à côté de ce jardin qui portait alors le nom de lacul lui Duca.
En suivant les quais nous voyons du côté droit l'école vétérinaire, quai Dr. Davila; la salle de disections, quai général Magheru; le laboratoire de chimie, même quai, sur la droite on apperçoit sur une hauteur l'ancien monastère de Mihai-Vodâ, affecté aujourd'hui aux arhives de l'Etat et restauré a cet effet; sur le quai gauche se trouve le palais administratif d'Ilfov; puis toujours à droite l'hôtellerie et l'asile communal, au coin de la rue Apolodor, sur la place du roi Charles I, l'ancien palais Brancovan, qui appartient au prince Bibescu, mais qui tombe en ruine et que doit remplacer un nouveau et magnifique palais; il y a quelques années le professeur Babes y avait installé son institut bactéréologique.
Maison de Mr. Romulus Porescu
rue Palcologu.
Le palais de justice sombre et sévère, très sobre à l'extérieur, mais très bien amménagé à l'intérieur où l'on observe une excellente distribution de lumière, on y remarque sur la façade principale du quai de la justice, six grandes statues en pierre dont deux au sommet représentent la Force et la Prudence, et quatre placées dans des niches et symbolisant la loi, le droit, la justice et la vérité. La Force et la Prudence sont exécutées par C. Stork fils.
A l'intérieur à droite du grand escalier de droite, se
trouve le buste en marbre de Michel Cornea sur un piédestal de granit décoré d'une couronne et branche de laurier en bronze.
Le palais de justice forme un des angles de la rue Rahovei, l'autre est formé par les jardins et constructions de l'hôpital Brancovan, sur le devant se trouve la belle église Domnitza Balaya.
L'hôpital Brancovan a sa façade principale sur le boulevard Marie, qui commence au pont des halles et va jusqu'aux entrepôts. On vient de percer la partie comprise entre la rue Carol et la rue S-ta Vineri pour prolonger de ce côté le boulevard Marie qui sera continué de la sorte par la rue Calara^ilor.
Sur la rive gauche le boulevard sépare la Halle aux viandes — située à gauche — de la Halle aux poissons située à droite; sur la rive droite et formant la façade opposée à l'hôpital se trouve la nouvelle Halle aux légumes — Derrière cette halle sont les bains populaires.
Nous passons la rue Çerban-Vodâ et rencontrons à gauche l'ancienne caserne des gardes communaux chargés de la surveillance des octrois, depuis la suppression des octrois, cette caserne est devenue un dispensaire provisoire jusqu'à sa transformation en hôpital spécial pour les prostituées; on y a installé également en attendant un laboratoire pour le contrôle du lait. La caserne a coûté 400.000 frs.
Quelques pas plus loin la morgue qui est en même temps l'institut médico-légal.
Derrière la morgue le point de concentration des ordures de la ville qui de là sont dirigées vers leur destination finale. Sur la hauteur de l'ancien monastère Radu- Vodà s'élève actuellement le nouvel internat théologique. Knfin beaucoup plus bas sur la gauche les abattoirs et à l'extrémité de la ville la prison Vacareçti.
En partant de la place St. Georges et en suivant la ligne du tramway qui parcourt la rue I. Bratiano, nous
arrivons à la rue Clementei, puis à la rue Dionisie, d'où nous appercevons sur la droite le jardin d'Icoane. C'est à l'extrémité opposée de ce jardin sur la place Cantacuzino. que se dresse sur un pièdestale en marbre le buste en bronze de Grg. Cantacuzino, ancien ministre des finances.
De la rue Dionisie la ligne débouche sur la place Lahovary où s'élève la statue en bronze d'Alexandre Lahovary un des plus grands orateurs qu'ait eus la Roumanie et homme d'état remarquable. Sa statue est l'œuvre
du sculpteur Dubois. La ligne continue la rue Dorobantilor prend la rue Komanâ, et aboutit à la grande place, large de 117 mètres de diamètre, formée par l'intersection du nouveau boulevard ColÇea et des rues Romana, Primâverei et Cometa. Au milieu de cette place, se dresse la statue en bronze de Lascar Catargi un des grands hommes d'état, patriote ardent et orateur roumain qui fut pour le parti conservateur ce que Jean Bratiano fut pour le parti libéral.
La Morgue.
La ligne nous amène enfin à la place Victoriei où s'entrecroisent les lignes de Çerban-Vodâ, ColÇea et celle qui conduit au charmant buffet de la Chaussée Kisselef. Sur cette place qui est ronde et a 124 mètres de diamètre, on trove à droite le Ministère des Affaires étrangères, qui est l'ancien palais du prince Stourza, avec décoration en marbre de différentes nuances. Le palais fut achevé en 1901 et le prince mourut peu avant d'avoir pu s'y installer.
A partir de la place Victoria, commence la belle pro-
Restaurant Monte-Carlo (Cismegiu).
menade goûté des Bucarestois, dite la Chaussée, et où l'on va chaque jour de 3 — 4 en hiver et de 6—7 en été, faire un tour en luxueux équipages. La chaussée fut créé par le général Kisseleff, qui lors de l'occupation russe en 1832 gouvernait la Roumanie. A l'entrée de la chaussée, à gauche, s'élève le nouveau musée zoologique, de proportions assez belles, mais (le décoration très simple. Un peu plus haut L'ancien hôtel de la monnaie où Ton n'imprime plus que des timbres; à droite se bâtit en ce moment le futur musée
géologique. Au premier rond-point se trouve un bassin avec un jet d'eau.
La chaussée dans sa première partie offre de chaque côté de magnifiques jardins anglais, très bien entretenus.
Au point où elle coupe la route du prince Ghica se trouve le buffet, reproduction fidèle et charmante du pavillon roumain à l'exposition de Paris en 1889.
La seconde partie est bordée de délicieuses villas et de restaurants ou laiteries que remplit le public les di-
Calea Victoriei.
manches et jours de fêtes. A droite au point où la chaussée est coupée par la route de Herestrau se trouve le Vélodrome, possédant une pi^te de 500 mètres de circuit et des amphithéâtres pouvant contenir 3.000 personnes. A gauche se trouve l'institut Materne, dont nous parlerons au chapitre des œuvres de bienfaisance. Un peu plus loin, l'école d'agriculture et au troisième rond-point le champ de courses dont nous parlerons au chapitre des sports. Remontons maintenant le Boulevard Marie, après avoir laissé
derrière nous à droite l'hôpital Brancovan et à gauche les halles aux légumes, nous croisons la rue Bibescu Vodâ, c'est là sur la gauche que se forme la place de la Métropole où se trouve un petit jet d'eau entouré d'un bassin,
Jardin de 1 Episcopie.
d'où part l'allée de la Métropole, remontant par une forte pente la colline au sommet de laquelle se trouve l'église métropolitaine, le palais du métropolitain et la Chambre des députés. Avant de pénétrer sous la voûte qui donne4 arecs à la cour intérieure, on remarque à droite la grande
cloche de la Métropole que Ton fait sonner aux grands jours.
Nous avons déjà dit que l'église, devenue plus tard l'église métropole, fût contruite en 1655 par le prince Constantin Vodâ Çerban.
Le palais du métropolitain n'est à vrai dire qu'une
La statue de Al. Lahovary
Place Al. Lahovary.
simple maison d'habitation, d'extérieur extrêmement modeste. La chancellerie occupe les bâtiments à droite de la voûte d'entrée. Les bâtiments de gauche sont ceux de la chambre des députes.
il est singulier de retrouver sur cette même colline
trois bâtiments aussi considérables dans leur destination que simples dans leur éxterieur; ce sont bien, quoique de construction récente, les traces d'un autre temps et en jetant du haut de cette colline un regard sur la ville que l'on apperçoit à ses pieds, on est frappé du contraste éton-
La statue des pompiers
Doalu Spirei.
nant que forment tous ces monuments et palais avec ces habitations si simples où logent Dieu, le Métropolitain- Primat et la Nation.
II est vrai qu'on est en train de transformer la chambre des députés, on l'agrandit considérablement et on lui donne un aspect plus monumental.
Au bas de la colline de la Métropole, à l'intersection du boulevard Marie et de la rue 1 1 Iunie qui conduit à la gare Filaret, vient d'être élevée l'église S-tu Nicolae d'intr'o zi, de belles proportions et d'ornementation riche dans le syle byzantin.
Le boulevard arrive au carrefour de la place Marie, à la quelle aboutissent la plupart des rues du nouveau quartier Suter, quartier neuf élevé sur remplacement d'anciens marécages, mais qui assaini forme ajourd'hui un joli quartier de petites villas.
Fontaine Luigi Cazzavillan.
Sur la place Marie se dresse une colonne sculptée par C. Stork, le père, et devant rappeler l'endroit où avait été l'autel de l'ancien archevêché — Episcopie — . Cette colonne fut transportée sur le Boulevard Carol, où plus tard on a éleva la statue de Protopopescu-Pache. A l'Episcopie on remplaça la colonne par un vase en marbre sculpté également par Stork.
En haut du boulevard, sur le plateau formé par les collines de Filaret et du dealu Spirei, se trouve à gauche le séminaire central, ensemble de grands pavillons en briques apparentes et pierres de taille, dont nous parlerons plus en détcil au chapitre de l'instruction publique. A droite les entrepôts de marchandises de Giagoga, autrefois à la commune et devenus aujourd'hui la propriété de l'Etat.
Si de cet entrepôt nous suivons la ligne de tramway qui va de ce point à la barrière Dudesti, nous arrivons àjla rue du 13 Septembre où se trouve la caserne Couza
Rue Lipscani.
et derrière l'école des officiers, puis à droite la caserne Alexandrie et l'Arsenal.
Devant l'arsenal se forme une place sur laquelle se dresse un piédestal en pièrre en haut duquel la gloire sonne de sa trompette qu'elle; tient d'une main, tandis que de l'autre elle soutient un soldat, mourant. Ce soldat est un des pompiers qui soutinrent en 1848, avec une partie du 2-e régiment sur ce plateau de Dealu-Spirei, un combat héroïque contre les turcs. Ils n'étaient que 500 hommes
environ, contre 9000 turcs; après une lutte acharnée survenue à la suite d'un malentendu, ils furent obligés de se retirer, mais le souvenir de ce combat singulier où le courage des soldats roumains fut vraiment extraordinaire, a été perpétué par ce monument.
A gauche on aperçoit la bâtisse qui renferme les archives de l'Etat ; la ligne tourne, passe le pont de Mihai Vodà d'où l'on découvre à gauche la caserne centrale des pompiers, remonte le long de la caisse des dépôts, passe devant l'hôtel des postes, l'église Stavropoleos, la banque nationale, arrive à la rue Doamnei devant le Crédit fon-
Rue Doamnei.
cier urbain, passe devant le palais du Crédit foncier rural et l'hôpital Coltsea, prend par le boulevard Domnitsei, passe devant l'école de commerce, aboutit enfin à la rue Dudesti où elle finit après avoir passé devant l'hôpital Caritas.
Les principaux jardins et promenades de Bucarest, qui ont survécu aux transformations de l'édilité, sont tout d'abord: la chaussée Kisselef, dont nous avons déjà yadé plus haut. C'est là que chaque jour, à l'heure élégante, le tout Bucarest mondain va faire un tour en superbes équipages. Les jours de course surtout, le coup d'œil qu'offre
le retour, est du plus magnifique effet. La chaussée s'étend sur une longueur de près de trois kilomètres que parcourent quatre rangées de voitures, tandis que les piétons remplissent les allées. Les jardins latéraux ont été comencés par le prince D. Bibescu et finis par le prince Stirbey qui fit venir à cet effet en 1851 le paysagiste allemand C. Mayer.
Au delà de la chaussée se trouve le petit bois de Bâneasa, jusqu'auquel on pousse souvent la promenade et vers la gauche le lac de Herestreu, aux bords duquel des jardins, avec de petits restaurants, attirent le public en été.
La nouveau parc de Filaret, créé à l'occasion de l'Exposition et qui avec la mag- ^Véiiiiiim ' ■ m nifique grote que dissimule la cas-
La plaine de Filaret du reste a, de tous temps, été un des endroits de distraction favoris des habitants de la ville; on y allait à cheval et en voiture, comme on va aujourd'hui à la chaussée; puis la vogue de Filaret tomba, comme du reste celle de quelques anciens jardins très courrus autrefois et à peu près ignorés aujourd'hui. C'est à peine si l'on se rappelle les jardins De§liu, Pana Brelea, Geafer (Grâdina eu Cai),Vàrarului (Podul Calici) et Hagi [lie.
Actuellement Bucarest a moins de jardins publics, il est vrai, mais ceux-ci en revanche sont beaucoup mieux soignés et plus agréables à fréquenter. A côté du parc de Filaret, il Faut mentionner le jardin de l'institut météoro-
cade, le commencement de jardin zoologique qu'il possède, ses intéressants monuments que lui a légués l'Exposition, tels que les arènes, Je palais des beaux arts, la coula, la tour de Vlad TePe§> etc., en font un des buts de promenade les plus agréables et les plus interesants de la capitale.
Dans un jardin public.
logique, très étendu, mais que l'on ne visite qu'avec permission spéciale, il eu est de même du parc de Cotroceni et du jardin Botanique.
Le jardin botanique, à l'origine, se trouvait derrière la Statue de Michel le Brave et possédait une petite serre qui a été depuis transportée au Cismegiu. Le directeur de ce jardin tut d'abord Mr. le Docteur Branza, puis Mr. M. Vlâdeseu.
Le Cismegiu, placé au centre de la ville, tant par
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Ancien château de Mogoshoaia.
son étendue que par son entretien est certes un des plus beaux qu'il y ait.
En 1830 ce n'était qu'un marécage que Kisselel fit dese cher en 1844. En 1855 on donna la pêche du lac en entreprise. Le prince Stirbey chargea le paysagiste Mayer d'y déssiner un jardin. On y fit quelques travaux en 1862 et en 1869 pour amener l'eau dans le lac et on construisit 4 puits jaillissants, mais, en 1873, faute de fonds on abandonna les puits.
En 1884, le jardin du Cismegiu qui avait passé au Ministère des Domaines, fut rétrocédé à la ville; à cette époque le jardin était éclairé par 60 lampes à pétrole en hiver et 41 en été. La mairie y fit faire divers travaux d'assainissement et embéllissement. En 1895 on l'éclaira au gaz, puis on y introduisit l'électricité.
En hiver lorsque le lac gèle, on y patine. Au milieu du lac se trouve une petite île où l'on a installé un restaurant et un pavillon pour musique militaire.
Nouveau château de Mogoshoaia.
Ce jardin malheureusement, comme le Luxembourg, n'est fréquenté que par les bonnes d'enfants et les petits fonctionnaires.
Le jardin Icoane est formé sur l'emplacement d'un ancien lac qui lut desséché en 1870, le jardin fut fini en 1875. C'est un jardin de forme triangulaire, assez triste et peu fréquenté.
Le jardin de l'Episcopie a été terminé en I872, il occupe une superficie de 4.800 m. [ j et a coulé 250.000 fr.
Autrefois séparé du palais de l'Athénée, en 1888 on l'y incorpora.
Il y avait encore en 1894 un jardin Hereasca qui fut remplacé par l'école Adrian.
En tout Bucarest compte 20 squares.
Pour le service de ses plantations, la mairie possède à Grozâvesti, une pépinière qui lui fournit les arbres dont elle borde les boulevards et certain nombre de rues.
Ce service coûte à la commune 31.000 frs.
par an. Le lac de Herestreu.
Un des aspects les plus curieux de Bucarest pour l'étranger, est celui que produit le marché ambulant et les
petits métiers de la rue.
La plus grande partie de ce commerce est excercée par les olteni, paysans de la province de VOltenie, qui se distinguent par leurs remarquables aptitudes commerciales. Il portent le costume rustique de la campagne, c'est à-dire un pantalon étroit, presque collant, la chemise passant par-dessus, retenue seulement et serrée à la taille par une ceinture, formée d'une bande de couleur, longue et étroite, qu'ils enroulent autour du corps, et une veste en peau de mouton ; ils vont pieds nus ou portent l'opinca nationale et sont coiffés d'une catchioula (bonnet) également
Ressemeleur.
en peau de mouton. Quelques-uns, plus civilisés, portent de forls souliers ou des bottes et des pantalons larges. Nous offrons au lecteur de nombreux types de ce marchand qui paraît infatiguable, marchant depuis 3h du matin
jusqu'à 8h du soir pour défaire sa marchandise et rendant de réels services aux habitants des faubourgs, qu'il va trouver et qui sans lui ne pourraient se procu- / mT rer, qu'avec une grande perte de
'jSBHK A temps et à de grandes distancesjes ÉÊËÊk ^JjjlMB^|y denrées qui défilent devant leurs / portes, quelque temps qu'il fasse.
On peut dire qu'ils vendent de tout, à part la viande — encore faut-il excepter les agneaux dont ils font un trèsgrand commerce— ; tous les légumes et tous les fruits se trouvent dans leurs paniers; ils vendent du poisson, du charbon, des volailles, des œufs, du gibier, tout ce qui peut servir enfin à l'alimentation. Leurs prix sont les mêmes qu'au marché , quelquefois moindres, car ils s'approvisionnent au petit jour et, partis de bonne heure, ne font plus subir à leur marchandise les hausses qui surviennent parlois dans une même journée, aux halles.
En dehors des olteni, il y a toutes sortes de vendeurs qui vont de même à travers les rues, criant leur
marchandise OU leur Spécialité Tsiganes marchands de balais.
et? forment les dix-erses noies de eette musique des rues
Marchand de charbon.
si incompréhensible pour celui à qui elle n'est pas familière.
C'est de la sorte que l'on vend, dans les rues, le pétrole à brûler, les balais, le lait, le fromage, le yaourt, les fleurs, tous les objets de consommation, de petites dimensions et d'un transport plutôt facile.
Parmi ces vendeurs les uns sont roumains, les autres grecs, bulgares serbes, turcs, juifs. Mais, à part les Bulgares, qui s'occupent principalement de la culture maraîchère et défont leurs produits, et les Juifs qui font commerce de la vente des produits industriels ordinaires, la vraie camelotte; les autres étrangers sont en très petit nombre; de temps à autre on rencontre encore des tsiganes, dont les femmes parcourent les rues avec un panier de fleurs qu'elles offrent de tous côtés, qui s'introduisent, sous ce prétexte, dans chaque crépisseuses. maison, mais qu'il faut surveiller
de près, car l'instinct de la race les pousse souvent à commettre des larcins1).
Au printemps les hommes vont promenant des ours, attachés par une chaîne et auxquels ils font exécuter des excercices de dressage, pour obtenir quelques sous en échange. Les ours viennent des Carpathes et sont parfois très beaux.
l) Les femmes tsiganes et surtout les vieilles ont conservé leur spécialité de diseuses de bonne aventure; on les voit sordides et audacieuses, allant de cour en cour, offrant de prédire à chacun ce qui doit lui arriver et prétendant deviner au fond de leur ghioc — coquillage de mer — le sort réservé aux crédules.
Les tsiganes sont également celles qui blanchissent à la chaux les cuisines moyennant 2 fr. par pièce.
Ce sont encore les tsiganes qui rétamment, qui font la serrurerie commune.
L'Orient se retrouve aussi dans les marchands de sucreries, qui vont avec leurs paniers ou leur boîtes garnies de toutes espèces de pâtes et sucres parfumés et colorés, dont les enfants et le peuple se montrent très friands et qui, pour cette raison, se tiennent presque toujours aux abords des écoles ou des fêtes populaires.
Lorsqu'on a mangé tout ce sucre, on a soif et c'est
lait caillé est vendu par les Bulgares, les Roumains, les tsiganes et on l'annonce par un cri strident ; le vitrier est hongrois ou juif et c'est encore le juif et les femmes tsiganes qui font le commerce des vieux habits; ils ont leur marché dans la rue Lazar; les juifs paient ce qu'ils achètent, tandis que les tsiganes les échangent contre des objets de ménage.
alors qu'on s'empresse de boire la fameuse „braga% boisson préparée avec de l'orge, très saine et très rafraîchissante mais que son aspect trouble et sale discrédite beaucoup. La boisson est d'origine bulgare et ce sont les Bulgares qui la fabriquent et la vendent ; en été les Albanais débitent pour un sou ou deux des portions de glace à la vanille, au chocolat, à la framboise etc. qu'ils fabriquent eux-mêmes.
Marchand d'ustensiles en bois.
Le marchand ambulant de fer blanc est presque toujours slovaque; on l'entend de loin grâce à son cri distinctif; le