‹ Bucoliques (volume 2)Chapitre 10 sur 40 · LA PLUS VIEILLE · texte numérisé non relu

LA PLUS VIEILLE

JUES LAVEUSES

Ce sont de vieilles femmes qui ne bavardent guère et que n'excite plus le passant de la route. Elles lavent du matin au soir, en désespérées, car elles vont bientôt mourir, et il est trop tard pour changer de vie.

Si encore il ne fafsait pas si chaud !

L'une d'elles, sans que les autres rient, a poussé sa boîte à laver, garnie de paille, jusque dans Feau. Ses jupes trempent ; et elle tape dur, tandis que la rivière lui caresse fraîchement les genoux. C'est Honorine, c'est la plus vieille de toutes. On ne la voit par les

rues que sous sa hotte pleine de linge, comme si elle déménageait toujours.

— Vous êtes bien, là, lui dit mon amie.

La vieille laveuse relève un front de terre cuite, et dit qu'à la fin on s'y habitue, et que, malgré Teau douce, le soleil brûle aujourd'hui comme le diable.

— J'en sais quelque chose, dit mon amie toute fière. Regardez mes mains. Elles sont noires. Dès que j'arrive à la campagne, le soleil fait de moi une négresse.

La vieille laveuse s'arrête débattre le linge et fixe sur mon amie ses petits yeux décolorés. Une idée la tracasse. Elle réfléchit avant de parler, puis elle dit avec respect, d'une voix qui monte de la rivière :

— Madame, est-ce que le soleil passe à Paris?

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