LA CASCADE
Les étrangers se lèvent tous trois de bonne heure et quittent l'auberge, ficelés et raides sous le harnais. D'un pas de conquérant, ils marchent droit à la cascade.
On l'a « reconnue » hier soir. On va la mettre dans l'album, à côté du Pont des fées, du Tilleul géant, de la Roche aux corheauœ et de la Pierre de Charlemaçne.
Oui, c'est irrévocablement le tour de la Cascade.
Le père s'arrête et fait un signe.
Le fils, qui portait le pliant, l'installe d'aplomb. Et il ouvre l'ombrelle blanche qu'il tiendra, toute la séance, sur la tête de sa sœur.
Et la jeune fille est déjà prête. Elle attend les ordres de son père.
Debout, Tœil clair, il étudie rapidement le site pittoresque. Puis, du doigt, d'un geste vif, il touche çà et là le feuillet d'album, dirige et parle bref:
— Ici, un rocher. A gauche, une racine pend. .L'écume plus à droite, un peu de ciel au coin.
Ainsi iltransmet, en détail, le paysage à sa fille.
Elle se dépêche. Elle veut suivre, et, les genoux serrés, courbée, invisible sous l'ombrelle de son frère qui ne remue pas, elle reprend de la couleur, avec frénésie, comme on pique une plume dans un encrier sec, elle peint, elle peint, sans regarder.