‹ Bustes & masquesChapitre 11 sur 84 · ALBERT A I C A R D · texte numérisé non relu

ALBERT A I C A R D

suprême élégance. Mais, il ne faut pas s’y tromper, il y a beaucoup d’apprèt dans cette manière; rien n’est livré au hasard; tout est étudié, noté et prémédité avec soin dans le silence du cabinet. De là un labeur dur, fatigant, dont Ma Aicard ressent aujourd’hui les effets. C’est surtout l’homme du détail; il étudie la moindre affaire avec la passion d’un entomologiste et ne veut arriver à la barre que solidement armé et maître absolu de sa plaidoirie. Nous lui adresserons précisément le reproche de s’emprisonner avec trop de rigueur dans son dossier, de ne pas assez regarder au-delà et de ne pas avoir enfin, de temps en temps, ces soubresauts, ces emportements, ces coups d’aile, sans lesquels l’éloquence du barreau est un peu un vain mot. Les plaidoyers de Me Aicard rappellent trop les jardins dessinés par Le Nôtre, où les charmilles, les ifs et les buis étaient alignés, taillés avec une régularité parfaite. Point de folles frondaisons, en eflet; tout est net, bien peigné, bien ordonné, mais, convenons-en, fort monotone à la longue. Ces réserves faites, Me Aicard n’en demeure pas moins un des maîtres du barreau marseillais, un de nos premiers avocats d’affaires et qui doit sa légitime et brillante réputation autant à son talent de parole qu’à l’habileté avec laquelle il a su presque toujours tourner le dos à la politique.

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