PEYTRAL
n journal de Paris, en parlant de lui, l’a appelé un j« Homais de Province. » Il n’est pas permis de se tromper plus grossièrement. Peytral est pharmacien, il est vrai, mais rien dans le caractère ni dans la physionomie ne le rapproche du personnage si ridiculement amusant que le regretté Flaubert a buriné dans Mme ‘Bovary. A voir ce visage jeune, aminci, régulier, agrémenté d’une fine moustache et ponctué d’une barbiche, on dirait plutôt un ténor léger qui s’apprête à chanter les Mousquetaires de la ‘Rjsine. Il y a du mousquetaire, en effet, dans le masque et l’allure du pharmacien marseillais. Il n’est pas
jusqu’à son caractère dans lequel on ne trouve un vif sentiment d’indépendance, je ne sais quoi de délibéré, de résolu et peut-être même de hautain. D’aucuns lui font précisément le reproche de ne point commander la sympathie. Mais il y a tant de sots qui sont sympathiques que l’on ne peut parfois se défendre d’une certaine indifférence à l’égard de cette vertu, beaucoup trop prônée. Peytral, en entrant dans la politique, a apporté des qualités d’intelligence, de sagacité, de vivacité d’esprit que l’on ne saurait nier. Promptement familier avec les questions économiques les plus importantes, il n’a pas eu de peine à prouver qu’il n'était déplacé ni au Conseil municipal, ni dans notre assemblée départementale ni même à la Chambre. Peytial est, en somme, une des recrues les plus précieuses qu’ait faites notre jeune démocratie locale. Et ce serait à désespérer de cette dernière, si elle ne consentait à couronner de fleurs que de plats coureurs de popularité ou de sympathiques médiocrités. Ce qui nous séduit surtout chez Peytral, c’est que tout en croyant aux immortels principes et en ayant fait son Dieu du Dieu de Francklin et de Voltaire, tout comme Monsieur Homais, il nourrit une sainte horreur pour la phraséologie bête et sentencieuse de la plupart des pharmaciens démocrates. Peytral est le pharmacien nouvelle manière , froid, concis, bref, fuyant les lieux communs et ne visant qu’à être un homme pratique. Nous l’en félicitons, car le Prudhomme politique, à quelque camp qu’il appartienne, nous a toujours inspiré une profonde aversion.