DE PL E U C
façon maligne de regarder l’adversaire. C’est à la correctionnelle surtout que Me de Pleuc est roi. Il est là à son aise, dans son élément, plein d’assurance, se riant de toutes les difficultés, se jouant de tous les obstacles et sachant tenir jusqu’au bout le tribunal en éveil. Nul, il est vrai, n’a, indépendamment de la facilité de parole, un esprit plus endiablé, plus sarcastique et parfois même plus cruel que Me de Pleuc. Il est homme, au besoin, à détacher un coup de griffe au client pour mieux le sauver. Dans ses bons jours, le régal est grand d’entendre le mordant avocat. C’est alors un feu roulant d’épigrammes, de bons mots, de remarques malicieuses, qui vont jusqu’à faire perdre aux juges leur gravité et mettre en gaieté non seulement le public, les gendarmes, mais encore tout le banc des accusés.
Ajoutons que Me de Pleuc ne compte que des sympathies dans le barreau de Marseille. D’un commerce très agréable, d’une affabilité qui ne se dément jamais, aimant à rendre de bons offices, on ne saurait s’étonner qu’il ait acquis l’estime générale. Me de Pleuc, bien que très dévoué aux idées libérales, est encore un avocat qui a voulu se renfermer étroitement dans sa tâche professionnelle. Son intelligence, son esprit et son savoir auraient pu lui créer une place brillante dans la politique. Mais il a préféré rester avocat, et, à vrai dire, nous n’avons pas le courage de l’en blâmer.