‹ Bustes & masquesChapitre 58 sur 84 · JEANNE DEBAY · texte numérisé non relu

JEANNE DEBAY

Des nonchalances lascives; une coquetterie langoureuse dans la pose, la taille souple, fuyante; un art exquis de s’habiller, fait de grâce et de séduction ; un spirituel et piquant manège de comédienne ; des sourires et des gestes chiffonnés, chatouillants. Et parfois un petit air de gravité, des soupçons de moue adorables. La Comédie n’a pas à Marseille d’interprète plus élégante, d’un goût plus sûr, d’une intelligence plus vive et plus affinée. Sa voix, il est vrai, a des bruits de rauque épinette, mais à la longue cette musique cesse d’être choquante et l’on ne veut plus avoir souci que du jeu ingénieux et brillant de la sensuelle et provocante coquette.

ÉMILE ADVINENT

|e teint pâle, des yeux de myope et un sourire (légèrement moqueur, tel est, en deux coups de crayon, le portrait du rédacteur politique du Petit Marseillais. Emile Advinent, qui a signé pendant longtemps Maxime Aubray, a fait ses premières armes dans Y Echo de Marseille, un journal littéraire créé vers la fin de l’Empire et qui avait acquis une réelle et légitime importance (nous y recevions cinquante francs par mois comme rédacteurenchef, un chiffre presque scandaleux pour l’époque.) Dès ses débuts, Advinent se révéla comme un écrivain nerveux, à l’emporte-pièce et d’une très grande originalité. Aussi le Petit Marseillais, à peine fondé, fit-il appel à sa collaboration. Et ce n’était pas une tâche insignifiante, une mince besogne qu’Emile Advinent s’était engagé à remplir. Il s’agissait d’écrire un article tous les jours, de donner chaque matin aux lecteurs un article

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