‹ Bustes & masquesChapitre 72 sur 84 · TAM1SIER · texte numérisé non relu

TAM1SIER

ivec sa haute taille, ses moustaches grises et sa [^jîï2redingote toujours boutonnée militairement, on dirait un ancien officier de cavalerie. Si la physionomie est un peu sévère, froide, elle n’a pourtant rien de rude ; le sourire est même agréable, bien que parfois légèrement dédaigneux. Pendant longues années membre de l’Université, M. Tamisier publiait, entre temps, des travaux de critique qui ne tardèrent pas à le ranger parmi les principaux écrivains de notre ville. Ses études notamment sur Ampère et Dumarsais sont marquées par un

jugement sûr et piquant. Nous nous rappelons également un petit livre intitulé : Chronique du Comtal , qui est un récit plein d’intérêt et de sincérité. La Provence a toujours eu pourM. Tamisier un indicible attrait, et il s’est plu à en étudier cou amore certaines figures littéraires ou artistiques. Un jour, le critique a dépouillé sa gravité, a revêtu, en quelque sorte, la tenue d’été, et s’est mis à écrire cette' joyeuse et curieuse histoire du Bastidon des doa%e, où il a fait revivre, sous des couleurs si vraies, tout un cénacle de gourmands, d’originaux, de poètes et d’artistes d'il y a trente ans. C’est un livre qui a désormais sa place dans la bibliothèque de tout bon Provençal et qu’on relit avec plaisir, les jours de soleil, aux heures où le ciel est en liesse. M. Tamisier écrit peu. Mais ce n’est pas un reproche que nous lui adressons. Car, seuls, les paresseux de lettres s’inquiètent encore d’être fins et délicats.

JULES-CHARLES ROUX

”n dandy qui se serait évadé d’une lithographie >de Gavami pour entrer dans les savons, telle a été la première impression que nous a produite M. Jules- Charles Roux. Une tête fine, élégamment modelée, un peu fière ; une froide correction dans la tenue, dans le langage, c’est bien là le jeune gentleman dont le Cercle Artistique a fait son président. Mais le dandy chez le savonnier de la rue Sainte est doublé d’un homme de goût, d’un amoureux de choses d’art et qui semble vouloir continuer la tradition des amateurs célèbres du siècle dernier. Car peu de surprises plus charmantes que celle que vous fait éprouver une visite chez l’honorable fabricant de sa-

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vons. Vous traversez une grande salle enfumée, pleine de réservoirs, de cuves, d’ouvriers en costume de travail, et vous arrivez presque aussitôt, par un méchant escalier de bois, dans un cabinet richement décoré d’objets d’art, d’estampes, de dessins, de tableaux, de bronzes, de marbres, etc. C’est le sanctuaire du fabricant, sanctuaire installé en pleine usine et qui est, à lui seul, un détail de moeurs des plus piquants. Le nombre, en effet, des négociants marseillais qui ont une foi assez vive dans l’art pour lui dresser ainsi un vrai temple sur le champ de bataille même de leur industrie, est assez restreint. M. Jules- Charles Roux, lui, dont l’activité est prodigieuse, sait allier, presque en se jouant, le souci et l’entente du commerçant aux préoccupations de l’artiste, à la fièvre du connaisseur et au mandat de président d’une importante association. Parmi les membres du Cercle de la rue Montgrand, il en est quelques-uns, nous le savons, qui s’accommodent malaisément de la physionomie un peu hautaine, de la parole un peu brève et autoritaire de M. Jules-Charles Roux. Mais ces mêmes esprits chagrins reconnaissent bien vite que la Société des Amis des Arts ne saurait avoir à sa tête un homme plus ardent, plus dévoué, plus résolu, moins avare de son temps et d’une intelligence plus ferme et plus nette. Nous avons lu des rapports de M. Jules-Charles Roux qui sont des modèles de concision et d’élégance. Le Cercle Artistique, en somme, possède dans le jeune savonnier de la rue Sainte un président qu’il serait peut-être difficile de remplacer.

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