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Ajoutons queM. Jules-Charles Roux s’est fait plus d’une fois le Médicis de nos peintres et de nos littérateurs marseillais ; c’est à lui que l’on doit notamment la publication de certaines œuvres intéressantes sur des questions d’art se rattachant à la localité. Oui, au siècle dernier, M. Roux eût été certainement parmi les financiers, les fermiersgénéraux qui protégeaient les arts et les lettres et qui recevaient chaque jour, à leur table, Grétry, Greuze, Watteau, etc., A l’heure actuelle, le président du Cercle Artistique n’est qu’un fabricant de savons, mais l’on devine quelle formidable poussée recevraient les arts à Marseille, si tous les savonniers avaient les qualités de celui que nous venons de pourlraicturer !
ÉMILE BARLATIER
^l’heure du chocolat, un matin, nous entrâmes au t^^Jcafé Bodoul. Assis à une table, au mileu de plusieurs négociants , armateurs et industriels , se faisait remarquer un homme très jeune encore — malgré les deux pointes grisonnantes de sa barbe — à la carrure solide, à la physionomie aimable et délibérée à la fois, au regard plein de vivacité, qui causait d’abondance et avec une certaine animation. Nous nous approchâmes de lui II parlait' fort pertinemment de canaux, de machines , de
EMILE BARLATIER
fret, de tonnage, de constructions maritimes, déports, de Newcastle, de Douvres, de Glascow, de Liverpool, etc.
— C’est sans doute un ingénieur retour de Londres, demandâmes-nous au garçon.
— Mais point du tout. C’est M. Emile Barlaticr, directeur du Sémaphore.
Notre méprise était pardonnable, car il n’est pas, dans toute la presse locale, un journaliste qui possède si bien les matières économiques, qui soit plus au courant des questions industrielles, commerciales et maritimes et qui puisse enfin disserter sur ces divers sujets avec plus d’autorité et de compétence. Il est même permis d’ajouter qu’il fait parfois l’admiration des ingénieurs de profession et qu’il pourrait , lui aussi, après le savant anglais Babbage, écrire un traité de l’économie des machines et des manufactures, tant toute cette science lui est également familière. Anglais, Emile Barlatier l’est au delà de toute expression, sans jamais pourtant avoir traversé le détroit. Toujours plongé dans la lecture du Times, du Daily Dieiv, du Sbipping Galette, des périodiques, des magazines, rien de ce qui se publie dans la Grande Bretagne ne lui est étranger, et c’est avec une véritable passion qu’il suit et étudie les manifestations de ce pays, au triple point de vue du commerce, de la marine et de l’industrie. Aussi tout ce savoir, si ardemment et si intelligemment acquis, a-t-il fait du jeune directeur du Sémaphore un de nos principaux économistes de la presse de province. Nous n’avons pas oublié avec quelle sûreté de jugement et même avec
EMILE BARLATIER
quelle hauteur de vues, il a traité maintes fois certaines questions auxquelles se rattachent les intérêts et l’avenir de Marseille. Mais l’économiste chez M. Emile Barlatier cache aussi un écrivain de beaucoup d’humour et d’esprit. Tels articles même d’affaires, relatifs à de simples questions courantes, pétillent de malice et sont le plus souvent de fines et verveuses critiques. On peut dire enfin de lui que c’est le journaliste dans l’acception la plus vraie et la plus pratique du terme. Et l’on n’ignore pas que bien des écrivains collaborent depuis longtemps à des journaux, sans jamais, pour cela, avoir réussi à devenir journalistes.