BROCHIER
restait cantonné à l’Hôtel-de -Ville, n’ayant guère la consolation que d’y ramasser un jour l’écharpe d’adjoint. Nous connaissons pourtant peu de politiques aussi avisés, aussi rusés que Brochier. Malheureusement il faut chercher le motif de l’ostracisme, dont s’obstinaient à le frapper les électeurs, dans cette sotte injure qu’il a dû entendre bourdonner à son oreille : « C’est un jésuite ! » Une certaine école de républicains ne veut, en effet, juger les gens que d’après leur visage, laissant injustement de côté toutes les marques de sincérité et de dévouement. Nous pourrions citer un autre républicain marseillais (i), fort instruit, fort intelligent, que son masque de cafard a rejeté constamment dans l’ombre et dans l’impuissance. Mais Brochier ne s’est point découragé et le voilà aujourd’hui maire de Marseille, un poste plein de périls, de traquenards, où l’on s'use vite et où les hommes les plus spirituels, les plus fins, courent le risque de se faire une réputation d'imbéciles en vingt-quatre heures. C’est pourquoi, quelque grand que soit l’honneur attaché à la première magistrature de la cité, Brochier aurait préféré un siège de député. Voilà la récompense qu’il attendait et que ses longs services dans la démocratie semblaient devoir lui mériter. Mais il a fallu y renoncer et laisser la place à d’autres. Nous comprenons que Brochier ait le cœur plein d’amertume, car s’il est Maire de Marseille aujourd'hui, il est permis de se demander s’il le sera encore demain ?
(i) Nous voulons jarler de Gilly la Palud, mort il y a quelques mois.