Les butées ostéoplastiques
L'idée d’un butoir osseux, créé artificiellement est déjà vieille. Koenig semble avoir été le premier à la réaliser. Sans chercher à réduire, il taillait de bas en haut un lambeau ostéopériostique en plein os iliaque et le relevait pour former butoir à la tête fémorale, mais 6 ou 7 essais ne l’encouragèrent pas à persister dans cette voie. Ferguson en 1904 arrive presque d'emblée à une technique très satisfaisante ; il taille
un volet de haut en bas, le retourne et le fixe à la cap-
sule fémorale. 11 avait préalablement réduit la luxation. En 1909 Jackson Clarke désinsère partiellement le sourcil cotyloïdien pour l’abaisser en dehors, il tente de le maintenir dans cette position par une capsulorraphie à la soie. F. Albee et Ellis Jones, font un peu plus tard des butées dont l’abaissement est maintenu par le tassement de plusieurs greffons pris au tibia, puis Fairbank en 1923 publie une série de 11 beaux résultats obtenus pour des luxations récidivées ou incoercibles par des butées ostéoplastiques créées 15 Jours après une réduction manuelle.
Spitzy, à Vienne, réalise à la même époque des butées par l'implantation seule des greffons dutibia. En France, Delagénière en 1916 publie la guérison d'une subluxation récidivante par greffe ostéopériostique restaurant le sourcil cotyloïdien : « J'ai ruginé avec soin la surface de l’os iliaque et la base du sourcil en détachant le périoste, en faisant une sorte de pont sous lequel j'ai introduit une longue greffe (12 cm) ostéopériostique prise au tibia, la face secrétante de la greffe était placée contre l’os ruginé » .Déjà, c'est presque l'opération de Nové-Josserand.
Mauclaire en 1922, Dujarier et Hallopeau en 1923 publient des résultats satisfaisants obtenus par des butées. Hallopeau avait eu l'originalité d'utiliser comme matériel une pièce d’os mort préparée à
l'avance et se moulant exactement sur la tête fémo-
rale. Il introduisit ce transplant entre l'aile iliaque et le périoste et voit, malgré la résorption partielle de sa greffe, le développement progressif d’une butée osseuse.
Lance en 1925 à le grand mérite de montrer la place d'honneur qui revient à la méthode des butées ostéoplastiques dans le traitement de la luxation invétérée. Il précise la technique opératoire et montre la possibilité d’abaisser considérablement la tête en plaçant le fémur en abduction forcée aussi compiète que possible.
Il publie bientôt une importante statistique d’admirables résultats.
La luxation invétérée ne paraît plus une infirmité invincible et de partout affluent des publications qui, à l’aide de statistiques, discutent des résultats et des indications opératoires.
Peut-être qu'à cette époque, la faveur croissante des butées a-t-elle poussé de nombreux orthopédistes à en exagérer les indications. Confiant dans les succès de la méthode on eut tendance à oublier parfois ce que pouvait donner le traitement orthopédique classique. Cependant, bien vite les difficultés de la méthode apparaissent pour les luxations hautes et postérieures. On propose alors d’associer à la butée une résection de lépiphyse fémorale.
Ce sont les butées-résections proposées par le Pro-
fesseur Ombredanne en 1927. Cette intervention qui a pour but de ramener le centre des mouvements de la hanche plus près de l’axe du cotyle et de corriger l'attitude vicieuse en flexion, procède en un premier temps intra-articulaire à l’amputation du col et de la tête.fémorale (parfois la tête cartilagineuse réséquée est repiquée contre le trochanter ou contre le reste du col) dans un deuxième temps extra-articulaire : butée.
Cette intervention complexe qui n’est pas sans danser (shock opératoire, hématome profond dû au suintement de tranches osseuses) n’a pas régulièrement donné les résultats espérés.
Lamy propose, pour lutter contre l’atonie du petit et du moyen fessier, élément essentiel du déséquilibre musculaire des luxations hautes, la section suivie de réimplantation basse du grand trochanter. Opération qui avait été proposée par Veau et Lamy pour le traitement de la coxa vara.
Associée à la butée, cetteintervention semble donner
des avantages non négligeables.
11. Les ostéotomies Mais bientôt, pour ces luxations invétérées, diffi-
ciles, de nombreux orthopédistes remettent à l’hon-
neur la méthode des ostéotomies correctrices.
En 1894, Kirmisson avait proposé, comme traitement palliatif de la luxation haute postérieure une ostéotomie oblique, qu'il faisait au lieu d'élection, 4 cm. au dessous du sommet du grand trochanter. Il corrige ainsi la lordose douloureuse et l’adduction des cuisses. Cette ostéotomie sous trochantérienne au ciseau est une intervention simple, facile, et sûre lorsqu'on emploie une table orthopédique qui rend bien inutile la création d’un tenon à la manière de Mommsen. Essentiellement correctrice, il n’est pas douteux qu'elle gardera ses indications comme méthode palliative. Elle est parfois associée à une butée sus cotyloïdienne.
Mais on a demandé aux ostéotomies d'être curatrices, de créer à elles seules un appui suffisant et de restaurer un équilibre musculaire actif. Les techniques employées furent multiples.
Froelich réalise la première ostéotomie d'appui en pratiquant la section osseuse au niveau du cotyle et en dirigeant l’angulation des deux fragments vers le bassin. Lorenz presque simultanément propose, ce qu’on a appelé la bifurcation, c'est-à-dire une ostéotomie basse en Y, l'extrémité supérieure du fragment diaphysaire cherchant à se placer dans le cotyle.
Schanz, par une section basse, cherche un point d'appui ischiatique. Scherb et Francillon font l'ostéo-
tomie sur la partie haute de la diaphyse.
On ne peut pas dire que ces méthodes procurent sûrement un appui réel.
Ugo Camera pour qui l’ostéotomie d'appui est l’intervention préférable dans le traitement de la luxation invétérée, cherche à créer un soutien large et efficace au bassin en le faisant reposer sur le fragment supérieur couché sous lui par un mouvement d’adduction complète . P. M. Lance qui, dans sa thèse, fait une remarquable critique des différentes techniques d’ostéotomies, reconnaît que seule la manière d’Ugo Camera donne un appui efficace et une rééquilibration musculaire satisfaisante (tension du petit et moyen fessier). Il améliore encore la technique en utilisant pour éviter le glissement du fragment inférieur la section osseuse en tenon de Mommsen.
La multiplicité des types d’ostéotomies dit bien l'intérêt suscité par cette méthode, mais aussi son inconstance. Ses défauts sont sérieux : outre ses résultats parfois inégaux, longueur du temps d’immobilisation et raccourcissement considérable, genant surtout pour les luxations unilatérales. Certes Ugo Camera pratique une ostéotomie de raccourcissement du côté sain, mais cette intervention supplémentaire peut être, en pratique, difficile a faire admettre aux malades et une ostéotomie reste quand même une fracture qui n'est pas toujours sans inconvénient P.M. Lance déclare lui-même que c’est «une méthode de traitement
à appliquer en dernier ressort ».