‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 100 sur 322 · Le Corsaire, I · texte numérisé non relu

Le Corsaire, I

3. « On a prétendu que lord Byron avait voulu dessiner dans son Corsaire quelques traits de Napoléon. » (Note du traducteur.) Byron, Œuvres complètes, trad. Chastopalli, Paris, 1820, t. I, p. 81. — Voir plus haut, ch. m, une déclaration analogue de Malte-Brun dans le Spectateur littéraire.

Cet athlète hardi qui veut ouvrir un chêne,

Milon, n'a pas prévu que son tronc caverneux

Pour se venger de lui peut rapprocher ses nœuds,

Et l'arbre qui se venge en le serrant l'enchaîne.

Le lutteur jette au ciel un regard éperdu.

Le voyez-vous d'ici d épouvante tordu,

Crier sous les lions qui mordent ses entrailles,

Et morceau par morceau s'arrachent leur vainqueur ?

Mais que dut éprouver le géant des batailles,

Bonaparte captif, rongeant son propre cœur * ?...

Gérard de Nerval, dans la Mort de V Exilé, développe la même comparaison. Il traduit YOde à l'Etoile de la Légion dhonneur. Ses Elégies nationales, qui forment comme une minuscule épopée napoléonienne en cinq criants, sont un tissu de souvenirs byroniens. Il est vrai qu'il les écrivait à dixhuit ans, tout plein de la lecture du maître qui lui avait révélé sa vocation :

Ces tableaux, ces splendeurs, ces souvenirs sublimes,

J'ai vu des jours fatals en rouler les débris,

Dans leur course sanglante entraîner des victimes,

Et des flots étrangers inonder mon pays.

Je suis resté muet; car la voix d un génie

Ne m'avait pas encore inspiré des concerts ;

Mon âme de la lyre ignorait l'harmonie,

Et ses plaisirs si doux, et ses chagrins amers 2.

Lui aussi, en écoutant Byron, il avait senti jaillir en lui « la source des pleurs 3 ».

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