Va, mon livret, sans craindre les revers
Monte à ce Pinde autrefois si célèbre : Certains réduits seront toujours ouverts A ton malheur, et Vhomme aux rubans verts D'avance a fait ton oraison funèbre.
Au sort aveugle, hélas î tout est soumis : Qu'un seul espoir du moins me soit permis Pour ce rameau d'une bien faible tige.
O Dieu d'amour 1 je fus de tes amis ; J'ose l'offrir à Vénus Callipyge
(Constant et Discrète : Epigramme sur le présent livre, p. 106.)
4, Né à Genève, le 31 janvier 1807, mort à Paris le 27 octobre 1828. Voir la notice de D.-E. Gide, en tête des Poésies de J.-I. Galloix, Paris et Genève, 1834; une lettre de Sainte-Beuve à Victor Hugo, sans date, relative à la dernière maladie du pauvre poète (P. et V. Glachant, Papiers d autrefois, Paris, 1899, p. 22) ; et dans V Europe littéraire, 1833, t. IV, pp. 265 et suiv , un article de Victor Hugo : Ymbert Galloix, reproduit sans changement notable dans Littérature et Philosophie mêlées, éd. ne
coup. À vingt ans, ce petit Genevois, quittant sa ville natale, comme avait fait un siècle auparavant son grand compatriote, venait chercher la gloire à Paris. Il y mourut au bout d'un an, sans avoir pu réaliser son rêve. Son rêve, c'était d'être grand seigneur, riche et poète ; c'était d'être un autre lord Byron. Sur ce type, il avait modelé sa figure idéale : il lui fallait, nous dit son biographe, « cette vie de lord Byron, libre, dédaigneuse, aventurière et planant sur le monde comme l'oiseau dans l'espace1 ». Une longue lettre écrite à un compatriote quelques mois avant sa mort, et qui est un document curieux sur un beau cas d'intoxication littéraire, nous le montre obsédé par l'admiration et l'envie du poète anglais . « Quel colosse qu'un Byron I » s'écrie-t-il 2 ; et plus loin : « J'ai changé votre Gérando pour un Byron en un volume. J'en ai lu un petit poème, le Rêve, qui m'a fait une impression foudroyante 3. » Ses admirations littéraires se rapportent toutes à Byron et n'existent pour ainsi dire qu'en fonction de celle-là. « On m'a écrit que vous étiez lié avec Lamartine. (L'ami était alors à Florence.) Décrivez-le-moi, de la cravate à la pantoufle. Est-ce bien ce que j'ai rêvé, un lord Byron français -* ?... » Il est introduit dans le cénacle, et, les dimanches, fréquente à l'Arsenal ; il y rencontre Pierre Lebrun qui
varietur, in-8o, pp. 345-379. V. Hugo transcrit une longue et navrante lettre de Galloix, qu'il appelle lui-même « l'autopsie d'une âme ». Cette lettre paraît avoir été écrite en plusieurs fois, ou être composée de la réunion de plusieurs lettres envoyées entre décembre 1827 et mars 1828. L'ami auquel Galloix s'adresse est son compatriote Charles Didier, auteur de la Harpe helvétique (Genève-Paris, 1826) et de Mélodies helvétiques (Genève-Paris, 1828), parues en décembre 1827. Dans ce dernier recueil, une pièce intitulée l'Orage, où Byron est mis en scène, est dédiée à M. J.-I. Galloix (voir ci-dessus). Les noms propres, qui abondent dans la lettre de Galloix, ont été réduits à des initiales, en général transparentes ; les 4 lettres de celui de Hugo sont remplacées par 4 astérisques.