‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 111 sur 322 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

va publier son Voyage en Grèce : « Je lui en ai entendu lire un fragment, c'est ravissant, c'est poétique comme Byron1... » Il a déjà un point de ressemblance avec son modèle, c'est le malheur. « Ennui d'une âme flétrie à vingt ans, doutes arides, vagues regrets d'un bonheur entrevu plus vaguement encore, comme ces gloires du couchant sur la cime de nos montagnes, douleurs positives, douleurs idéales, persuasion du malheur enracinée dans l'âme, certitude que la fortune, quoique un grand bien, ne nous rendrait pas parfaitement heureux : voilà ce qui tourmente ma pauvre âme. Oh ! mon unique ami, qu'ils sont malheureux ceux qui sont nés malheureux 2 ! » Mais Byron avait tout ce qu'il envie : « l'élégance, la somptuosité, les titres ». « Oh î qu'il fait bon être malheureux avec trente mille francs de rente ! Non, non; excusez cette phrase. Vous savez combien je sais dépouiller le malheur de son entourage positif et le contempler dans son affreuse nudité, qui est la même pour toutes les conditions, quand on a dans l'âme quelque chose qui bat plus fortement pour nous que pour la foule 3. » « Je me représente, dit-il encore, ce que je suis d'organisation et d'âme, mais né lord anglais et riche. Tous mes goûts, toutes mes vanités, tout serait satisfait. Lorsque je compare ce sort au mien, je deviens presque fou 4. » Il ne se console qu'en étudiant l'anglais. Son idée fixe est d'aller en Angleterre, et, au bout de quelques années, d'écrire en anglais ; malgré ses découragements et ses souffrances, misérable, phtisique, épuisé, il travaille à l'anglais la moitié du jour. Le jour de sa mort, il avait encore une grammaire sur son lit. Entre temps, il écrit des vers. 11 paraît avoir eu une âme tendre et plutôt naïve, le souffle un peu court ; il a de la grâce quand il évoque ses humbles souvenirs d'enfance ou les vallons de son pays natal ; mais il ne peut se tenir d'y placer un Manfred

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