Le Clocher de Saint-Marc, p
morts, frappé par un cosaque d'un coup de sabre qui lui fend la tête. Sauve à grand'peine, il échappe par miracle à une attaque de choléra. Sur ces entrefaites, Varsovie est prise ; la déroute de l'armée polonaise entraîne Lefèvre sur le territoire autrichien. On l'y garde prisonnier pendant plus d'un an. Il est atteint du typhus, paye vingt-cinq mille francs sa liberté, et revient en. France à la fin de 1832, bien guéri de sa sympathie pour les Polonais i. En 1833, il publie un recueil d'élégies : les Confidences. On y sent encore l'influence de Byron, mais un accent plus personnel. C'est sa propre aventure que le poète raconte, la naissance et la mort d'un amour de dix ans. L'ouvrage fut froidement accueilli. Le romantisme avait marché depuis 1823. Lefèvre, empêtré dans son grand Arers à la Soumet, à demi classique, faisait déjà l'effet d'un attardé. La forme chez lui était pénible, disparate, confuse ; Sainte-Beuve le compara à Lycophron, plaignit « ses efforts ingrats », et lui fit sentir, avec beaucoup de ménagements d'ailleurs, qu'il n'était qu'un poète estimable2. Lefèvre ne prit pas sa revanche de cet échec. Quinze ou seize volumes postérieurs, romans, poésies, études littéraires, la direction de V Artiste, des relations suivies avec les écrivains les plus illustres de son temps, des fêtes somptueuses données dans son hôtel de l'avenue d'Antin, ne l'empêchèrent pas « de disparaître de son vivant comme s'il était mort3 » . On ne se le rappela que quand il mourut en effet, pour n'y plus penser aussitôt après. Vers la fin de sa vie, il était devenu de moins en moins sensible aux prestiges de la poésie byronienne. Il ne reprochait plus, comme dans sa jeunesse, à Daniel de Foë de n'avoir pas « fait de son naufragé un Man-