Arsène Houssaye, Confessions, Paris, 1885, t. I, p
grands cheveux noirs, des yeux longs et mélancoliques, un teint pâle, un front assez vaste et une petite moustache qui ne demande qu'à devenir grande : » voilà « un physique complet de jeune premier byronien { ». C'est encore mieux si l'on peut y joindre une petite main blanche, aux doigts ronds et effilés : on sait quel prix le noble lord attachait à cette preuve d'aristocratie 2. Un frac noir doublé de velours, un pantalon noir collant qui dessine exactement les hanches, un gilet de coupe excentrique et de couleur éclatante, une cravate de satin négligemment nouée, un binocle d'or agité avec nonchalance, forment l'ajustement du fashionable 3. Il convient en outre de paraître « marcher toujours sous le poids d'une fatalité byronienne 4 ». C'était en ce temps-là le moyen de plaire aux femmes, et la grande occupation du dandy est de faire des passions.
Car, il faut bien le dire, une femme a la lièvre D'abord qu'on lui présente un jeune et frêle auteur, Avec un frac de Blain et sans encre à la lèvre, Le front triste el penché comme une pâle fleur.
Elle l'aime, l'écoute, elle boit son sourire ! D'avance il a son cœur s'il danse le galop ; On le bourre de thé, puis on le force à lire Douze à quinze cents vers : jamais il ne lit trop !
C'est Byron, — Ariel, — Napoléon, — qu'importe!
C'est un aérolithe en ce monde tombé.
Il est maître d'entrer par la petite porte ;
On Fa comme un griffon ou bien comme un abbé 5.
Le dandy rougirait d'inspirer de l'amour à une autre