Les Jeunes-France , p
4. Th. de Banville, préface des Cariatides, Paris, 1842, p. 10.
5. Roger de Beauvoir, La Cape et VEpêe, poésies, Paris, 1837, p. 68.
qu'une Espagnole ou une Italienne. « Il a en mémoire l'invective de Byron contre les pâles filles du Nord, et se garde bien d'adorer ce que le maître a formellement anathématisé i ». Mais s'il rencontre un teint chaud et vivace, un visage un peu jaune et bistré, éclairé par de beaux yeux noirs sous des sourcils arabes, il a trouvé « la réalité de son idéal 2 », et c'est alors qu'il déploie tous ses talents de séducteur.
Byron était le modèle idéal et lointain ; il y en avait un autre plus proche, c'était Musset, le Musset d'avant 1833, avant l'amour et la douleur, le Musset des Contes d'Espagne et d'Italie, le « frère de Byron 3 ». Il sortait à peine du collège, il n'était encore qu'un « gentil blondin, élancé, à figure aristocratique », qu'il affectait déjà des allures de dandy, « parlant de chevaux, de courses, de femmes et des habits bleus à boutons d'or de lord Byron 4 » . Stendhal et Mérimée lui avaient fait lire Don Juan ; il le mettait en pratique. Il donnait le branle, et la jeunesse littéraire suivait. Longtemps après, Arsène Houssaye célébrait encore ce charme irrésistible auquel il avait cédé comme tant d'autres :
Ta chanson, ô Musset, qu'elle est blonde et jolie ! Comme il nous a séduits, ton poème vainqueur 8 !
En 1833, Arvers saluait son ami de ces vers enthousiastes :
Hélas ! qui t'a si jeune enseigné ces mystères, Et toutes ces douleurs du pauvre cœur humain ? Quel génie, au milieu des sentiers solitaires, Au sortir du berceau t'a conduit par la main ?
Dans l'abîme du cœur, plongeur à perdre haleine, Tu fouilles ce. qu'il a d'intime et de profond,