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temps *. » Ce zèle dénote un ouvrier de la onzième heure. Je soupçonne dans le critique du Spectateur un échappé de collège ; on ne trouvait plus guère, à cette date, que sur les bancs des classes de ces enthousiasmes fervents 2.
Les adolescents que tourmente le démon poétique font volontiers leur apprentissage sur Childe Harold bu sur Don Juan. Un certain Hippolyte Marvint recueille en 1840 des
1. Le Spectateur, revue des mœurs, des arts et de la littérature, Poitiers, 1840-1851, pp. 36-38.
2. Ou chez les tout jeunes gens férus de littérature. Edouard Grenier, en 1840 (il avait vingt ans), rencontre chez Mlïie. Marliani, femme d'un Italien d'origine, consul général d'Espagne à Paris, la comtesse Teresa Guiccioli : « Comme je ne connaissais personne, je ne fus pas dérangé dans mon rôle d'observateur ; j'observai donc et je lis la revue du salon. Tout d'abord je remarquai une femme jeune encore, avec de longues boucles blondes retombant le long des joues, — ce qu'on appelait autrefois des repentirs, — une douce et jolie figure de fille d'Albion. Du moins je le croyais. Mais je me trompais, elle n'était Anglaise que par alliance ; c'était une Italienne, et je fus bien surpris quand on me dit son nom : la comtesse Guiccioli, la maîtresse de Byron ! Je n'en croyais pas mes yeux : la Guiccioli, qui était célèbre en 1817, deux ans avant ma naissance ? était-ce possible?... Oui, c'était elle, belle, souriante et jeune encore, malgré ses quarante ans bien sonnés. L'idée que Byron, le grand Byron, une de mes idoles, avait reposé sa belle tête sur ces blanches épaules, — car elle était décolletée, et elle n'avait pas tort, — 1 idée que la main qui a écrit tant de chefs-d'œuvre impérissables avait joué avec ces boucles blondes, me rendait cette apparition à la fois odieuse et sacrée. « Quand on est veuve d'un pareil amour, me disais-je, on devrait disparaître du monde ; il ne reste plus d'autre asile que la solitude et la mort. » (Souvenirs littéraires, Paris, 1894, p. 100 ) — Sur des imaginations moins inflammables et, — il convient de l'ajouter, — une dizaine d'années plus tard, la comtesse, devenue marquise de Boissj^, produisit un effet tout différent. Pontmartin la rencontre à Paris, aux environs de 1850. « La comtesse Guiccioli ! aussitôt tous les souvenirs éveillés par ce nom magique, lord Byron, Venise, le Lido, Manfred, Lara, le Corsaire^ les vers d'Alfred de Musset, s'abattirent sur moi, non pas pour m animer d'une noble ardeur, mais pour me troubler et m'intimider encore plus. Ce n'était pourtant pas de l'intimidation qu'elle imposait à première vue : c'était la plus amère des déceptions. » En effet, « la Béatrix de Byron » était devenue, paraît-il, une dame d'une cinquantaine d'années, petite et massive. {Mémoires^ 2e série, Paris, 1886, p. 39.)
Souvenirs de Collège i, parmi lesquels maintes imitations de lord Byron. Les débutants littéraires, quand ils débarquent de leur province, s'imaginent encore quelquefois qu'on peut aller à la gloire par une traduction en vers de Manfred. Ponsard, venu de Vienne à Paris pour y faire son droit, en écrit une, dans l'intervalle de ses cours 2, qui laissait pressentir, déclarait Ch. Magnin en 1843, quelques-unes des qualités qu'on retrouvait dans Lucrèce. Ces qualités, c'étaient, il est vrai, « la clarté et la simplicité 3 » ! Leconte de Lisle, étudiant à Rennes de 1838 à 1840, demandait à son ami Rouffet sa collaboration pour « un poème spiritualiste et artistique qui aurait pour titre : Les trois Harmonies en une, ou Musique, peinture et poésie 4 ». Tour à tour les esprits mélodieux, les esprits de la couleur et les anges de la poésie se feraient entendre en chœur. Les derniers célébreraient en cinquante vers Lamartine et Hugo, Dante et Byron. Leconte de Lisle exécuta seul son poème. Il y unit dans son admiration les noms de Byron et de Salvator Rosa :
O peintre du Giaour, toi, poète sévère, Vous deux qui cherchiez l'ombre et les orages noirs, Toi, ceux de notre cœur, et toi, ceux de la terre, Vous êtes deux éclairs qui brûlez dans nos soirs, O Byron, ô Rosa, fils de l'onde marine 5 !...
Qu'il ait fréquenté assidûment vers cette époque le poète anglais, ses lettres et ses poésies de jeunesse ne permettent pas d'en douter. Le Caïn de Ryron revivra dans le Qaïn qui, selon les éditions actuelles, dresse sa figure satanique au