‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 182 sur 322 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

seuil des Poèmes Barbares {. Mais en 1838, Leconte de Lisle aspire encore « à s'élancer seul vers son Dieu 2». Dans Vile, ou Christian et ses compagnons, le jeune créole de Bourbon a dû lire et relire bien des fois mainte évocation pour lui nostalgique de la nature tropicale. « De tous ces couples librement unis, Neuha et Torquil n'étaient pas le moins beau, tous deux enfants des îles, quoique une grande distance séparât leurs patries, tous deux nés sous le regard d'un astre des mers, tous deux nourris au milieu de ces paysages de la terre natale que nous aimons jusqu'à la fin; en dépit de tout ce qui peut s'interposer entre nous et les sympathies de notre enfance, nous revenons toujours aux objets qui les premiers ont frappé nos yeux. Celui dont la vue se reposa d'abord sur les bleues ondulations des Highlands saluera avec amour chaque cime qui lui montrera un pareil azur 3. » Il prend les dernières lignes de ce morceau pour épigraphe d'une pièce d'un beau mouvement qu'il adresse aux Montagnes natales* et qui fait songer aux visions de V Illusion suprême. Dans un autre passage de Vile, Byron exprime magnifiquement le panthéisme naturaliste : « Combien de fois il nous arrive d'oublier le temps, lorsque dans la solitude nous admirons le trône universel de la nature, ses forêts, ses déserts, ses eaux, cette réponse émouvante qu'elle fait à notre intelligence ! Les étoiles et les montagnes ne sont-elles pas douées de vie ? Un esprit n'anime-t-il pas les vagues ? Les cavernes humides, n'y a-t-il pas du sentiment dans leurs larmes silencieuses ? Non, ron ; — tous ces objets nous appellent et nous absorbent dans leur sphère ; ils dissolvent avant l'heure notre lourde et grossière enveloppe d'argile, et plongent notre âme dans l'abîme infini... Qui

1. J.-M. de Heredia racontait, m'a-t-on dit, que Leconte de Lisle avait voulu détruire son poème, parce qu'il le trouvait trop byronien.

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