Premières poésies, p
songe à soi en contemplant le ciel { ? » Leconte de Lisle cite sans doute ce passage de mémoire et l'abrège ainsi: « Oui, les cieux nous appellent avec amour dans leur sphère, et plongent notre âme dans les vastes mers de l'éternité 2. » Il en tire un sonnet, et le mouvement final d'une pièce intitulée Contemplation :
Et toi, brûlante extase, ineffable délire, Noble aspiration des cieux qui nous fais lire Sur les vieux univers amour, gloire et beauté, Enivre mes regards de merveilles sacrées, Et, traçant par les airs des routes ignorées, Plonge- moi dans l'éternité 3 .
C'est avec le même élan passionné qu'il invoquera plus tard « la divine Mort où tout rentre et s'efface » A, qu'il exhortera l'homme à fondre dans la splendeur des choses ce que Byron appelait « notre identité chérie et mensongère 5. »
Viens ! le soleil te parle en paroles sublimes,
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin .. 6
C'est de 1838 que sont datés les vers de jeunesse de Leconte de Lisle. La même année il y avait au lycée de Rouen un petit groupe d'écoliers de rhétorique, Flaubert, Bouilhet, Le Poittevin, férus de littérature, de poésie et de romantisme. Ils se passent de main en main Rabelais et Brantôme, Hamlet et Roméo, Werther et Byron7.
1. Chant II, 16 : « And merge our soûl in the great shore. » Le dernier mot est difficile à traduire exactement en français.