Méditations : La Foi
2. On rapprochera avec intérêt du mot de Lamartine que nous citions tout à l'heure (« Il y a des moments dans la vie du poète où il est tenté, comme Byron, de tout finir par un triste éclat de rire ))) les vers suivants de Novissima Verba :
Alors je suis tenté de prendre l'existence Pour un sarcasme amer d'une aveugle puissance. De lui parler sa langue, et, semblable au mourant Qui trompe l'agonie et rit en expirant, D'abîmer ma raison dans un dernier délire, Et de finir aussi par un éclat de rire !
3 Ch. Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, Paris, 1884, p. 271. L'a necdole rapportée par Ch. Alexandre se place en avril 1851.
équilibre sans cesse troublé, sans cesse rétabli, donne à mon âme une certaine sérénité gaie sur un fond triste1... » On ne saurait chercher un meilleur commentaire au mot de Sainte- Beuve, que Lamartine est le poète de la sérénité 2.
De ces crises de révolte qui altéraient par moments la limpidité de son âme, celle qui a laissé dans son œuvre la trace la plus profonde se place en 1817-1818. Lamartine est à cette époque sous la domination d'influences déprimantes. Je ne parle pas seulement de ses lectures : Werther, qui a été « une maladie mentale de son adolescence poétique3 » ; Jacopo Ortis, doublure italienne du chef-d'œuvre allemand qu'il lisait et relisait en pleurant ; René, Ossian et Young. Il sent fuir sa jeunesse sans qu'il ait encore assuré son avenir ; sa santé est languissante ; il n'échappe à l'étreinte de violentes douleurs que pour se sentir miné par une fièvre lente, et prend ses dispositions pour le cas de sa mort. Celle de Julie, en décembre 1817, lui porta le dernier coup. « Ce n'est, écrivait-il en janvier 1818, que dans une complète solitude et un isolement total que je puis supporter une vie qui m'est à charge 4. » Sa poésie de cette époque trahit son désarroi moral. Il médite « une ode intitulée le Malheur 5 ».