Harmonies : Novissima verba
4. O Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe. (Harmonies : Hymne au Christ.)
pendant « l'orageux été1 » de la vie humaine, d'accès de scepticisme et de désespoir. Il y en eut plus d'un dans l'existence de Lamartine. Novissima Verba, dans les Harmonies, est la confidence éloquente d'une crise de ce genre. Dans ces moments d'aridité, la vie apparaît au poète comme une dérision ou comme une torture ; le bonheur est un mensonge ; l'amour, un rêve éphémère ; la gloire, la puissance, l'orgueil, une illusion; la vérité, une ombre; Dieu, une énigme: il n'y a de certain que la mort. Quelle attitude prendre? Se venger parle sarcasme '2, ou se noyer dans la volupté, et, au premier dégoût trouvé dans le calice, se réfugier dans la mort volontaire et douce? Mais la conscience est là qui veille. Ce « noble instinct » ramène le poète à Dieu, et lui fait accepter la grande loi du monde moral qui est de « souffrir pour expier ». Le mal est vaincu, mais un nouvel assaut est toujours possible. Jusque dans sa vieillesseLamartine avait des élans de révolte qui épouvantaient son pieux secrétaire. C'est dans ces moments-là qu'il traitait le christianisme de « religion d'esclaves3 ». Ces accès ne duraient pas. La fibre poétique, chez lui « très sensible à la douleur, l'était aussi aux impressions douces et enivrantes de la vie. Cette fibre, ditil, plie jusqu'à la mélancolie, jamais jusqu'à la prostration ; elle se redresse facilement, comme un ressort d'acier bien trempé que son élasticité même empêche de se rompre. Son