‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 209 sur 322 · Correspondance, t. I, p · texte numérisé non relu

Correspondance, t. I, p

5. « Je me suis tellement remué, il m'a tellement passé d'idées dans la tête depuis ces quinze jours, qu'il m'est venu une ode intitulée le

Il exprime dans V Isolement1 son désenchantement de toutes choses; il pleure l'être unique dont la disparition a dépeuplé pour lui l'univers ; il aspire à laisser sa dépouille à la terre, pour retrouver dans un monde meilleur le vague ohjet de ses vœux ; il se compare à la feuille flétrie; il appelle les aquilons qui doivent l'emporter. La Foi 2, dans sa première partie du moins, étale des idées plus sombres encore. Lamartine invoque le néant comme le seul dieu qu'il puisse comprendre; il jette l'anathème à la vie, il se révolte contre la destinée et la Providence :

Réponds- moi, Dieu cruel! s'il est vrai que tu sois, J'ai donc le droit fatal de maudire tes lois.

Il ne va pas jusqu'au bout de son doute *, la foi se réveille en lui comme un doux souvenir; elle explique la vie par la mort, et le dernier mot du poète, retenu sur la pente du scepticisme par les pures images de la tendresse et de la religion maternelles, est une ardente supplication à la lumière divine de venir remplacer en lui la raison qui s'éteint. Mais ce n'est là qu'un moment de répit. Vers la fin de l'année, la tristesse et le désespoir l'emportent. Est-ce l'influence de l'automne, la mauvaise saison pour Lamartine, celle où il devenait régulièrement « amoureux, mélancolique, rêveur, ennuyé de la vie 3 » ? Est-ce le découragement d'avoir vu son Saùl refusé par Talma? Il est remarquable que c'est en octobre 1818 que le nom de Byron apparaît dans la correspondance de Lamartine 4; et, selon toute vraisemblance, c'est

Malheur. Je l'écrirai si je puis en avoir la force, et je te l'enverrai. » (A Virieu, juillet 1818, Correspondance, t. I, p. 320.)

Page 1