‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 248 sur 322 · Journal d'un poêle, p · texte numérisé non relu

Journal d'un poêle, p

3. Je cite les plus marquants dans les pages suivantes. On en trouvera d'autres parmi les esquisses de « Poèmes à faire » rassemblées par Ratisbonne à la suite du Journal d'un poète. Le morceau intitulé Implora pace, et non pacem, comme Ta imprimé Ratisbonne, (Journal d'un poète, p. 253 : « Pauvre femme ! pauvre femme ! qu'avais-tu fait, qu'avais-tu souffert pour parier ainsi, et quelle main a écrit sur ta tombe le cri de ta vie ? — Et moi, pourquoi me suis-je souvenu de ces mots depuis que je les ai lus dans les lettres du voyageur divin qui a rencontré ta tombe ? ») est inspiré par une lettre de Byron à Hoppner, de Bologne, le 6 juin 1817 : (( J'ai trouvé aussi une bien jolie épitaphe dans le cimetière de la Chartreuse, ou plutôt deux : l'une, c'était

La solitude était apparue d'abord à Vigny comme un état de souffrance. Il l'avait envisagée par son côté douloureux. Maintenant qu'il s'y est volontairement reclus, il en voit

« Martini Luigi Implora pace ;

l'autre,

« Lucrezia Picini

Implora éterna quiele. »

C'était tout: mais il me paraît que ces deux ou trois mots comprennent et condensent tout ce qu'on peut dire sur le sujet, etc. )) (Moore, The life of lord Byron, ch. xxxiv ; The Works of lord Byron, Letiers and Joumals, éd. Prothero, t IV, p 310. — Le début de Satan sauvé rappelle irrésistiblement certains passages de Manfred « Premier chant. — L Enfer - Ce sera l'enft r de la pensée. Les âmes immortelles se souviennent dans la solitude et la nuit. Elles n'ont pas la distraction et la joie d'agir. Le souvenir de la vie, le regret de n'avoir pas saisi et fixé la jouissance qu'ils aimaient, la douleur de ne pouvoir comprendre l'éternité, problème auquel ils sont attachés, étaient le supplice des âmes damnées et des anges déchus. La pensée éternelle est un feu dévorant ; elle roule, elle vole, et son aile en vain parcourt l'univers, elle ne quitte pas l'âme qu'elle travaille, qu'elle laboure comme un champ trop fécond. En vain l'âme se débat contre elle ; la lutte redouble la douleur. La pensée la poursuit, la dompte, et la fait pousser de longs soupirs. » Comparez le poème anglais, acte I, se i, fin : «Je viens de te condamner à être toi-même ton enfer. » (Trad. Pichot, 2(1 éd., t. I, p. 343.) — Acte III, se. i : <( Vieillard, rien ne peut arracher du cœur le vif sentiment de ses crimes, de ses souffrances, et du châtiment qu'il s'inflige à lui-même; rien, ni la pitié des ministres du ciel, ni les prières, ni la pénitence, ni un visage contrit ni le jeûne, ni les transes, ni les tortures de ce désespoir profond qui nous poursuit par le remords, sans nous faire peur de l'enfer, mais qui suffirait lui seul pour faire un enfer du ciel. Il n'est point de tourments à venir qui puissent exercer une semblable justice sur celui qui se condamne et se punit lui-même. » (Ibidem, p. 380 ) Acte III, se. iv : « Ce que j'ai fait est fait ; je porte dans mon sein une torture à laquelle la tienne (celle du démon) n'ajoutera rien ; une âme immortelle se récompense ou se punit elle-même ; indépendante des lieux et des temps, elle porte en elle la source et le terme de ses maux... Je me suis perdu moi-même, je serai mon propre bourreau. » ilbidem, p. 396.) — Trois stances des Fantaisies oubliées (Journal, p. 298), datées de 1838, traduisent un billet de Byron. Rappelons enfin que la comparaison du scorpion, dans la préface de Chatterton (Dernière nuit, de travail), vient directement du Giaour. (Voir plus loin, ch. xi, § 1er.)

surtout la grandeur. « Les animaux lâches vont en troupe. Le lion marelie seul dans le désert. Qu'ainsi toujours marche le poète 4. » C'est la parole même de Manfred : « Je dédaignai de faire partie d'un troupeau de loups, quand même c'eût été pour le guider. Le lion est seul dans la forêt qu'il habite ; je suis seul comme le lion2. » L'isolementest la condition de cette vie intérieure qui est pour Vigny la forme supérieure de la moralité : « La solitude est sainte, écrit-il à Mme du Plessis; je ne cesserai de le répéter comme ce Stello que vous aimez. Elle me permet d'écouter mes idées, de m'entretenir de mes plus chers souvenirs 3. » Il y a ici encore comme un écho de Byron, décrivant la vie sauvage d'un forestier du Kentucky : « Ne tuant qu'un ours ou qu'un chevreuil, il jouit des jours innocents et solitaires de sa verte vieillesse dans les déserts les plus reculés. Le crime ne l'approcha point : il n'est pas l'enfant de la solitude... Il est vrai qu'on le vit fuir les hommes, même de sa nation, lorsqu'ils vinrent bâtir sous ses arbres chéris... Mais partout où il rencontrait l'homme individuel, il se montrait aussi bon qu'un homme peut se montrer 4. » Le vœu de Vigny n'est-il pas « que l'homme ne donne que peu de prise au vulgaire sur lui, qu'il aime la solitude, le silence, la fortune modérée, la bienfaisance cachée, l'intimité affectueuse ; qu'il sache fermer les routes insensées à son imagination, et que devant les pas de cette foule, sa forte volonté fasse tomber une herse 5 » ? La solitude enfin est la grande consolatrice qui répand son

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