‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 247 sur 322 · Paris, élévation · texte numérisé non relu

Paris, élévation

Chatterton et de Chénier. Il lui commente longuement le mot de Chllde Harold : « Celui qui s'élève au-dessus des hommes par le talent ou par la puissance doit voir au-dessous de lui la haine de la foule qu'il domine. » Si jamais Vigny s'est cru appelé à devenir, sur le vaisseau de l'Etat, « celui dont le regard lit la route du navire dans les étoiles1 », son illusion a été brève. Après 1835, il rentre définitivement dans sa « tour d'ivoire ». Il y rapporte un cœur froissé par la vie, blessé par l'amour. Il y poursuit le travail de méditation solitaire d'où sortiront les Destinées. « Il tresse de la paille dans sa prison2. » Patiemment, dans la monotonie des jours et le silence des nuits, il tourne et retourne les grandes idées qu'il avait exprimées dans ses premiers poèmes, et il en tire les conséquences que, pour une nature comme la sienne, elles comportent. Il les dépouille des voiles merveilleux à l'abri desquels il les avait d'abord livrées au regard de la foule. Il les contemple dans leur auguste nudité ; un à un il rassemble les symboles qui les graveront à jamais dans la mémoire des hommes. Parmi ces symboles, plus d'un est emprunté à Byron3.

1. Stello, éd. in-18, Paris, 1898, p. 74 : « Le Poète cherche aux étoiles quelle route nous montre le doigt du Seigneur. » Comparez Chatterton, acte III, se. vi : « L'Angleterre est un vaisseau. — C'est à bord du grand navire qu'est notre ouvrage à tous. — Que diable peut faire le Poète dans la manœuvre? — Il lit dans les astres la route que nous montre le doigt du Seigneur. »

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