Ire édition, t. IV, 1861, p
différence qu'il y a entre la mélancolie de Musset et la mélancolie byronienne j, etTaine, qui, dans les pages les plus enthousiastes qu'il ait jamais écrites, a revendiqué hautement pour son poète le titre de créateur. « Il a imprimé sa marque sur la pensée humaine ; il a dit au monde ce que c'est que l'homme, l'amour, la vérité, le bonheur. Il a souffert, mais il a inventé; il a défailli, mais il a produit. Cela est plus difficile et plus beau que d'aller caresser les idées des autres2. » Pour le coup, la critique passait à l'extrême opposé. Entre ces jugements absolus, il y a place pour une opinion modérée. Quand on vient de parcourir dans son entier l'œuvre d'Alfred de Musset, et que, fermant le livre, on laisse se mêler capricieusement dans la mémoire charmée les éléments multiples et divers, gaieté et mélancolie, ironie et passion, lyrisme enflammé et fantaisie prime-sautière, dont la fusion a donné ce composé rare et exquis qu'on appelle une âme de vrai poète, il semble vain et presque ridicule de chercher laborieusement d'où ils sont venus : analyse-t-on le miel d'une abeille ou le parfum d'une fleur? Quand on s'attache à certaines pages, on ne peut s'empêcher de leur trouver un air de famille, jusqu'à croire qu'elles en dérivent, avec quelques-unes des plus belles et des plus originales que la littérature européenne ait produites. Qu'est-ce à dire, et que faut-il conclure de cette double impression, sinon que nous nous trouvons en présence d'un de ces phénomènes d'assimilation qu'explique le souple génie de notre race, et dont, dans notre littérature classique, La Fontaine a été le plus frappant exemple ? Lui aussi, Musset, « en prenant tout n'imita rien » . Et c'en est bien la meilleure preuve, qu'il ait lu tant d'écrivains et de très près, les uns « qui sont du Nord » et les autres « qui sont