‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 44 sur 322 · Souvenirs d'égotisme, pp. 234 et · texte numérisé non relu

Souvenirs d'égotisme, pp. 234 et

2. Correspondance inédile, lettré à Mme Belloc, 1824, t. I, p. 275.

3. « Toutes les fois que cet homme singulier était monté et parlait d'enthousiasme, ses sentiments étaient nobles, grands, généreux, en un mot au niveau de son génie. Mais dans les moments prosaïques de la vie, les sentiments du poète me semblaient aussi fort ordinaires. Il y avait beaucoup de petite vanité, une crainte continuelle et puérile de paraître ridicule, et quelquefois, si je Fose dire, de cette hypocrisie que les Anglais appellent cant... Le grand homme apparaissait une demi-heure chaque soir, et alors c'était la plus belle conversation que j'aie rencontrée de ma vie... Le reste de la soirée, le grand homme était tellement anglais et lord, que je ne pus jamais me résoudre à accepter l'invitation d'aller dîner avec lui, qu'il renouvelait de temps en temps... Je remarquai que dans ses moments de génie lord Byron admirait Napoléon, comme Napoléon luimême admirait Corneille. Dans les moments ordinaires où lord Byron se croyait un grand seigneur, il cherchait à donner des ridicules à l'exilé de Sainte-Hélène. Il y avait de l'envie, chez lord Byron, pour la partie brillante du caractère de Napoléon, ses mots sublimes le vexaient; nous lui donnions de l'humeur en rappelant la fameuse allocution adressée à l'armée d Egypte : « Soldats, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent. » Lord Byron eût pardonné plus facilement à Napoléon, s'il eût eu l'apparence un peu plate de Washington. Ce qu'il y avait de plaisant, c'est que ce n'était point du tout la partie despotique du -cœur de Napoléon qui heurtait le pair anglais. » [Corr. inédite, lettre à Mme Belloc, I, p. 275.)

4. Rome, Naples et Florence, édition courante, Paris, s. d., p. 169.

L INFILTRATION

vives et neuves, dit-il ailleurs, il faut lire la littérature anglaise, le Corsaire, Childe Harold, et voyager en Italie1.» Ainsi Byron, en exerçant sa magie sur quelques esprits d'élite, préludait à la domination qu'il allait établir, à partir de 1818, sur l'imagination française.

Ce n'est en effet qu'à partir de 1818, quoi qu'en dise Deléeluze, que Byron « fit invasion en France2 ». Un fait capital se produit au début même de cette année : c'est l'apparition, à Paris, chez les frères Galignani, d'une édition en anglais de toutes les œuvres de Byron jusqu'alors publiées, la première des vingt éditions complètes, sans parler des ouvrages imprimés à part, que les librairies Galignani, Amyot, Baudry, lanceront concurremment ou alternativement dans le public français de 1818 à 1847 3. Ces élégants in-12 ont dû être feuilletés maintes fois par les premiers dévots du poète ; ce sont eux peut-être dont les pages « se sont jaunies, nous dit-on, sous les doigts de Lamartine 4 ». C'est à cette occasion, en tous cas, que le public lettré de la Restauration a été initié au génie de Byron et comme introduit dans son œuvré^par quatre larges avenues, grâce aux quatre grands articles insérés presque coup sur coup dans le Journal des

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