T. XI, 1825. Chronique littéraire, p
3. Mercure du XIX* siècle, Spectacles, par J.-J. A., t. X, 1825, p. 427. Le dithyrambe de de Pradel a paru chez Sanson en 1825
4. Dithyrambe sur la mort de lord Byron, par Armand, Paris, 1824. — Un autre, par M. Hippolyte, même date. — Cette littérature funéraire
L INVASION
mis à contribution : élégie, ode, stances, dithyrambe, chant
funèbre et hymne de mort. On n'en finirait pas d'énumérer tous
les auteurs de ce cycle funéraire, de Casimir Delavigne, en
passant par Guttinguer, Fouinet, Pauthier de Censay, de
Beauchesne, Edouard d'Anglemont, Gustave Drouineau, etc. . . ,
à Mme L. Evelina D*** et aux gloires de province, Louvet du
Calvados ou Ducos de Toulouse. Il n'est pas un faiseur de
Messéniennes, d'Helléniennes, d'Athéniennes, de Corinthiennes,
de Lacédémoniennes ou d'Eoliennes qui ne se croie tenu de
chanter Byron et la liberté. « En général, comme le remarque
finement Sainte-Beuve dans le Globe, Byron est mal loué. De
tous ces poètes, nul ne l'a compris, parce que nul n'a songé à
l'étudier1... » Ce ne sont que déclamations retentissantes et
lieux communs sonores. Il n'y a guère à retenir de ce fatras
que la Messénienne de Casimir Delavigne, l'ode de Guiraud
A Lord Byron, et les belles stances de Vigny. Delavigne appelle
au tombeau du poète-guerrier l'Angleterre, qui le méconnut,
la Normandie, d'où partirent ses lointains ancêtres, la Grèce,
qu'il voulait affranchir :
Il n'est plus ! il n'est plus î Toi qui fus sa patrie, Pleure, ingrate Albion : lexil paya ses chants. Berceau de ses aïeux, pleure, antique Neustrie:
Corneille et lui sont tes enfants.
Et toi que son trépas livre sans espérance Aux chaînes des tyrans qu'auraient punis ses vers, Pleure, esclave : son luth consolait ta souffrance,
Son glaive aurait brisé tes fers 2 !
Guiraud s'élève tout de suite au ton dithyrambique :
Tu ne respirais pas librement sur la terre, Et comme le grand aigle, au haut des cieux monté,
a fleuri pendant 1824 et 1825. Quelques retardataires ont fait attendre leur hommage jusqu'en 1828 ou 29. Je trouve encore en 1836. dans un volume d'Edouard Magnien, consacré d'ailleurs à Byron, Mortel, Ange ou Démon ? des « Stances sur la mort de lord Byron. » — Voir l'Appendice III.
1 Le Globe, 30 décembre 1824, Petite Revue littéraire, signée S.-B.
2. Casimir Delavigne, Nouvelles Messéniennes, Lord Buron (Œuvres complètes, Paris, 1816, t. V, p 118.)
Va chercher l'air brûlant qui nourrit le tonnerre, Le souffle impatient de ton cœur solitaire Aspirait l'immortalité.
Et le monde eût voulu que d'une âme asservie, Te courbant humblement sous la commune vie, Tu suivisses ta route en ce siècle pervers Sans proclamer ton nom, sans offenser l'envie, Et sans blesser la foule en secouant tes fers !
Ah ! tu n'étais pas fait pour marcher avec elle, Pour te laisser conduire à la chaîne attaché. Non ! trop de feu céleste avait été caché Sous ton enveloppe mortelle l !
Vigny, avec la gravité mélancolique qui est sa marque, laisse tomber quelques larges vers qu'illumine une majestueuse image :
Il tombe au premier pas, mais ce pas est immense ; Heureux celui qui tombe aussitôt qu'il commence ! Heureux celui qui meurt et qui ferme des yeux Tout éblouis encor de rêves glorieux I
Il n'a pas vu des siens la perte ou la défaite ; Il rend au milieu d'eux son âme satisfaite, Et, s'exhalanten paix dans son dernier adieu, Le feu qui l'anima retourne au sein de Dieu. ..
Poète conquérant, adieu pour cette vie î
Je regarde ta mort et je te porte envie,
Car tu meurs à cet âge où le cœur, jeune encor,
De ses illusions conserve le trésor.
Tel aux yeux des marins le soleil des tropiques Se plonge tout ardent sous les flots pacifiques, Et sans pâlir descend à son nouveau séjour, Aussi fort qu'il était dans le milieu du jour 2.
1. A lord Byron, fragment d'un chant élégiaque, dans la Muse française, II, pp. 313-317; reproduit dans les Œuvres complètes, Chants hellènes, I : Byron; t. IV, pp. 136-140.
2. Sur la mort de Byron (fragment d'un poème qui va être publie), Muse française, II, 1824, pp. 521-522.
l'invasion 125
Ceux qui ne se sentent pas assez forts pour résumer en cent vers le génie et la destinée du poète, se rattrapent en lui consacrant un volume. Les Chants sur lord Byron, de Damas- Hinard1, le prennent à son départ d'Angleterre, en 1816, et l'accompagnent jusqu'à Missolonghi. Un vieillard « prêtre du Tout-Puissant », assiste Byron à son lit de mort et lui tient « de la religion le bienfaisant langage ». Le grand désespéré meurt consolé. Il monte sur le Parnasse, précédé de Miltiade, de Léonidas et des Trois-Cents. Les bardes font entendre un chant triomphal. Ossian, puis Homère, souhaitent la bienvenue au héros, dont Miltiade prononce le panégyrique, et Byron, ravi de cet accueil, prêche aux Grecs la lutte à outrance. Un certain Gromier, en neuf Byroniennes °2, retrace les derniers moments du guerrier. Il le gourmande de s'être abandonné aux voluptés terrestres, et lui démontre que la véritable volupté est au ciel. Il imagine lady Byron auprès du cercueil de son époux, attendant son réveil
Pour se lier à lui par des serments nouveaux.
Intention touchante, mais un peu tardive. Il y a loin de ces platitudes au brillant poème de Lamartine. En passant devant Stromboli en 1823, Byron disait à Trelawney : « Vous verrez cette scène dans un cinquième chant de Harold 3 . » Ce cinquième chant, Lamartine l'a écrit pour lui. Il y a mis tout son talent : «C'est, disait-il, le meilleur morceau de poésie que j'aie fait, et peut-être de l'époque 4. » Mais il y a mis son âme à lui, et non celle de Byron. Au milieu d'incidents romanesques tota-