‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 78 sur 322 · Débats du 19 iu'm · texte numérisé non relu

Débats du 19 iu'm

5. Mercure du XIXe siècle, t. V, 1824, p. 318. — Voir dans la même revue, t. VI, 1824, pp. 297-306, un long article de P. -F. Tissot, classique intransigeant et successeur de Delille dans la chaire de poésie latine du

L INVASION * 121

Ces lignes, que j'emprunte à dessein au classique Léon Thiessé, donnent le ton de l'éloge funèbre chez ceux-là mêmes qui avaient mis les plus formelles réserves à leur admiration pour le poète. Il n'est pas permis de mal parler du héros anglais.

Collège de France La majeure partie de l'article est consacrée à unecomparaison de Byron avec Alfieri, Dante, Rousseau et Mme de Staël. L'auteur conclut par un éloge de Byron comme philhellène. Voici son dernier mot : « Ces premières considérations, jetées sur le papier au moment même où la perte du défenseur des Grecs causait tant de douleur à tous les amis de la liberté, seront suivies d'un examen approfondi des ouvrages de lord Byron ; elles ne sont qu'un tribut de regrets et un -hommage. » Où l'on trouve le plus de réserves à l'éloge, c'est dans les périodiques qui reflètent l'esprit de la Société des Bonnes-Lettres. « Ses ouvrages, disent les Annales de la littérature et des arts, Font placé de son vivant parmi les poètes dont l' Angleterre s'enorgueillit le plus : plus heureux que beaucoup d'autres, il aura joui de sa renommée. Il n'est pas probable que la postérité confirme entièrement le suffrage de ses contemporains, car ses compositions ressemblent trop souvent aux rêves d'un malade, et le mérite d un style pur et énergique ne suffit pas pour balancer le désordre et la barbarie de ses conceptions. Pourquoi faut-il qu'une froide et désespérante philosophie ait inspiré ses vers? Pourquoi faut-il qu'il ait manqué à son génie ces sentiments religieux, source inépuisable de tant de belles et nobles inspirations ? Pourquoi faut-il qu'on lise de lui des vers tels' que ceux-ci :

The past is nothing, and at last The future can but be the past ?

(Nécrologie sur lord Byron, t. XVI, 1824.) — L'Oriflamme, journal de littérature, des sciences et arts, d'histoire et de doctrines religieuses et monarchiques, ne laisse passer aucune occasion de fulminer contre Byron. « Quoi! un fou brillant exilé desbords de la Tamise, errant sur les rivages de la Grèce, un panégyriste enthousiaste de ce genre de héros qui s'en vont écumant les mers ou détroussant les voyageurs, deviendra l'objet des folles superstitions du xixe siècle? etc. » (T. I, 1824, pp. 193 et suiv., compte rendu de la Messénienne sur lord Byron par Casimir Delavigne.- Et même tome, Du romantisme, 1e»1 article, p. 354 ' « Est-ce aimer la religion, la morale et la monarchie, que d'encenser un auteur athée, immoral, et qui ne rêve dans son délire que le fanatisme de la république ?.. Nous" ne concevons pas l'enthousiasme, l'espèce de tendresse de plusieurs de nos prosateurs et de nos poètes pour un jeune Anglais qui foule à ses pieds les chefs-d'œuvre dramatiques de la France et qui déprime la supériorité du talent. Ce jeune étranger est mort, et des hommes qui se disent Français par excellence en font l'apothéose. Quels sont donc ses titres? Où est son génie ?. .. »

Le même Thiessé fait vertement la leçon à un périodique de Londres, la Revue universelle, qui s'est permis de reprocher à Byron son pèlerinage et sa mort sur le sol poétique de la Grèce. « Une censure si étrange a déjà, nous n'en doutons pas,, été démentie par tout ce qui s'honore d'être Anglais1. » Il n'est pas même permis d'en parler légèrement. Berchoux, dans une satire « publiée dans un journal officiel », a risqué au culte du moment une allusion irrespectueuse :

On va voir, par son zèle emporté, Des Pindares du jour l'escadron indompté Opposer au Croissant le sabre de Bellone Sur les pas d'un Byron de mémoire bouffonne.

Il voit aussitôt tomber sur lui les foudres du Mercure: « Un homme qui fait des vers, et qui a le courage d'insulter à la mémoire d'un poète mort sur la terre épique où se débattent les Grecs, est bientôt jugé 2. »

Si tel est l'enthousiasme des journalistes, quel ne sera pas celui des poètes ? A défaut de la Couronne que Ladvocat oublie de tresser, connus ou inconnus, classiques ou romantiques, qu'ils aient du talent ou qu'ils n'en aient pas, tous tiennent à « payer leur tribut aux mânes du guerrier », même l'improvisateur de Pradel, qui, dans une séance donnée aux Menus-Plaisirs, exécute « en 12 minutes » un chant dithyrambique sur lord Byron, « entaché, il est vrai, de quelques fautes de prosodie 3 ». Les débutants voient dans l'événement du jour une excellente occasion d'essayer leur lyre encore muette. Des « Armand » et des « Hippolyte » risquent, à la faveur de cet anonymat, des essais pleins de bonnes intentions 4. Tous les genres, toutes les formes, sont

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