‹ ByzanceChapitre 26 sur 58 · LIVRE III LES ÉLÉMENTS DE FAIBLESSE · texte numérisé non relu

LIVRE III LES ÉLÉMENTS DE FAIBLESSE

A les causes qui firent la grandeur et assurèrent la d de l'empire byzantin, il faut chercher les causes qui firent sa faiblesse, qui amenèrent sa décadence et sa ruine.

Ces causes sont nombreuses et d'ordre assez différent. ll en est de permanentes qui, à toutes les époques de l’histoire, ont pesé plus ou moins lourdement sur les destinées de la monarchie. C'est la démoralisation politique, source trop fréquente de révolutions et d'anarchie ; et c’est davantage encore la démoralisation sociale, résultant de cette forme de caractère et d'âme, de cette mentalité particulière qui ont valu un si mauvais renom à l'épithète de byzantin. Et puis, il y a les causes passagères, les éléments de dissolution dont l'action s'est manifestée à certaines époques plus qu’à d’autres, mais dont l'effet est venu lentement s'ajouter aux raisons profondes de faiblesse qui minaient l'empire. C'est d’abord la question sociale, posée d'assez bonne heure à Byzance, mais qui, entre le rx° et le xr'° siècle, y prit une acuité spéciale par le développement d'une grande aristocratie terrienne, et donna naissance à un péril féodal par lequel la monarchie fut gravement affaiblie et troublée. C'est le péril religieux ensuite, conséquence des rapports qui unissaient l'Etat et l'Eglise dans l’empire d'Orient, et qui s'est traduit au mx° siècle par l'effort tenté par l'Eglise

pour secouer la tutelle de l'Etat et conquérir sa liberté, qui s'est manifesté en d'autres temps par les ambitions des patriarches et le schisme qui, au 1x° comme au xr° siècle, en fut la conséquence, qui à bien des époques enfin, au vin”, au x°*, au xIv* siècle, s’est exprimé par le développement excessif du monachisme et l’agitation entretenue par les moines. Et c'est encore l’outrance de l'impérialisme byzantin, nourrissant des rêves grandioses et démesurés, sans proportion avec la réalité des ressources de l'empire, et qui tantôt, avec Justinien, avec Basile [”, avec Manuel Comnène, tourne, tout plein de la tradition et du souvenir de Rome, ses ambitions vers l'Italie et le monde occidental, et tantôt, en Orient, s'épuise à conquérir l’hégémonie balkanique, en d'interminables luttes contre l'empire bulgare ou contre Ja Serbie des Némanyides.

De ces causes diverses, de graves conséquences sortiront. Les difficultés financières croissantes, la décadence du commerce byzantin à partir du xir° siècle produisent une misère économique grandissante. L'affaiblissement de la puissance militaire y correspond: les pertes territoriales réduisent l'étendue de l'empire: lentement, progressivement, la monarchie s'émiette. A l'Asie presque perdue à la fin du xr siècle succède à partir du xur° siècle le démenbrement de la partie européenne de l’empire. Economiquement épuisée, diminuée territorialement, militairement affaiblie, Byzance est mûre pour la chute inévitable.

Une dernière cause s'ajoute pour sa-perte. Peut-être l'intervention de l'Occident aurait pu sauver l'empire à la veille de la ruine. L'Occident, au contraire, fut hostile à Byzance irréductiblement, soit pour des raisons religieuses qui dressèrent la papauté contre l'empire, soit pour des raisons politiques et économiques qui incitèrent les Latins à conquérir ou à exploiter le monde oriental, soit pour des raisons morales qui, du contact produit par les Croisades, ne firent sortir que des méfiances et des haïnes. Pour tout cela, Byzance succomba. Et ce sont ces raisons multiples et diverses qu'il faut essayer maintenant d'analyser avec pré cision.

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