‹ ByzanceChapitre 25 sur 58 · RAMBAUD, op. cit., p · texte numérisé non relu

RAMBAUD, op. cit., p

2. NeUMANA, La situation mondiale de l'empire byzantin avant 6S.

Au total, l'Asie grecque persistait, avec sa population homogène, ses villes illustres, ses grands souvenirs : et ce n'était pas là seulement un élément de cohésion et de force ; « par esprit religieux et monarchique, par tradition, par besoin surtout de l'ordre et de la paix nécessaires à leur commerce. les pays helléniques donnaient le bon exemple aux autres races ».

L'Anatolie fournissait à l'empire ses meilleurs soldats. Sur la côte, dans les thèmes maritimes de Samos et des Cibyréotes, se recrutait la plus grande partie des équipages de la flotte impériale. A l'intérieur, les rudes montagnards de l’Isaurie, de la Lycaonie, du Taurus, les robustes paysans de la Cappadoce, la besogneuse et vaillante noblessæ des districts arméniens donnaient à l’armée des contingents admirables. C'est en Anatolie surtout que se rencontraïient ces fiefs militaires où, de père en fils, on vivait dans la préoccupation et l'entraînement de la guerre. C'est en Anatolie que sæ trouvait cette race guerrière des acrites, des gardiens de la frontière qui, dans la lutte incessante engagée aux confins de l’Euphrate et du Taurus, entretenaient merveilleusement leurs énergies et leur esprit militaire.

De bonne heure aussi, en Asie Mineure, de grands domaines s'étaient constitués, dont les propriétaires, parmi leur cortège de clients, de vassaux, de soldats, menaïent sur leurs terres une existence toute féodale. L'élite de l'aristocratie byzantine est d'origine orientale : c'est d’Anatolie que sont issues toutes ces grandes familles, les Phokas, les Sklèros, les Maniakès, les Dalassènes, les Diogènes, les Botaniates, les Doucas, les Comnènes, dont les noms glorieux remplissent l'histoire du peuple byzantin. Dans leur orgueil, ces barons asiatiques se considéraient comme d’une noblesse bien supérieure à l'aristocratie des provinces d’Europe : en tout cas, ils justifiaient leurs prétentions par les services éminents qu'ils rendaient à l'empire. Ils lui don- naient les meilleurs de ses officiers, les plus illustres de ses généraux ; ils assuraient aux troupes d'Asie par leur présence une solidité et une cohésion incomparables. Elevés dès leur plus jeune âge en soldats, ces grands seigneurs

étaient merveilleusement entraînés et formés à la guerre. Le système du recrutement régional mettait d'autre part sous leurs ordres des hommes qui les connaissaient, qui savaient leur vaillance, leur richesse, leurs exploits, qui, dans la vie civile, étaient souvent unis à eux par des liens de clientèle ou de vassalité. De tels chefs avaient auprès de Jeurs soldats une popularité et un prestige prodigieux, qu'entretenaient leur libéralité et les services qu’on pouvait espérer d'eux, Aussi les régiments d’Anatolie étaient-ils prêts à suivre partout, avec un dévouement et une fidélité inébranlables, les généraux qui les commandaient,

Dans cette grande aristocratie asiatique, l'empire trourvait, et non seukment pour l'armée, mais pour tous les grands services de l’administration publique, ses meilleurs serviteurs. L'Anatolie, la Géorgie, l'Arménie sujette aussi bien que l'Arménie indépendante étaient pour Byzance une pépinière de hauts fonctionnaires et de généraux; une masse de soldats de fortune accouraient de là dans la capitale pour se ruer à l'assaut des grades militaires et des dignités auliques; les grands seigneurs féodaux d'Asie mettaient leur gloire à servir, de tous les membres de leur famille, le gouvernement de l’empire. Au n°, au x*° siècle, la cour et l’armée sont remplies d’Arméniens: la dynastie qu'on appelle macédonienne est en réalité origi naire d'Arménie, et l’empereur Romain Lécapène était né dans le thème arméniaque. Les généraux les plus illustres de la monarchie, les Gourgen, les Phokas, les Sklèros, les Maniakès, bien d’autres, appartenaient à la grande noblesse d'Anatolie ; et c'est cette noblesse qui a fourni à la monarchie quelques-uns de ses plus glorieux empereurs, un Nicéphore Phokas, un Jean Tzimiscès, un Romain Diogène, et les princes de la famille des Comnènes. Et il faut voir avec quel mépris un écrivain asiatique du xr siècle oppose à un empereur issu de l'aristocratie orkentale — x rx ac edrarpl8n — un noble des provinces occidentales, qui lui semble, par comparaison, sans race et sans aïeux.

LA VIE PROVINCIALE EN ASIE MINEURE. — Ainsi l'Anatolie offrait à l'empire des réserves d'énergie et de force : l’existence quon y menait, pour autant que nous pouvons l'entrevoir, contribuait à entretenir ces qualités de vigueur et d'activité.

Les vies des saints d'origine asiatique qui nous sont parvenues montrent, au vi” comme au Xx° siècle, le grand développement qu'avait la vie agricole en Anatolie. Que ce soit au thème des Bucellaires ou à celui des Thracésiens, que ce soit dans la région de Millet ou en Paphlagonie, partout on trouve la mention de terres fertiles, que mettent en valeur de robustes laboureurs. Certains passages nous laissent soupçonner l'étendue de ces exploitations rurales. La fortune de tel personnage — homme considérable assurément dans son village, mais qui n'est point un grand seigneur et sort tout simplement d’une bonne famille campagnarde — comprend une cinquantaine de fermes, autour desquelles s'étendent des terres considérables, bien cultivées, bien arrosées, qui produisent d’abondantes récoltes ; à cela s'ajoute du bétail en quantité, 600 bœufs, 100 attelages pour la culture, 800 chevaux vaguant en liberté sur le pâturage, 80 chevaux de trait et mulets, 12 000 moutons ; de nombreux serviteurs, avec leurs femmes et leurs enfants, vivent sur le domaine ; et au centre s'élève la vieille maison de famille vaste et de bel aspect, avec ses appartements de réception, son grand triclinium élégamment décoré, où se dresse l'énorme table ronde en ivoire rehaussé de dorures qui peut offrir place à trentesix convives, avec sa partie intime bien close, où les femmes vivent loin des regards indiscrets et sans guère sortir de l'habitation. Ailleurs, ce sont des fortunes plus modestes: une maison, quelques champs, une paire de bœufs, un cheval, un âne, une vache et son veau, 250 ruches constituent tout l'avoir, un ser-

viteur, une servante, toute la domesticité. L'existence est difficile : souvent il faut acheter à crédit le bétail nécessaire à l'exploitation, emprunter pour vivre et pour nourrir une famille d'ordinaire nombreuse. Mais, du haut en bas de l'échelle sociale, la vie apparaît également simple, active et forte. L'homme dirige l'exploitation rurale et parfois laboure la terre et conduit lui-même sa charrue et ses bœufs ; la femme travaille avec sa servante aux soins du ménage ; elle fait la cuisine, frotte les meubles, dresse la table ; les enfants de la maison font le service, quand on reçoit des hôtes. Toute la famille vit ensemble sur le domaine, les fils et les filles, et les enfants de ces filles, en une étroite et affectueuse union. L'hospitalité est large, la charité abondante, la piété simple et profonde. Cette société asiatique apparaît toute pleine de solides vertus.

Ce ne sont point les seules. Un curieux passage de l'historien Léon Diacre montre quels liens de dévouement et de fidélité existaient entre les grands barons asiatiques et les gens de leur province natale. Bardas Phocas, neveu de l'empereur Nicéphore, patrice et duc du thème de Chaldée, avait été disgracié à la mort de son oncle et interné à Amasia. Avec l'aide de deux de ses cousins, il s'échappa de prison et courut d'une traite à Césarée de Cappadoce, dans le pays où sa famille possédait ses biens patrimoniaux, où lui-même avait son donjon féodal, et où le nom de Phocas était illustre et populaire. Et tout aussitôt, pour la révolte qu'il méditait, il trouva des appuis et des soldats. « Tous ceux, dit l’historien, qui avaient avec lui des liens de parenté ou de relations accouraknt en foule auprès de lui. » Ses cousins lui amenaient des troupes ; son père, échappé de son exil de Lesbos, lui conduisait des mercenaires macédoniens ; surtout sa richesse, le prestige de son nom, sa libéralité, les vastes espoirs qu'on fondait sur ses succès, lui attiraient des partisans en foule. L'un, dont parle Léon Diacre, est une curieuse figure ; il s'appelait Syméon, surnommé Ampélas, parce qu'il était grand propriétaire de vignobles. Sa richesse était célèbre dans toute

l'Anatolie. 1] n'était point de naissance noble; mais, par

sa force et sa vaillance, il était comparable aux meilleurs chevaliers. Une solidarité naturelle l'entraînait au parti de Phocas : entre tous ces grands archontes qui dominaient l'Asie, il y avait non seulement des alliances de famille, mais une communauté d'intérêts et de sentiments qui en faisait une même caste, redoutable et fière, riche en dévouements sans limites et en inébranlables fidélités.

D'autres causes entretenaient les énergies anatoliennes. Des rivages de la mer Noire aux bords de l'Euphrate et aux monts du Taurus, l'Asie Mineure touchait au monde arabe. Dans ces provinces frontières, toutes peuplées de soldats, tout hérissées de forteresses, où les jours se passaient sous la menace constante des incursions musulmanes, dans le constant souci de rendre coup sur coup, surprise pour surprise et razzia pour razzia, on vivait rudement, dangereusement, héroïquement. Un petit livre militaire du x° siècle, le Traité de Tactique conservé sous le nom de Nicéphore Phocas, nous peint en traits saisissants l'existence active, brutale et périlleuse qu'on menait aux confins de Cilicie et aux marches de Cappadoce, l'œil sans cesse au guet et l'esprit en éveil pour surveiller les mouvements, éventer les ruses d’un infatigable et insaisissable ennemi, l'épée toujours prête et le cheval sellé pour courir à la bataille et repousser l'invasion. La poésie populaire byzantine a pareillement célébré l'épopée magnifique de ces guerres d’Asie. La chanson de geste de Digénis Akritas montre ce qu'était ce pays de la frontière, où de grands seigneurs féodaux, héroïques et chevaleresques, soutenaient au nom de l'empereur la lutte éternelle contre les infidèles. C'est le pays des acrites ou gardiens des marches, le pays des apélates, sorte de chevaliers brigands toujours en quête d'aventures, le pays des beaux coups d'épée, des combats singuliers, des enlèveéments, des pillages, des surprises, des massacres, des aventures de guerre et d'amour. L'imagination populaire a sans doute embelli de merveilleux prestiges, paré d'élégance, de courtoisie chevaleresque, de luxe et de splendeur la figure de son héros: Dipgénis Akritas apparaît dans le poème comme un véritable paladin. Mais,

sous cette glorification qui l'idéalise, cette société laisse voir cependant son fond réel et permanent de brutalité et de cruauté : société aux mœurs violentes, où la force crée le droit, où l'épée est reine, société de soldats rudes, sanguinaires et sans pitié, pour qui la vie est une perpétuelle bataille, et dont le principal souci, en attendant la mort qu'ils bravent chaque jour, est de se battre magnifiquement, joyeusement, pour la défense de l'empire et de l'orthodoxie, pour l'amour de la gloire, de la femme et de l'or.

Pour toutes ces raisons, ces hommes des provinces asiatiques sont trempés pour la vie et pour la lutte. Ajoutez que leur pays est riche. Les campagnes de Cilicie et de Cappadoce, les thèmes des Thracésiens et des Bucellaires apparaissent comme des régions merveilleusement fertiles, bien cultivées, bien exploitées. L'Anatolie est pleine de grandes villes, dont beaucoup, jusqu'au xu siècle, semblent avoir été prospères, Césarée, Ancyre, Amorion, Amasia, Chones, Pergame, Philadelphie, Nicée, de ports où le mouvement du commerce entretient une activité féconde, Adana, Tarse, Adalia, Ephèse, Smyrne, Phocée, Cérasonte, Sinope, Trébizonde. La vie des grands barons asiatiques, telle que la représentent l'histoire et l'épopée, apparaît pleine de luxe, de richesse, de splendeur. Le palais de Digénis Akritas, bâti au bord de l'Euphrate, au milieu de jardins merveilleux, étincelle de pierreries et d’or; et sur les murailles, des mosaïques éclatantes représentent les exploits de Samson et de David, d'Achille et d'Alexandre, les aventures d'Ulysse à côté de l'histoire de Josué. Les fêtes qu'on donne dans ces châteaux féodaux sont d'une magni ficence incomparable : ce n'est que vaisselle d'argent, bijoux somptueux, soieries aux dessins merveilleux, émaux précieux, tapisseries admirables; ce ne sont que cortèges éblouissants, équipages de chasse splendides, costumes d'une richesse inouïe, armes magnifiques. Et sans doute l'épopée a exagéré peut-être le luxe que déployaient ces grandes

familles féodales des provinces asiatiques. Mais leur richesse

était réelle ; et par là encore, comme par leur vaillance, elles ajoutaient à la force de la monarchie.

LES DANGERS DE LA FORCE PROVINCIALE. — Assurément — on le verra plus loin — cette force que l'Asie apporte à l'empire ne va point sans quelques dangers. Cette grande noblesse d’Anatolie, orgueilleuse de sa naïssance, de sa richesse, de sa puissance, est d'humeur étrangement indépendante. Alors même que ces féodaux sont des sujets fidèles, ce sont des sujets assez indisciplinés : ils traitent l'empereur presque en égal, ils se croient le droit de lui donner des conseils, et ils trouvent fort surprenant qu'il ose ne point prendre leur avis. Dans leurs seigneuries lointaines, au milieu de leurs vassaux et de leurs soldats, ils se considèrent presque comme des souverains. Et lorsque le basileus voyageait en Asie, lorsqu'il entrait dans les gouvernements de la frontière, il laissait derrière lui la plus grande partie de la cour ; et c'était le privilège des acrites de lui faire escorte et d'assurer sa sécurité.

On devine les périls qui pouvaient naître d’une telle situation, les tentations qu'elle donnait à l'aristocratie asiatique de marquer son mécontentement ou de manifester ses ambitions en se soulevant contre le gouvernement impéral. C’est en Asie Mineure qu'ont éclaté presque toutes les grandes insurrections qui tant de fois ébranlèrent l'empire ; et la plupart des usurpateurs qui ont aspiré au trône étaient des gouverneurs de thèmes orientaux ou de grands seigneurs féodaux d'Anatolie. Aussi le pouvoir central voyait-il avec quelque méfiance ces barons trop puissants, trop riches, trop maîtres des armées qu'ils commandaient ; et tout en se servant de ces magnifiques soldats, il n'a point ménagé ses efforts pour diminuer leur force et leur influence. Et peut-être ces mesures, parfois mal calculées,

firent-elles moins de mal à la noblesse féodale qu'elles voulaient frapper qu'à l'empire lui-même, dont elles affaiblirent les moyens de défense.

LE PATRIOTISME BYZANTIN. — C'est qu'en effet, malgré son humeur indépendante et altière, cette noblesse asiati que, et l’Anatolie tout entière, avait un sentiment profond de ses devoirs envers la monarchie. Il a existé, beaucoup plus qu'on ne le croit, un véritable patriotisme byzantin. Il nous reste du x° siècle un curieux ouvrage de polémique, qui porte ce titre significatif : le Patriote (Philopatris). La chanson de geste de Digénis Akritas manifeste avec éclat les mêmes sentiments. Le héros y apparaît comme le défensur de l'empire et de la chrétienté. C’est d’être cela que l'empereur le loue autant que de sa vaillance ;: et en effet, dans la pensée de Digénis, la Romanie et l’orthodoxie sont deux termes inséparables, deux aspects d'un même devoir. Assurer la garde des frontières, réduire les infidèles à merci,

rmettre au pays orthodoxe et romain de vivre paisible

l'abri des attaques, tel est l'idéal qu'il se propose, le grand service qu'il rend et veut rendre à la monarchie. C'est un trait remarquable que cette conscience qu'a le poète de la nationalité byzantine : et tout porte à croire qu'il a exactement traduit les sentiments qui animaïent cette société d'Anatolie, plus homogène que le reste de l'empire, plus grecque de langue et de race, plus profondément pénétrée d'esprit religieux et monarchique. Et cela encore était une force pour l'empire.

LA VIE PROVINCIALE EN EUROPE. — Sans doute, l'Asie Mineure n'avait point le monopole de ces qualités d'énergie un peu rude, de dévouement et de patriotisme. Le curieux petit livre où un seigneur féodal du x1° siècle, Cecaumenos, a résumé les leçons de sa longue expérience, de sa sagesse réaliste et un peu désabusée, nous montre la province européenne assez semblable à la province asiatique '. On y

1. Voir Dæœur, Dans l'Orient byzantin, le chapitre : La sagesse de Cecaumegnos.

constate pareillement l'existence d'une classe de grands propriétaires vivant sur leurs domaines, mettant en valeur leurs terres, riches, et fort âpres à augmenter leur richesse. Comme en Asie, l'homme consacre à l'exploitation rurale l'essentiel de son activité domestique : «Il n'y a pas, dit Cecaumenos, de meilleure façon de vivre que de travailler la terre. Fais du blé, du vin, fais de la culture et de l'élevage, et tu seras heureux.» S'il consent à quitter sa province natale pour entrer dans les fonctions publiques, c'est dans l'armée seulement qu'il servira, en sujet loyal et fidèle, mais par devoir plus que par enthousiasme. De préférence, :il vivra sur ses terres, indépendant, respecté, loin de la cour impériale trop fertile en humiliations., en périls, en disgrâces, loin de cette Constantinople trop raffinée, trop élégante, pour laquelle la sagesse provinciale et rustique de Cecaumenos éprouve une méfiance invincible.

Mais si l'esprit est le même en Europe et en Asie, ces thèmes d'Occident sont pour la plupart d'importance trop secondaire pour que l'aristocratie qui les habite — Bryennes, Mélissènes, Cantacuzènes, pour ne citer que les noms les plus illustres — pèse bien fortement sur les destinées de la monarchie. Là n'était point la force de l'empire : ct l'histoire le montre clairement. Aussi longtemps que Byzance posséda ces rivages d’Anatolie où elle recrutait Île meilleur de ses équipages, ses flottes furent toutes puissantes dans les mers orientales. Lorsqu'elle les perdit vers la fin du xr siècle, ce fut la ruine de cette marine qui avait été si longtemps, selon le mot d'un écrivain, «la gloire de la Romanie ». Aussi longtemps que Byzance fut maïtresse de ces thèmes orientaux où elle trouvait, avec des soldats robustes, les meilleurs de ses officiers et de ses généraux, son armée y puisa une force singulière. Lorsque à la fin du xr siècle les Turcs Seldjoucides, vainqueurs à la journée décisive de Mantzikiert (1071), fondèrent au cœur de l'Anatolie le sultanat de Roum, ce fut un coup terrible dont jamais l'empire ne se releva. Aussi longtemps que Byzance conserva ces provinces fertiles et riches, pleines de grandes villes florissantes et de ports fréquentés,

elle y trouva sans peine les ressources nécessaires à ses dépenses. Du jour où elle les perdit, les sources de sa prospérité économique furent taries A partir de la fin du xr siècle, l'Asie, dévastée, dépeuplée, épuisée par la guerre, cessa, même dans les régions qui restèrent ou revinrent temporairement sous l'autorité impériale, d'être une ressource pour Byzance. Les Comnènes sont la dernière des grandes familles féodales d'Anatolie dont le nom apparaisse dans l'histoire. L’hellénisme dès le x siècle et encore davantage au xIv° siècle, est presque partout en Asie Mineure dans une décadence lamentable. Le xr° siècle, qui fut pour les provinces d'Anatolie ce que le xv*° sera pour celles d'Europe, a enlevé à l'empire byzantin le meilleur de sa force militaire et économique.

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