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LE TRIOMPHE DE LA FÉODALITÉ SUR LE POUVOIR CENTRAL AU XI° SIÈCLE. — En réalité, sa victoire devait être de courte durée.
Pour dompter ces grands aventuriers, ces puissants seigneurs féodaux qui, dans leur lutte audacieuse contre la couronne, ne se laissèrent jamais abattre par l'infortune et trouvèrent jusqu'à la fin pour les soutenir des dévouements immuablement fidèles, il avait fallu toute l'énergie d'un Basile I]. Pendant les années qui suivirent, sans merci il les écrasa d'impôts ; au cours de ses voyages à travers l'empire, sans hésitation il frappa tous ceux qui lui parurent trop puissants et trop riches, cet Eustathe Maléinos en particulier, sur les domaines duquel Bardas Phocas avait été, en 987, proclamé empereur, et dont l'hospitalité trop magnifique
inquiéta et blessa le souverain. De même il avait auparavant confisqué la fortune scandaleuse accumulée, aux dépens de l'Etat comme des particuliers, par le tout-puissant ministre que fut le parakimomène Basile. Maïs l'aristocratie féodale
it trop puissante pour être ainsi abattue : on le vit bien quand des mains plus faibles recueillirent, après la mort du grand empereur, le pouvoir.
On eut beau, après lui, continuer et même aggraver sa politique. Pour enlever aux féodaux l'influence qu'ils exerçaient sur les soldats, on eut beau, au xr° siècle, supprimer le recrutement régional, substituer au service personnel une taxe militaire, remplacer l’armée nationale par des mercenaires, dont on attendait plus de fidélité. Pour éviter le danger des pronunciamientos, on eut beau désorganiser l'armée, rogner le budget militaire, tenir en suspicion et destituer les généraux, suivre une politique résolument pacifique. Pour diminuer le rôle que la grande aristocratie jouait dans l'état, on eut beau donner à la bureaucratie, aux gens du palais, une place prépondérante, recruter les fonctionnaires parmi les civils, démocratiser le Sénat, faire comprendre que le temps était venu où, suivant le mot d’un historien du temps, « les soldats devaient mettre les armes de côté et devenir avocats ou juristes ». On n'arriva pax ces mesures qu'à froisser Îles généraux, qu'à exciter le mécontentement des troupes et leur jalousie contre l'élément civil et qu'à provoquer de nouveaux soulèvements.
En 1057, l'aristocratie féodale et militaire prenait sa revanche des injures et des mauvais procédés infligés à ses chefs. Au jour de Pâques 1067, les principaux généraux, ayant à leur tête Isaac Comnène et Cecaumenos Catacalon, avaient essayé de faire entendre leurs représentations à l'empereur Michel IV. Celui-ci ne leur répondit qu'en insultant Cecaumenos, lui reprochant de n'avoir pensé qu'à s'enrichir, et brutalement il ferma la bouche aux autres chefs qui voulaient défendre leur camarade. La riposte fut telle qu'on pouvait l'attendre. Les généraux se concertèrent pour une insurrection. Bientôt, à leur appel, l'armée d'Asie se souleva pour mettre fin au régime civil, et la procla-
mation d’Isaac Comnène marqua Ja victoire de l'élément militaire et féodal. Sans doute Isaac ne fit que passer sur le trône. Mais après lui, sous ses faibles successeurs, les progrès des Turcs et des Normands, l'anarchie lamentable de l'empire démontrèrent de façon plus éclatante encore quels services rendaient à l'empire ces grands seigneurs féodaux, chefs de l’armée et artisans de victoire. Et dans le désarroi général, c'est à eux qu'on fit appel en 1081, et c'est d'eux que vint le salut. L'avènement d'Alexis Comnène, comme celui des Capétiens en France, marqua le triomphe de la grande aristocratie féodale ; ce fut la victoire de l'armée sur l'élément civil, de la province sur la capitale : et ce fut, bien davantage encore, la preuve que, malgré Îles efforts du pouvoir impérial, la féodalité demeurait toute puissante dans la monarchie.