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IV

LA FÉODALITÉ ORIENTALE AUX XIN* ET XIV® SIÈCLES. — Assurément, entre la féodalité d'Occident et cette féodalité byzantine, il existait au x° siècle et il subsista toujours .de

différences. En Orient ne s'établit jamais cette stricte hiérarchie, qui fait de la société féodale d'Occident une longue chaîne de suzerains et de vassaux. Mais l'existence de cette puissante aristocratie provinciale a eu dans l'empire byzantin les mêmes conséquences que dans Îles états du moyen Âge occidental ; elle a été en particulier, chaque fois que le pouvoir central à faibli, un élément redoutable de trouble et de dissolution.

On le voit bien dans l'anarchie qui suit la fin de la dynastie des Comnènes — l'avènement des Anges est la revanche de l'aristocratie sur le pouvoir impérial — comme dans la dislocation de l'empire qui résulte de la quatrième croisade. Partout l'aristocratie relève la tête. Trébizonde, à la fin du xu* siècle, s'organise, sous la famille aristocra-

tique des Gabras, en une principauté féodale indépendante. Léon Sgouros, au commencement du x siècle, règne en véritable seigneur féodal sur Nauplie, Argos, Corinthe, et un moment sur Athènes même. Partout on trouve de vastes domaines dont les maîtres agissent en véritables seigneurs, appuyés sur une armée qui leur appartient en propre, sur une autorité territoriale que nul ne leur conteste plus. L’analogie était si grande qu'elle a profondément frappé les Latins, qui au xnr siècle conquirent l'empire byzantin. « Les barons français trouvèrent en Morée une organisation semblable à celle qu'ils avaient laissée en Occident, en bas de l'échelle sociale, des paysans, des serfs, auxquels ils appliquèrent tout naturellement la dénomination de vilains, en haut, des nobles et des militaires, des grands propriétaires et des possessurs de fiefs, auxquels ils appliquèrent tout aussi naturellement la dénomination de gentilshommes ". » Avec eux, avec ces archontes, ils n'eurent aucune peine à s'entendre ; ils leur conservèrent volontiers leurs privilèges et leur firent place dans les rangs de la noblesse latine. Les Villehardouin et les La Roche s’accommodèrent aisément avec les Mélissènes, les Cantacuzènes et les autres grands seigneurs grecs de Morée : ils avaient mêmes idées, mêmes mœurs et ne formaient qu'une seule et même caste. Jusqu’aux derniers jours de l'empire, cette aristocratie féodale subsista dans la société byzantine, et elle y fut plus d'une fois encore un élément de trouble. Le x1v° siècle est plein de luttes de classes entre cette aristocratie et une démocratie naissante, qui ne pardonnait point aux puissants la tyrannie que depuis longtemps ils lui imposaient. Cantacuzène, dans un curieux passage de ses mémoires, a montré ce vent de révolution soufflant sur tout l'empire et, après Andrinople qui donne l’exemnple, toutes les villes de la monarchie s'insurpeant contre les Svvxrol et pleines de troubles, de pillages et de meurtres. De ces luttes sociales, ardentes et passionnées, l'histoire de la commune de Thessalonique, de la tragique aventure qu'on nomme la révolution

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