‹ Byzance, grandeur et décadence; l'évolution de l'histoire byzantine, les causes de la grandeur de Byzance, le causes de sa décadence, la civilisation byzantine et son influence, l'heritage de ByzanceChapitre 33 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La diffusion de l'orthodoxie et la formation du monde slave.

Byzance et le monde slave. — Byzanceet la Bulgarie. — Byzance et la Russie. — Byzance et la Serbie. — Byzance et la Roumanie. — Byzance et l'Orient asiatique.

Byzance et le monde slave. — Ce que Rome, la Rome des papes, fut au moyen âge pour le monde occidental et germanique, Byzance, la Byzance des empereurs chrétiens, le fut pour le monde slave et oriental, je veux dire la grande éducatrice, la grande initiatrice, celle qui apporta aux peuples encore barbares qui gravitaient autour de l'empire tout ensemble la religion et la civilisation.

Sur toutes les frontières de la monarchie byzantine, flottait un chaos confus de tribus sauvages, résidu de la grande invasion qui, du v* au vn* siècle, avait déferlé sur l'empire et avait failli le submerger. C'étaient, au nord-ouest de la péninsule balkanique, les Croates et les Serbes, qui atteignaient, tout le long du littoral dalmate, les rivages de l'Adriatique ; au nord-est, entre le Danube et l'Hémus, c'étaient les Bulgares, qui s'étaient superposés à la population slave du pays et qui à son contact s'étaient slavisés. Au delà de ces états établis sur l'ancien territoire de l'empire, c'était, au delà du Danube, la Grande

Moravie, un autre état slave qui, au ix^ siècle, occupait la Hongrie actuelle jusqu'au Gran, et ce furent bientôt les hordes magyares qui la remplacèrent ; c'étaient, dans la vallée moyenne du Dnieper, autour de Kief, les Varègues qui, avec Rurik et ses compagnons, apportaient aux Slaves de Russie an premier embryon d'organisation sociale ; et plus au sud, le long de la mer Noire, du Danube au Caucase, c'étaient sur le Dnieper inférieur les Petchenègues de race turque, et sur le Don les Khazars, et d'autres peuplades encore, Ouzes, Ziches, Alains, et sur la Volga les Bulgares noirs.

De ses mains puissantes, Byzance a pétri toutes ces tribus barbares pour en former des nations. C'est elle qui « de ces hordes slaves, bulgares, magyares, varègues, a fait la Serbie, la Croatie, la Bulgarie, la Hongrie, la Russie chrétiennes » ; c'est elle qui leur a apporté tout ee qui leur a permis de vivre, tous les éléments de leur future grandeur. Ce sont les missionnaires byzantins qui, par la propagation de l'orthodoxie, ont initié au christianisme tous ces peuples rudes et sauvages et qui, par la religion, leur ont progressivement appris tout ce qui fait un État organisé et civilisé. Aux nations qu'elle convertissait, Byzance a apporté la notion du gouvernement et les principes du droit, les formes d'une vie plus raffinée et la culture intellectuelle et artistique. Ses ingénieurs ont construit des villes pour les Khazars comme ses architectes ont bâti des églises pour les Russes; ses chroniqueurs, traduits en bulgare, en serbe, en russe, ont fourni aux annalistes slaves les modèles qu'ils ont imités; ses contes populaires ont charmé l'imagination de ces peuples enfants. Mais surtout Byzance a donné aux Slaves leur alphabet et leur langue littéraire, le jour où Cyrille et Méthode, « les apôtres des Slaves », chargés par l'empereur Michel III d'évangéliser les Moraves,

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traduisirent à l'intention des nouveaux convertis les Livres Saints dans un dialecte slave et inventèrent pour le transcrire récriture glagolitique, procédant de la minuscule grecque.

Ce fut là, plus que toute autre chose peut-être, la grande œuvre de Byzance et la cause principale de son succès. Tandis que, aux peuples qu'elle convertissait, Rome prétendit toujours imposer le latin comme langue d'Eglise, Byzance, avec une intelligence politique plus avisée et plus souple, comprit de bonne heure l'intérêt qu'il y avait à s'adresser dans leur langue nationale aux hommes qu'elle voulait gagner au christianisme. Dès la fin du iv° siècle, l'Eglise orientale avait encouragé Ulfila à créer un alphabet pour les Goths, à traduire les Livres Saints dans leur langue, à célébrer les offices selon une liturgie gothique. Au milieu du v® siècle, le gouvernement impérial avait encouragé de même Sahak et Mesrob à traduire la Bible du grec en arménien. Au vi' siècle, pour les Huns de la mer Caspienne, l'Evangile avait été traduit en langue hunnique. Dès le vu® siècle, Coptes, Abyssins, Syriens, Arabes, Arméniens, employaient la langue nationale dans leurs diverses liturgies. Cyrille et Méthode au ix® siècle firent de même pour les Slaves. Ils comprirent l'absurdité profonde qu'il y a à vouloir expliquer, dans une langue malaisée à comprendre, des mystères encore plus difficiles à entendre. Originaires de Thessalonique, et par là fort au courant des mœurs et de la langue de ces Slaves qui, de toutes parts, encerclaient la grande ville hellénique, non seulement ils prêchèrent en slave, mais ils apportèrent aux Moraves, avec l'Evangile traduit dans un dialecte voisin de leur langue, la liturgie slave, et autour d'eux ils s'efforcèrent de recruter et de former un clergé slave. C'est par là qu'ils réussirent, non point sans doute en Moravie, où, devant l'opposition et les

LA FORMATION DU MOXDE SLAVE 29o

intrigues du clergé allemand, l'œuvre magnifique- Tent commencée s'écroula vite, mais dans le res e du monde slave où leurs 'disciples propagèrent b foi orthodoxe sous la forme et selon les prmcipe. nue Cyrille et Méthode avaient appliqués. Aujourd'hui encore, dans tout le monde slave, en Serbie en Bulgarie en Russie, des millions de fidèles orthodoxes emploient l'alphabet cyrilhque et le slavon d'Eglise qu'inventèrent, il y a plus de dix siècles les deux frères de Thessalonique.

Ce n'est pas tout. « Les races de l'Europe orientale, dit Rambaud, ne connaîtraient presque rien de leurs origines, si les Byzantins n'avaient pris soin de rédiger les annales de ces Barbares. Sans ce Corpus Hùtoriœ byzantine, objet de tant de dédains, sans Procope, sans Ménandre, sans Théophane sans le Porphyr;)génète, sans Léon Diacre et Cedrenus qu'est-ce que sauraient de leur propre histoire es Rnsses, les Hongrois, les Serbes, les Croates, les Bulgares 1»? Sans Byzance, tous ces peuples ignoreraient presque tout de leur passé, comme sans elle ils auraient longtemps tout ignoré de la civilisation.

Il n'y a point lieu d'insister longuement sur ce que fut l'œuvre de Byzance chez des peuples qui ont depuis des siècles disparu de l'histoire ou chez ceux où son influence ne s'exerça que passagèrement, il suffira de rappeler ce que firent les missionnaires grecs dans les plaines de la Russie méridionale, depuis le vi« siècle où ils convertissaient les Goths et les Hùns de Crimée, les Alains et les Abasges du Caucase, jusqu'au ix' siècle où Cyrille et Méthode

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